L' absente

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L' absente

Message  Marita Covarrubias le Sam 23 Déc 2017 - 2:54

11h30-Aeroport

Scully marchait de long en large, regardant ostensiblement l’horloge. Bill, assis sur un banc, levait les yeux de son livre et regardait sa sœur. Il tentait de se concentrer sur les mots de l’auteur mais le bruit des talons de la jeune femme le ramenait sans cesse à la réalité. Il referma son livre bruyamment.
Bill : Maintenant STOP !
Scully le regarda sans comprendre.
Bill : J’en peux plus, je te jure, ça crée des bruits parasites.
Scully : Je pensais que tu aimais ce bruit.
Bill : Oui quand j’étais petit. Maintenant assied-toi. L’avion ne va pas tarder.
Bill reprit son livre et chercha la page où il s’était arrêté. Chaque page tournée était accompagnée d’un claquement de langue. La première fois, Scully se dit que ce n’était qu’une seule fois. La deuxième fois, elle eut un tressaillement… La troisième fois, elle tenta de se concentrer sur un couple qui se retrouvait.
CLOC. CLOC. CLOC. CLOC
C’en était trop.
Scully : Si tu continues j’te frappe !
Bill la regarda, stupéfait.
Bill : Je comprends pourquoi t’es célibataire.
Scully s’apprêtait à répondre à cette remarque désagréable quand...
« HEY LA FAMILLE ! »
Ils se retournèrent et virent Charles qui leur tendait les bras. Bill et sa sœur s’y faufilèrent. Ils restèrent ainsi trois minutes.
Charles : Vous savez je commence à avoir chaud là.
Scully eut un sourire crispé
Scully : Pardonne-nous ces effusions. C’est vrai que tu as perdu l’habitude de nous voir.
Bill : Ne traînons pas trop. J’aimerais finir avant 20h.

Dans la voiture, Scully, installée à l’avant, regarda le paysage défiler. Ses doigts s’agitaient nerveusement. Bill, conducteur du jour, remarqua la nervosité de sa sœur. Mit sa main sur son épaule. Scully attrapa cette main salvatrice et la serra très fort. A l’arrière, Charles fredonnait
« bam didoum bam hmhm badadim”
Il cherchait désespérément d’où provenait cet air qui tournait en boucle dans sa tête.
« poum poum tchi tchaaa »
Scully et Bill se regardèrent désespérés. Bruits parasites incessants et en plus de ça imprécis. La jeune femme mit alors la radio. La musique couvrit la voix de Charles. Celui-ci comprit le message et s’enfonça dans la banquette.

La voiture s’arrêta enfin. Devant une maison que la fratrie connaissait bien. Devant la maison de leur mère décédée il y a quelques jours.
Scully sortit de la voiture la première. Charles prit une grande inspiration et sortit de l’habitacle, en faisant claquer la porte bruyamment ce qui fit sursauter son frère. Scully se tourna vers Bill le voyant immobile.
Bill : Besoin de temps.
Sa sœur respecta son besoin de solitude et entraîna son autre frère vers la dernière demeure de leur mère.

Elle ouvrit la porte. Le salon les accueillit dans la pénombre et l’absence. Scully avança tandis que Charles restait sur le pas de la porte. Dana s’assit lentement sur le fauteuil et parcourut le séjour du regard en s’arrêtant parfois sur certains meubles. Elle revit sa mère, assise à la table, classant des papiers. Elle revoyait Margaret dans tous les recoins de la maison accomplir des gestes quotidiens. La démarche abrupte et décidée de Bill la fit sortir de sa rêverie. Il avait dans les bras deux grands cartons.
Bill : Charles s’il te plait, va me chercher les autres.
Et il monta quatre à quatre les marches de l’escalier conduisant à la chambre.
Scully se retrouva seule au milieu des souvenirs. Qu’est-ce qu’elle était en droit de jeter ou garder ? Comment allaient-ils se mettre d’accord ? C’était là le problème. Se mettre d’accord entre 3 personnes qui ne se voyaient pas beaucoup.
Charles revint, les bras encombrés de cinq cartons et de sacs poubelles. Scully se leva et monta les escaliers.
Charles : ha bon…Pas d’aide….

