Et Charles était là... (en cours)

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Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 12 Juin 2009 - 9:47

« ET CHARLES ETAIT LA… »


Auteur : Noisette

Catégorie : R (pas moins de 16 ans)
Résumé : Eh oui, Charles Scully, c’est un peu l’arlésienne des X-Files. Et si, en fait, il avait été là, pendant toutes ces années ? Si on ne l’avait pas su parce que c’était « pendant la pub » ? (je sais : il s’en est passé des choses pendant la pub !).
Plus sérieusement : et si Charles détenait la clé pour connaître vraiment Scully ?
C’est tout l’objet de cette fanfic que d’explorer cette piste.
Disclamer : Les X-files ne m’appartiennent pas. Ils sont la propriété de Chris Carter et son équipe. J’écris ces fanfics dans un unique but créatif et non commercial.

Avertissement : les personnes sensibles peuvent être heurtées par cette fic et par sa chute.


*************

CH 1. Le grand saut




Sur les côtes du Yucatan, Golfe du Mexique, été 1971.

Le soleil lui brûlait la peau. Elle adorait ça. Elle avait rejeté sur le côté la serviette que sa mère lui avait donnée en prévenant « Mets ça sous tes pieds, ma chérie. La roche est trop chaude et tu risques de te blesser… ». Mais la pierre était lisse sur les bords de la crique et la sensation de ses plantes de pieds si fines irradiées par le feu des rochers noirs était juste irrésistible.
Au milieu des vagues, Mélissa plongeait et replongeait. Comme d’habitude, elle assurait le spectacle pour la famille. A chaque fois que sa tête émergeait, elle inventait une nouvelle grimace et annonçait à la ronde : « La carpe ! », « Le barbu ! », « Le thon ! ». Dotée d’une imagination inépuisable, elle inventait des mines toujours plus improbables de poissons. A ce jeu, elle était une source intarissable. Elle piqua à nouveau une tête en éclaboussant avec délectation sa plus jeune sœur d’eau salée. Perchée sur son petit promontoire, deux mètres plus haut, celle-ci s’ébroua en criant et en battant des mains. Ses longs cheveux roux éclaircis par la lumière de l’été volèrent de tous les côtés.

- Le merlan, Missy ! Fais-nous le merlan ! supplia Dana en riant aux éclats.

Toute excitée, elle sautillait sous le regard légèrement réprobateur mais attendri de Margareth Scully. A cet endroit, la côte était escarpée et dangereuse. Et l’équilibre instable de sa cadette sur les blocs de pierre sombres n’était pas fait pour la rassurer.

William junior, dit Bill, toisa la nageuse avec dédain.

- Pfffff. Des trucs de filles ! Les poissons, ça se pêche, ça s’imite pas !

Il croisa les bras en boudant mais sourit malgré lui lorsque Mélissa annonça « La morue ! ». La grimace déclencha une hilarité générale. Même sa mère riait à gorge déployée.
Bill aurait bien voulu aussi attirer l’attention des autres, mais on ne le trouvait jamais aussi drôle que l’aînée des deux filles.

- Il faut que votre père voie ça…, hoqueta Maggie en séchant ses larmes. Ne bougez pas d’ici les enfants ! Je vais le chercher !

Elle monta dans leur petit canot et se mit à ramer énergiquement vers le voilier qui mouillait sous le vent à une vingtaine de mètres.

Bill cherchait une idée, quelque chose qui les épaterait, et qui épaterait le « capitaine ». Il leva alors les yeux un peu plus haut vers le ressaut qui servait de plongeoir aux gamins du coin. Il surplombait l’océan vert et tendre et permettait des sauts assez spectaculaires plus de trois mètres au-dessus du niveau de l’eau.
Sa décision était prise. Il bomba le torse et se mit à grimper.
Dana s’était rassise et tout en caressant de sa main la roche chaude, elle suivait dans le ciel le vol magnifique d’un oiseau.
En suivant le rapace, son regard rencontra la silhouette de Bill qui escaladait la paroi un peu plus loin sur sa droite. Elle écarquilla les yeux, puis se mit à crier de sa voix fluette pour tenter d’arrêter son impétueux grand frère.

- Biiiiill ! Tu dois pas monter là haut ! Papa a dit que c’était dangereux !

Le jeune garçon n’en avait cure, trop impatient de faire la démonstration de ce qu’il imaginait être du courage voire une preuve absolue de sa virilité.

- Vous allez voir ce que vous allez voir ! Regardez bien, hein !
- C’est bon, Bill ! renchérit Mélissa les sourcils froncés en se maintenant à la surface de l’eau. C’est débile, ton idée !
- Ouais, ben, ça vaut mieux qu’imiter des poissons, lança-t-il avec colère.
- Arrête ! insista son aînée. Viens plonger d’ici. C’est moins risqué !
- Ouais, reprit Dana avec conviction. C’est vachement moins risqué ! La petite trouvait que sa sœur avait toujours de bonnes idées.
- J’suis pas une gourdasse, moi ! Je fais des plongeons de garçons !
- T’es vraiment trop bête ! s’emporta Missy qui préféra quand même s’avancer près de l’endroit où il comptait sauter. Elle ne voulait pas courir le risque que son imbécile de frère se blesse et préférait se tenir prête si les choses devaient dégénérer. Ne le regarde pas, Dana, ajouta-t-elle à l’attention de sa sœur. C’est parce qu’il croit qu’il va nous impressionner qu’il fait ça.

Elle avait raison, bien sûr. Dana reprit sa contemplation, parfaitement sereine quant à la capacité de sa sœur de gérer la situation.

- Mais où est Charlie ? s’inquiéta Mélissa tout en ne quittant pas des yeux l’aîné des garçons.

**********


Charles était là… légèrement en retrait, fouillant patiemment dans une petite retenue d’eau de mer pour découvrir de nouvelles plantes et de petits animaux, merveilleusement plus intéressants que les idioties de son frère.

Le petit dernier se redressa. A 6 ans, il se démarquait de tout le monde. A commencer par sa famille. C’était le seul Scully qui ne soit pas roux. Pour un descendant d’irlandais, certains n’étaient pas loin de penser que ces cheveux châtains clairs représentaient presque une tare. Heureusement pour lui, son appartenance à la fratrie ne faisait guère de doute : il avait le sourire de sa mère et les mêmes yeux bleus et transperçants que sa sœur Dana. C’était un jeune garçon d’une beauté étrange. Il avait de grandes oreilles et un visage assez anguleux aux traits irréguliers. Mais l’expression sereine et déterminée qu’il affichait en permanence lui conférait déjà un certain charme. Charme auquel Bill, son frère aîné n’était pas sensible. A moins qu’au contraire, il n’ait perçu la menace d’un cadet trop séduisant… En tous cas, Charles était devenu son souffre-douleur.
Charlie aperçut Dana le cou tendu vers le ciel et suivit son regard. Devant le spectacle hypnotisant de l’oiseau qui de toute l’envergure de ses ailes glissait sur les courants d’air de la côte, son visage s’illumina. Il s’approcha de la petite rouquine et chuchota comme s’il risquait de rompre l’instant magique.

- C’est un Caraca du Nord. Un faucon. T’en a déjà vu un de près, Dana ?
- Comment tu le connais ? demanda-t-elle avec curiosité sur le même ton.
- Je l’ai vu dans le grand livre du Mexique de papa. Ils disent que c’est une espèce en danger et qu’on l’appelle aussi « l’aigle mexicain » parce que c’est un emblème au Mexique… Comme l’aigle royal…
Comme sa jeune sœur, Charles avait toujours eu des « facilités » et savait déjà très bien lire.
- Qu’il est beau ! Elle reporta ses yeux émerveillés vers l’animal qui s’était finalement posé et trônait sept mètres plus haut. J’aimerai bien le voir de plus près encore.
- Ouais. Moi aussi.

Ils se turent quelques secondes, absorbés dans la contemplation du majestueux volatile. Finalement, elle se tourna vers lui.
- On pourrait peut-être se rapprocher un peu en faisant le tour, suggéra-t-elle timidement mais avec une excitation évidente dans la voix.
- Génial !… mais euh… je crois pas que les parents seraient d’accord.
- Mmm. On va faire trèèès attention alors, trancha Dana avec quelques scrupules tout de même à l’idée de désobéir. Mais l’aventure était tellement exaltante…
Ils jetèrent un œil derrière eux pour vérifier que les autres ne les voyaient pas s’éclipser. Mais Mélissa était toujours en train de tenter de dissuader Bill de réaliser son projet de plongeon, et ne se rendit compte de rien.