Dans la chambre de Maggie se trouvait le lit, la couverture bleu pâle encore en place. Sur le mur, des morceaux de sa vie étaient suspendus, fièrement. Des photos de son mari lors d’une escapade romantique à Hawaï. Elle, seule, riant aux éclats, la tête penchée en arrière. Deux mains qui se rejoignent. Des petits pieds sur une pelouse. Quatre enfants assis sur un canapé : Bill croisait les bras et regardait fièrement l’objectif, Charles essayait de replacer le bonnet de Noel sur la tête de Mélissa et Dana admirait les guirlandes.
Une croix accrochée au-dessus du lit. Sur la table de chevet de gauche, il ne restait qu’un calepin. Bill l’ouvrit. Ce n’était qu’un répertoire.
Bill : Il y a plein de gens qu’on ne connait pas dedans. Qu’on ne connaîtra jamais. Ils ont peut-être des anecdotes à nous raconter. Ils ont sûrement vu une facette d’elle que l’on n’a jamais remarquée.
Charles : Il vaut mieux ne pas trop fouiller. Il y a toujours des déceptions.

Scully ouvrit d’un coup sec le placard. Les vêtements de sa mère se dressèrent devant elle. Elle regarda Charles défaire le lit. Enlever la housse de couette, puis les draps et enfin les taies d’oreillers. Bill prit le matelas, le mit sur ses épaules et descendit. Le frère et la sœur entendirent un « BOUM BOUM BOUM » « m*rde ! ». C’était Bill qui avait heurté le tableau avec le matelas.
Charles : Il va tout détruire. Bill ! Tu veux un coup de main ?
Bill : La ferme !
Scully, pendant ce temps-là, touchait les robes et les vestes. Ses doigts s’attardèrent sur la douceur de la soie. Son visage caressait des manches en coton. Elle prit une robe noire et l’emmena avec elle dans la salle de bain, laissant Charles décrocher les photos de famille et les mettre dans un carton. Le carton des souvenirs qui ne pouvaient pas être jetés.

Bill remonta, impatient.
Bill : Bon on fait la salle de bain.
Charles : Tu veux pas te calmer un peu ? Arrête toi un instant.
Bill : Si je m’arrête, je fuis.
Ils entendirent la porte de la salle de bain grincer et leur sœur apparut vêtue d’une robe noire lui arrivant aux genoux et laissant ses épaules découvertes. Les deux frères la regardaient avec inquiétude.
Scully : Est-ce que je ressemble à maman ?
Charles : C’est pas évident de vider la maison avec une tenue pareille.
Scully : Arrête de prononcer ce mot ! « Vider ». A chaque fois que tu le prononces, tu enfonces maman un peu plus dans sa tombe.
Bill : Pourtant c’est ce qu’on fait Dana. On la vide. On se débarrasse de ses affaires.
Scully : Vous voulez vraiment vendre cette maison ?
Bill : On s’était mis d’accord Dana. On a signé. Impossible de revenir en arrière.
Scully baissa la tête, résignée. Elle avait signé, oui. Mais lorsqu’elle voyait la vie de ses parents rangée dans des cartons ou jetée dans des sacs poubelles pour mieux accueillir de nouvelles personnes, elle avait l’impression de piétiner leur mémoire. Elle s’enferma dans la chambre de sa mère. Elle aurait voulu s’asseoir sur le lit mais il n’y avait plus de lit. Elle prit son téléphone.
« Mulder….Non….Tu peux venir s’il te plait ? »

Marita Covarrubias
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Re: L' absente