Dernière édition par noisette le Ven 4 Déc 2009 - 10:59, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 12 Juin 2009 - 9:48

Les deux plus jeunes contournèrent avec prudence les gros rochers à gauche de la crique et commencèrent à grimper en s’accrochant aux quelques rares touffes d’herbes qui naissaient dans les fissures de la pierre. L’ascension était difficile et ils se guidaient l’un l’autre en se signalant les bonnes prises pour avancer. Ils arrivèrent enfin sur une plate-forme à deux mètres seulement de l’animal, légèrement en dessous de lui.
Ils ne respiraient plus de peur de voir le faucon s’élancer à nouveau dans les airs. Le visage tendu vers le haut, Dana sentit une fine coulée de sueur glisser de sa tempe jusqu’à sa nuque, puis dégringoler le long de son dos nu. Charles avait pris place juste à côté d’elle, et fixait le faucon avec des yeux exorbités et la bouche grande ouverte.
Soudain l’oiseau fit pivoter son long cou gracieux et posa un œil perçant sur les enfants. Ils frissonnèrent d’une même émotion, conscients malgré leur jeune âge de vivre un moment rare, peut-être même unique.
Une communion presque parfaite…

Charlie se redressa à peine. Il voulait essayer d’apprivoiser le volatile, d’approcher sa main de ses longues plumes sombres et peut-être même, de les caresser ! Mais celui-ci leur lança un regard plein d’éclairs semblant les avertir du danger de vouloir dompter ce qui ne se dompte pas.
Le rapace ouvrit ses ailes. Charlie s’élança vers son nid et l’atteint au moment même où le Caraca s’élançait dans le vide. Impuissant, le jeune garçon posa un regard désespéré vers l’immensité de l’étendue verte à ses pieds vers laquelle l’oiseau s’était jeté.
Et il réalisa tout d’un coup avec horreur que la splendeur du spectacle qui s’offrait à ses yeux avait une explication.

Il se trouvait sur une ridicule petite plate-forme rocheuse, en plein milieu du ciel, environ huit mètres au-dessus de la mer translucide et à ses pieds, les vagues se fracassaient sur les écueils acérés de la côte.
Il fut pris d’un vertige…

Dana vit avec effroi le visage de son frère pâlir et ses jambes se dérober. A la force de ses bras, elle se hissa vers la plate-forme pour tenter de le rattraper. Une seconde trop tard !

Elle vit son corps basculer en avant à quelques centimètres à peine de ses doigts. Et Charlie tomba dans le vide.
Debout sur le mince ressaut, elle ne prit même pas le temps de réfléchir. Elle ne savait pas nager, mais son frère se précipitait droit sur la surface brillante de l’océan. Et elle devait faire quelque chose pour le sauver. Quelqu’en soit le prix à payer !
Elle recula d’un pas pour l’élan, et sauta à sa suite.

Elle entendit simultanément le bruit assourdissant de Charlie atteignant l’eau et son propre cri alors qu’elle ressentait tout d’un coup à travers le temps interminable que durait sa chute la folie qu’un tel geste représentait.
Elle heurta les vagues avec une éphémère sensation de soulagement, suivie immédiatement par une brûlure au talon et l’impression d’étouffer alors qu’elle s’enfonçait dans les profondeurs. Elle se força à ouvrir les yeux et distingua au milieu de la mousse blanche de la houle, son frère à peine un mètre sous elle.
D’instinct, elle bascula le poids de son torse vers le bas et parvint par un vigoureux coup de bras à saisir le poignet de Charlie. Elle l’attira à lui et tout en le tenant, se mit à agiter le bras et les jambes pour les propulser vers le haut.
L’idée lui traversa l’esprit qu’elle n’atteindrait peut-être jamais la surface. Elle manquait d’air. Et la lumière semblait si loin…
Elle ferma son esprit au doute avec l’énergie folle que seuls peuvent mettre les enfants à refuser l’idée que tout s’arrête. Et petit à petit, ses mouvements les rapprochèrent de l’issue et ils émergèrent de l’eau en noyant leurs poumons brulants d’air pur et de vent.
Etait-ce un signe ? Une vague les souleva presque délicatement pour les ramener vers un rocher du rivage. Dana s’agrippa de toutes ses forces à lui et poussa Charlie vers le haut. Il se hissa sur la terre ferme, toussa violemment et s’allongea sur la pierre secoué de pleurs. Elle le rejoignit. Et resta un moment là, assise, hébétée, regardant la mer qui venait d’essayer de leur prendre la vie… et qui, finalement, la leur avait laissée.