Message  Marita Covarrubias le Sam 23 Déc 2017 - 2:56

Bill rentra dans la salle de bain. Quand il était petit, il profitait de l’absence de sa mère pour sentir ses crèmes de main. Elles sentaient bien souvent la vanille, parfois la lavande. Il arrivait de temps en temps que le parfum soit à la fraise. Ces odeurs l’apaisaient autrefois. En grandissant, il avait laissé de côté ces odeurs-là. Il avait même tendance à les fuir. Et là dans cette salle de bain bientôt vidée, il aurait donné n’importe quoi pour voir une collection de crèmes étalées sur l’étagère. Charles fit irruption.
Charles : Rien à faire, elle veut pas sortir de la chambre.
Bill : Laisse-lui le temps.
Il s’apprêta à jeter le tapis bleu pale de la salle de bain.
Charles : Ne touche même pas à la moindre parcelle de ce tapis.
Bill : C’est juste un tapis. Moche et délabré.
Charles : Si tu savais ce que j’ai pu faire sur ce tapis.
Bill : Ho misère….
Charles : C’est le tapis du bonheur. Je vais le garder précieusement.
Il prit le tapis des mains de son frère ainé et tenta de sortir mais Bill lui bloqua le passage.
Bill : Ha non c’est trop tard, tu as éveillé ma curiosité.
Charles : Ce n’est pas quelque chose que tu voudrais entendre…Surtout pas toi. Tu es tellement pudibond des fois.
Bill : Moi ? Alors là c’est bien la première fois qu’on me dit ça.
Charles : Ho je t’en prie, quand tu étais ados tu partais durant les scènes de sexe à la télévision. Je me souviens également de quelques baisers chastes sur le front de Tara.
Bill : T’aimerais que j’embrasse goulument ma femme devant toi ?
Charles : Non quand même pas…
Bill : Tu tiens absolument à voir la langue de ton frère dans la bouche de son épouse ?
Charles mit ses mains sur ses oreilles
Charles : Stop stop stop !
Il attendit un petit temps avant d’enlever ses mains. Bill le regarda avec un sourire perfide.
Bill : Alors ce tapis ? Raconte.
Charles joua avec ses mains, intimidé.
Charles : Tu te souviens de la fille des voisins Swanson ?
Bill : Ouais une brune ouais ouais…Et ?
Charles : J’étais jeune. 15 ans. Inexpérimenté. Elle, si. A chaque fois que je la voyais dans la rue, c’était comme un film au ralenti. Je scrutais le moindre mouvement de ses mains, le moindre balancement de ses fesses. Et je ne te parle même pas du tissu de ses robes qui accompagnait le mouvement. Et puis elle me regardait souvent. J’te jure elle me regardait.
Bill écoutait attentivement, accoudé au lavabo.
Charles : Et puis un jour, les parents ont invité les voisins à boire un verre. Ils sont ensuite sortis je ne sais où. Toi, tu jouais dans le jardin avec Mélissa et Dana. Je me suis dirigé vers la salle de bain. Quand j’ai ouvert la porte, elle était là, devant le miroir. Elle se remaquillait. Elle m’a souri, je suis rentré timidement. On a échangé quelques paroles. Moi je bégayais. Elle, elle jouait avec ses cheveux. Elle replaçait des mèches imaginaires derrière son oreille. Et puis j’ai dû bafouiller quelque chose, elle a pris ma main et a mené la danse. J’allais accéder à des trésors dont on me parlait souvent. Et j’avais peur, je me disais qu’elle allait ensuite me voir comme la plus grande déception de sa vie mais putain qu’est-ce que j’étais heureux que ce soit elle. Sur ce tapis. Au final, je n’ai pas été la plus grande déception de sa vie. On s’est revus…Autre part que dans la salle de bain. C’est à partir de ce moment-là d’ailleurs que j’ai commencé à fumer. C’est elle qui m’a initié à ce rituel, la cigarette après le sexe. Ce tapis est relié à ce 12 mai, au nom de Julie Swanson, aux robes bleues, violettes et noires et aux cigarettes les plus bandantes de ma vie.
Scully ouvrit la porte et rentra avec une lampe dans sa main. Charles reprit une contenance. Bill se racla la gorge.
Scully : ça intéresse quelqu’un ?
Charles : C’était où ?
Scully : La chambre de maman.
Bill : J’adore cette lampe des années 50. Les années 50 c’est ma jeunesse. Cette lampe est pour moi.
Scully : Charles tu la veux ?
Charles : Elle plait à Bill, je me retire de la course.
Scully : Mais toi, tu en penses quoi ?
Bill : Mais il en pense rien. Il a déjà son tapis. Pourquoi voudrait-il autre chose ?
Scully : Je pense qu’il est important de discuter avant de…
Bill : Mais quoi discuter ? Tu l’as entendu, il n’en veut pas. Tu veux discuter ?
Charles : Ben….Là ça donne pas trop envie.
Scully : Mais tu es sûr de n’avoir aucun regret ?
Charles : On parle toujours de la lampe là ?
Bill : A quoi tu joues Dana ?
Scully : Je ne joue à rien. J’essaie juste de me montrer équitable, responsable, faisant attention aux valeurs symboliques de chaque objet. Prenant le temps de consulter chacun.
Bill : Est-ce que tu m’as consulté lorsque tu as gardé l’urne ?
Scully ne sût que répondre.
Bill : Je n’étais pas là durant ses derniers instants. Un déserteur. Je me sens comme un déserteur. Et je sais que tu le penses aussi. Donc pour punir ton frère indigne, tu as décidé de t’accaparer les cendres ?
Scully : OK démerdez-vous avec cette lampe. Démerdez-vous avec tout.
Charles : Et moi ? Personne ne me demande comment je me sens par rapport à cette urne ?
Scully : Venant de la part de Bill, je comprends. Venant de ta part, c’est juste immonde. Tu n’étais pas là. Tu n’as jamais été là. Même à l’enterrement de maman tu n’étais pas là. Tu t’es dérobé. Tu as passé ta vie à te dérober. Pourquoi ? Personne ne sait. Tu as été lâche de nous fuir. Tu as été lâche durant mon cancer. Je ne sais pas si tu te souviens mais oui j’ai eu une tumeur. Et je le répéterai à chaque moment de cette journée pour que tu te rendes compte de la lâcheté de ton absence. Ce n’est pas Bill le déserteur. C’est toi. Tu as été le pire des déserteurs à la naissance de Mathew. Oh ça oui il y a eu des cadeaux. Beaucoup de cadeaux. Mais putain des cadeaux ça ne remplace pas la présence physique ! Charles était où ? Il était où durant toutes ces années. Il était où lorsque mon collègue a disparu ? C’est fou, je ne sais même pas si tu te rappelles de ce que je fais.
Gonflé de tous les reproches déferlant sur lui, Charles sortit de la salle de bain, suivi de Scully et Bill.
Scully : Et tu pars encore ? Je t’interdis de partir sans avoir parlé. C’est trop tard. Tu es ici. Tu es là. Tu restes. Fallait y penser avant. Je te fais un rapide résumé de ma vie vu que tu l’as totalement oubliée. Je travaille au FBI avec l’agent Mulder.
Bill : Un drôle de type tout droit venu d’une secte.
Charles : Sans déconner ?
Bill : C’est ce que je me tue à dire à ta sœur. Mais change pas de sujet.
Scully : Si tu prenais de mes nouvelles, tu saurais que je travaille aux affaires non classées. C’est n’importe quoi tous les jours mais ça me rend incroyablement vivante. Si tu prenais des nouvelles de Bill, il te dirait que je perds mon temps et que cela a conduit à la perte de notre famille. SI tu prenais de mes nouvelles, tu saurais que j’ai dû abandonner le FBI quelques temps. Si tu prenais de mes nouvelles, tu saurais que j’ai été enceinte. Que ma grossesse est arrivée à terme. Que j’ai dû abandonner quelques mois plus tard mon enfant. Ton neveu. Mais tu as été trop égoïste pour prendre de mes nouvelles. Tu as raté plein de choses. Tu es juste un type qui part et qui ne va pas à l’enterrement de sa mère.
Charles fixa longuement sa sœur. Puis brisa la connexion.
Charles : Bill, tu veux dire quelque chose ?
Bill : Je n’ai plus envie de parler. Là, j’ai juste faim.
Charles : Je vais commander des pizzas. Je n’ai moi-même pas envie de parler maintenant. Mais t’inquiète pas Dana, je me réserve pour plus tard.

Marita Covarrubias
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