Elle se tourna vers son frère, l’assit et le serra contre son épaule. Il s’abandonna dans ses bras et elle eut soudain la certitude, alors qu’elle le réconfortait en glissant ses doigts dans sa tignasse brune, qu’elle était devenue presque une adulte. Maintenant, elle n’avait plus le droit de flancher. Parce que quelqu’un sur cette terre comptait dorénavant sur elle. Elle n’était plus seulement responsable de sa vie. Elle l’était aussi de celle de Charlie…

- Ca va mieux ? s’enquit-elle.
Il renifla.
- Je crois… Oui. Merci. Il se tourna vers elle et aperçut le sang qui s’épanchait sur son pied droit. Il s’alarma. Tu es blessée ? !
- C’est rien, murmura-t-elle un peu gênée en détaillant la blessure de son talon.
- Viens. On va tout dire à Maman et elle va te soigner...
- Non !
- Mais Dana… !
- On n’avait pas le droit…
Sa voix s’étrangla dans sa gorge. C’était sa faute si tout ça était arrivé. Elle n’aurait jamais du entraîner son jeune frère dans cette histoire. Ca aurait pu très mal finir.

- Tu le diras pas, hein ? S’il te plaît, Charlie !
Il la regarda interloqué, avec une incompréhension mêlée de respect.
- Comme tu veux, Dana. Je dirais rien alors…
- …
- … mais c’est toi la plus forte !
- Merci ! souffla-t-elle soudain soulagée d’un poids terrible. Et les yeux humides.
Et il ajouta avec un drôle d’air…
- Tu survivras, Dana. Tu survivras à tout.

Elle se retourna vers lui, perplexe. Et pendant quelques secondes, elle se tut et le dévisagea avec un regard grave se demandant, du haut de ses sept ans, ce qui prenait à son frère de s’exprimer de façon si bizarre…
Charlie détourna ses yeux. Il ne savait pas pourquoi ces mots étaient sortis de sa bouche. Il eut l’étrange sensation qu’une volonté supérieure les lui avait dictés.
La main du destin, peut-être...
Il sut que ce moment serait à jamais gravé dans sa mémoire comme l’amorce d’un basculement dans leurs vies. La fin d’une époque… et le commencement d’une autre.

- Dana ! Charlie ! Qu’est-ce que vous faites ? !
La voix inquiète de Margareth arriva jusqu’à eux.
Dana se releva et tendit la main à son frère.
- On y va ?

Lorsqu’ils apparurent au détour de la petite crique, leur mère se précipita vers eux avec un regard lourd de reproche.

- Ne recommencez jamais ça ! gronda-t-elle très bas. Ca fait dix minutes que je vous cherche. Je me suis fait un sang d’encre ! Elle fut attirée par la trainée rouge qui marquait la roche juste derrière Dana. Chérie ! Tu es blessée ? !
- C’est rien, maman. J’ai glissé et je me suis un peu fait mal au talon…

- Vous auriez mieux fait de rester là, héla le capitaine Scully avec un rire rempli de fierté. Bill vient de faire un plongeon magnifique !
Il serra le garçon rougissant par l’épaule.
- C’est bien mon fils, ça !
Bill bomba le torse, gonflé d’orgueil. Et une fois de plus, Charlie eut envie de s’enfuir, mais Maggie passa tendrement la main dans ses cheveux. Et il sentit que ça allait déjà mieux.

- Et toi, Starbuck ? ajouta leur père en examinant sa fille cadette. Il serait peut-être temps que tu apprennes à nager, non ?

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 16 Juin 2009 - 14:16

CH 2. Le message



Janvier 1994…

Il est des jours où la mer héberge les souvenirs heureux et ensoleillés des familles en vacances. Il en est d’autres où les morts retournent à l’océan en laissant les proches désemparés, devant un golfe clair où dansent les vagues. Ils scrutent désespérément les reflets argentés en espérant voir s’y dessiner, juste une dernière fois, le visage d’un être aimé…

Le mois de janvier était très froid. Et Mélissa frissonna. Charles murmura un mot à l’oreille de Laureen et s’approcha de sa sœur. Il passa son bras autour de son épaule et la ramena tendrement contre lui. Elle étouffa un sanglot.

Il ne dit rien et se tourna vers le large reportant son attention vers Herbert Norton qui au loin sur son petit bateau de pêche avait jeté l’ancre. La silhouette voûtée s’avança vers l’arrière de l’embarcation, portant contre son cœur l’urne qui contenait les cendres. Il ouvrit le récipient et fit un signe à l’attention de son second. La musique s’éleva dans l’air lourd de cette matinée comme si elle montait directement de la corne dorée d’un vieux gramophone.

Somewhere beyond the sea
Somewhere waitin' for me
My lover stands on golden sand
And watches the ships that go sailin'…


Maggie sentit son esprit s’échapper et revenir trente ans en arrière à ce bal où il l’avait emmené le soir même où il était rentré du blocus cubain. Et où il l’avait demandée en mariage…
Le lieutenant Norton ôta son chapeau dans un dernier hommage à son ami et répandit avec précaution ce qui restait de l’enveloppe humaine du capitaine Bill Scully sur la surface troublée de l’océan d’hiver.

- Et Laureen ? s’inquiéta Mélissa en murmurant dans le cou de Charlie. Et tes fils ? Ce sont eux que tu devrais serrer dans tes bras.
- Ca va aller, la rassura-t-il en jetant un œil sur Jack et Christopher.

Les garçons se tenaient tendus et un peu engoncés sur sa gauche, et Laureen posait ses mains sur leurs épaules avec douceur. A ce moment, elle tourna son visage vers lui et lui adressa un sourire confiant. Charlie sentit son cœur se remplir de gratitude pour elle, cette brune pétillante au regard généreux et déterminé qui avait transformé son existence, « sa femme »… Il disait « ma femme » comme elle disait « mon homme », mais ils ne s’étaient jamais mariés.
Elle était la femme de sa vie… Sa moitié sans laquelle il ne s’imaginait plus pouvoir vivre aujourd’hui.
Et il pensa à sa mère qui dormirait seule désormais dans un grand lit vide. Sa gorge se serra.

Somewhere beyond the sea
She's there watchin' for me
If I could fly like birds on high
Then straight to her arms I'd go sailin'…


Bill avec sa stature imposante s’était glissé entre Laureen et Dana. Charlie se pencha encore un peu et vit avec un sentiment de soulagement mêlé d’inquiétude que sa sœur parlait à voix basse avec leur mère. Il ne voyait pas bien Dana. Elle lui tournait légèrement le dos. Elles échangèrent quelques mots encore et soudain sa sœur se détourna vers le large, les yeux à l’horizon, dans un mouvement plein de raideur. Charles sentit son cœur se nouer. Cette posture droite et distante, pétrie de conventions et refoulant les émotions, ce corps dompté, ce visage fermé, il ne les connaissait que trop bien. C’était ceux qu’elle arborait lorsqu’elle décidait d’assumer seule ses problèmes. Charlie se jura qu’aujourd’hui, il ne la laisserait pas gérer ça toute seule. Il irait lui parler tout à l’heure. Il devait savoir de quoi elles avaient discuté toutes les deux.

Mélissa le tira de ses réflexions.
- Retourne près d’eux. Ils ont besoin de toi, de ta présence…
- Pardon ?
- Ta famille, Charlie. Les garçons ont besoin de leur père.
- Missy, tu es aussi ma famille. Quant à Jack et Christopher, Laureen est avec eux. Ne t’inquiète pas trop. Ils s’en remettront.
- C’est leur grand-père…
- Les enfants n’ont pas vu si souvent papa, tu sais.
- Justement. Ils n’ont qu’un seul grand-père paternel, et rien n’est plus lourd que le regret… De ne pas avoir eu le temps qu’on voulait avec celui qui est parti, de ne pas lui avoir dit ce qu’on a sur le cœur…
Il se pencha vers sa sœur aînée et lui caressa doucement la joue.
- Tu as des regrets avec Papa ? Des choses que tu aurais voulu lui dire ?
Elle soupira.
- Et toi Charlie ?
Il se referma comme une huître.
- Je ne crois pas que ça aurait changé grand chose… Nous étions trop loin l’un de l’autre.
- Parfois, on est plus près que ce qu’on croit…

It's far beyond the star
It's near beyond the moon
I know beyond a doubt
My heart will lead me there soon


- Il m’avait tracé une large route, une belle ligne droite en parallèle de la sienne, mais moi, je n’aime que les petits sentiers sinueux. Ca ne pouvait pas coller.
- Ce qui compte, ce n’est pas le chemin, mais avec qui on y va, Charlie…
- Alors laisse-moi rester près de toi…

We'll meet beyond the shore
We'll kiss just as before
Happy we'll be, beyond the sea
And never again I'll go sailin'


**********

Deux heures plus tard…

En dépit des efforts de leur mère pour insuffler un peu de vie aux discussions, le repas avait été pesant. Dès le dernier plat servi, Dana et Charles s’étaient réfugiés dans la cuisine pour s’éloigner de cette ambiance lourde.
Charlie prit un torchon, passa derrière Dana, et saisit le plat humide qu’elle venait juste de déposer sur le vaisselier. Si cela avait été Mélissa, il l’aurait probablement étreint gentiment pour tâcher de détendre son corps tout en tension. Mais voilà… Avec Dana, les gestes tendres ne jaillissaient pas avec la même facilité. Il y avait cette gène, cette pudeur et autre chose encore…
Pourtant s’il l’avait pu, il aurait voulu dénouer chacun des nœuds qui lui nouaient le ventre, lisser chacune des rides qui barraient son front. Il aurait voulu masser les muscles de son cou et lui murmurer des paroles réconfortantes. Si seulement il était capable de prendre sa douleur…

- Dire que ces mains si douées pour la vaisselle se gâchent à découper des cadavres pour confondre les criminels ! Quel gâchis !

Elle sourit… Tristement. Mais c’était un sourire quand même. Heureusement, il savait au moins faire naître ce sourire à défaut d’autre chose. Il s’enhardit et décida de passer outre sa réserve habituelle. Il se pencha vers la joue de sa sœur et déposa un rapide baiser sur sa peau douce. Il perçut son léger recul, sa surprise, et préféra se redresser rapidement pour retourner à son essuyage en affectant une mine appliquée.
Elle le dévisagea. Et il se sentit obligé de croiser l’expression de ses yeux bleus. Ils le détaillaient avec franchise et gratitude. Elle ne lui en voulait pas, au contraire. Rassuré, il décida d’aborder le sujet qui le préoccupait.

- De quoi parliez-vous avec Maman tout à l’heure ?
- De ce pour quoi mes mains sont douées d’une certaine manière…
Son regard se perdit au loin laissant Charlie perplexe. Et elle se replongea dans sa vaisselle avec une concentration qu’il suspecta être une tentative de botter en touche.
- Euh, c’est codé ?
Elle laissa passer quelques secondes au rythme de la rumeur de l’eau qui s’écoulait. Elle lui tendit une assiette et finit par murmurer :
- Je voulais juste savoir s’il était fier de moi… Je veux dire… malgré…
Sa voix mourut dans les bruits de vaisselle.
- … malgré ton choix de laisser tomber la médecine pour entrer au FBI.
- Je sais. C’est ridicule… et égoïste.
- Non… Non, je crois qu’on aimerait tous savoir… mais peut-être que nous le savons déjà…

- Un lieutenant ne doit jamais douter de son capitaine, Starbuck, intervint Mélissa contrefaisant la voix grave de leur père.

Elle venait d’entrer dans la cuisine et s’approcha de sa sœur. D’un geste assuré, elle la débarrassa d’un verre et de l’éponge, les posa un peu plus loin sur le plan de travail, et sans la moindre hésitation, elle prit sa sœur dans ses bras et l’enlaça de toute sa douceur. Comme pour partager avec elle ses forces vitales.
Et là, contre l’épaule de Mélissa, Dana ne put contenir davantage ses larmes et dans un sanglot, se laissa aller à sa peine.

- Il me manque déjà… et j’ai tellement peur de l’avoir déçu.
- Papa t’adorait, Dana. En fait, je crois qu’il nous aimait tous.
- Mmm…
- Oui. Tous ! soutint-elle avec autorité en se tournant vers Charlie.
- Missy, je t’en prie. Epargne nous le « tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes » : ça ne te ressemble pas de faire l’autruche !
- Tu confonds tout Charlie. Papa nous aimait. Mais nous n’étions pas vraiment ce qu’il attendait…
- C’est peu de le dire !
- D’accord, Charles ! Vas-y ! Soulage-toi de ton fiel. C’est sûrement le bon jour pour ça ! Tu me diras si tu te sens mieux ensuite, hein !
- Missy…
- Vas-y ! Ressors-nous le couplet que tu affectionnes tant…
- Tu es partie toi aussi, Mélissa !
- Et après ? ! C’est ce dont j’avais besoin ! J’avais besoin de liberté, tu avais besoin d’art et d’évasion et Dana avait besoin de justice ! C’était ainsi ! Et, en effet, malgré tout l’amour qu’il nous portait, il n’était pas prêt à ça. Notre père était donc juste un homme. Il n’est pas trop tard pour s’en rendre compte, l’accepter et faire notre deuil d’une image idéale…
- Je l’ai fait depuis longtemps ce deuil là…
- Alors Charlie, s’il te plaît, accepte maintenant de faire la paix avec lui, et laisse-nous lui faire nos adieux…



Dernière édition par noisette le Ven 24 Déc 2010 - 11:56, édité 2 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 16 Juin 2009 - 14:18

Une chape de plomb retomba au milieu de la cuisine.
Une légère sonnerie retentit, rompant le silence gêné qui s’était installé entre eux.
Dana saisit rapidement son téléphone portable, consulta son écran et s’excusa auprès des deux autres.
- Désolée, c’est Mulder. Je dois lui répondre.
Elle prit la communication et s’éloigna vers l’entrée de la maison tout en parlant très bas.
Mélissa et Charles se regardèrent en chien de faïence.
Finalement, il soupira et s’approcha de son aînée en ouvrant les bras.
- Pardonne-moi Missy. Tu as raison. Je suis un con ! Ce n’est vraiment pas le jour pour faire sa fête à Papa…
Il l’étreignit avec tendresse.
- Ce n’est pas le jour, mais tu n’es pas un con.
Elle se recula légèrement pour le regarder dans les yeux.
- Tu es en colère contre lui parce qu’il est parti sans te laisser le temps de lui parler vraiment, n’est-ce pas ?
- …
- Charlie ?
- Je ne sais pas si j’aurais eu la force de lui parler vraiment…

- De lui parler de quoi ? demanda avec distraction Bill qui entrait dans la pièce avec la cafetière. Il avait l’air abattu.
- Oh. Rien de particulier.
- Et toi ? Ca va, Bill ? demanda gentiment Mélissa.
- Ouais, ouais. Ca ira. C’est pour Maman que je m’inquiète. C’est dur pour une femme d’être seule de nos jours.
Mélissa ne releva pas la remarque un tantinet machiste. Typique de Bill. Mais malgré son grand costume de capitaine et ses airs fiers, son frère n’en menait pas large. Ce n’était pas dans sa nature de s’étendre sur ses sentiments, mais de toute la fratrie, il était probablement le plus affecté à double titre : vis à vis de son père, il avait toujours été « le successeur », « l’héritier » en suivant avec respect et passion les traces du « Capitaine ». Et il avait toujours été particulièrement protecteur à l’égard des femmes de la tribu Scully, a fortiori lorsqu’il s’agissait de sa mère. Dans son esprit, c’était simplement son rôle. Et cela ne devait pas être autrement… Aujourd’hui, il se sentait investi d’une nouvelle responsabilité qu’il entendait bien assumer, mais dont il se serait volontiers passé.
Comme en réponse à ses pensées, Dana arriva dans son dos et lui prit la main.
- On sera tous là pour elle, Bill. Il n’est pas question de la laisser seule.

Les certitudes de Dana l’agaçaient parfois, mais ce jour là, elles lui firent du bien. Avec pudeur, il pressa discrètement les doigts fins de sa sœur et s’en détacha pour déposer le récipient encore chaud sur la table. S’il avait su quoi dire à cet instant, il ne l’aurait pas pu : sa gorge était nouée. Dana n’insista pas, respectant le chagrin que son frère voulait si manifestement leur dissimuler. Il s’empressa de détourner ses yeux humides vers la fenêtre où le paysage n’offrait qu’une vue tourmentée et nuageuse. Sur l’eau, on naviguait à vue…

Ce fut le moment que choisit Maggie pour pénétrer à son tour dans la cuisine qui avait toujours été la pièce la plus chaleureuse de la maison.

En passant le pas de la porte, elle se remémora qu’avant, c’est là que ses enfants venaient lui raconter leurs journées d’école pendant qu’elle préparait les repas. Chacun avait son style.

Bill arrivait, tonitruant, en quête d’approbation et de félicitations, mimait ses exploits sportifs, ronchonnait contre un camarade ou un professeur et repartait aussi vite un goûter à la bouche pour jouer dehors avec ses copains.

Mélissa, en seconde Maman, prêtait toujours main forte à sa mère mais en profitait pour tenter de la convertir à ses rêves, aux idéaux qu’elle défendait avec une conviction inébranlable. Au début Maggie souriait devant la fougue de son aînée, riait de ses élans… Avec le temps, elle avait du apprendre avec elle la tempérance : Mélissa n’entendait pas rentrer dans le rang et le développait haut et fort en particulier devant son père. Margareth tentait de ramasser les pots cassés après les repas parfois houleux. Mais aujourd’hui, sa fille avait gagné en sagesse. Mélissa… « la bien-aimée »…

Charlie, lui, venait s’émerveiller avec elle. Il lui racontait pendant des heures la beauté d’un poème qu’il venait de découvrir, lui contait avec moultes détails les scènes de son collège – Charlie avait toujours eu un talent particulier pour noter le geste furtif, le regard en coin, la petite chose en plus qui conférait à ses récits une saveur unique. Il était le sensible de la famille, celui qui lui avait un jour déclaré qu’au sein des Scully, il était « hors-sujet »…

Et puis il y avait Dana. Dana qui venait l’aider systématiquement, qui pouvait rester très longtemps sans rien dire à ses côtés. Elle n’avait pas peur du silence. Et puis, parfois, elle ouvrait la bouche et en quelques mots, elle résumait l’essentiel en une simple remarque, en une question. Et Maggie savait que sa fille lui avait livré son cœur. Elles échangeaient un regard, se souriaient. Et c’est ainsi qu’elles communiquaient. Au fil des années, c’était parfois devenu plus dur. La force de Dana était aussi sa faiblesse. Elle ne voulait pas peser sur les autres, tentait de faire face, seule, à ses mystérieuses interrogations. Il y avait quelque chose en elle que Maggie n’avait jamais réussi à percer.

Elle balaya la salle et posa un regard attendri sur chacun de ses quatre enfants. Elle sentit l’émotion la submerger sous l’œil inquiet de Bill, le regard doux de Mélissa, le sourire tendre de Charles et le visage grave qui la transperçait de Dana.
Son mari avait quitté le monde terrestre, mais il lui avait laissé le plus beau des héritages : ces quatre là ! Trois rouquins et un châtain. Dieu qu’ils étaient différents ! Mais en même temps, ils appartenaient à un tout indivisible comme les quatre éléments du Monde :

Mélissa et sa fougue, ses passions et ses colères, était le feu…
Bill qui ne vivait vraiment qu’en mer comme son défunt mari : l’eau…
Dana, solide comme un roc, pragmatique, présente, fidèle jusqu’à l’extrême : la terre…
Charlie, ses rêves, sa légèreté mais aussi son besoin de mouvement, de communiquer : l’air…


Sa fille cadette avança d’un pas, la prit dans ses bras et la serra contre elle sans rien dire.
Margareth inspira profondément, et l’étreint à son tour alors que les trois autres s’approchaient comme pour former un cercle protecteur autour d’elle.
Quand elle se redressa, un large sourire mélangé s’affichait sur son visage : elle ne savait pas si elle devait rire ou pleurer : c’était comique, en fait : elle contempla Dana avec émoi… car sa plus-si-petite-Starbuck, celle qui se souciait tant de ce que pensait son Achab de père, rejouait exactement la même partition que son paternel…
Au silence près,
au geste près,
au souffle près…
jusqu’à cette déclaration fidèle à l’original dans son intensité comme dans sa rareté à un mot près : « Je t’aime, Maman »…

**************


2 jours plus tard…


- N’accepte les possibilités extrêmes que si elles te mènent vers la vérité, conseilla Mulder avec prévenance.
Sa colère était retombée, mais Dana le vit quitter la chambre du motel avec un certain malaise. Il l’avait engueulée comme une gamine ! Et elle en éprouvait d’autant plus de honte qu’elle se sentait elle-même comme une môme prise en faute. En faute d’avoir cru aux possibilités extrêmes dont son coéquipier l’abreuvait pourtant jour après jour… C’était quand même un comble ! Et il s’était permis de la juger. Elle sentit la moutarde lui monter au nez, tout en se demandant contre qui elle était le plus en colère : Mulder et sa condamnation sans nuance ou elle qui s’était laissé aller à accepter un phénomène irrationnel.
Et pourtant, elle l’avait vu ! Et elle avait entendu Boggs fredonner le refrain de ses parents. Et pourtant, les indications qu’il leur avait dispensées l’avaient bien menée au repaire du ravisseur.
Tout cela méritait tout de même que l’on étudie les signes d’un peu plus près, non ?…

Elle pensa à Mélissa et à sa manie de chercher les signes partout. Souvent, ça l’avait fait sourire. Ce soir, elle avait envie de lui en parler. Elle saurait la comprendre.
Elle composa le numéro de sa sœur, pleine d’espoir.

- Allô ? Une voix masculine familière répondit.
- Charlie ? C’est toi ?
- Oui, Dana. Missy nous a proposé de camper chez elle pour nous éviter de repartir de nuit. On était tous crevés.
- Ah… Très bien.
- Ca va ? Tu arrives à bosser malgré… Il laissa la fin de sa phrase en suspension.
- Euh, oui… Enfin, ajouta-t-elle dans un élan de sincérité, ça me travaille tout de même.
- Je comprends. En fait, j’aurai cru que ça t’aiderai à ne pas y penser.
- Moi aussi, j’aurais cru… murmura-t-elle avec un brin d’amertume. Missy est là ?
- Non, elle préférait rester avec Maman ce soir.
- Ah… Une immense déception l’envahit. Oui, bien sur. C’est mieux ainsi. On peut toujours compter sur elle pour faire ce qu’il faut au bon moment ! J’aurais du y penser.
- Toi aussi frangine, tu sais faire ce qu’il faut.
- …
- Dana ?
Il y eut un flottement entre eux. Elle se reprit.
- C’est pas très important de toute façon. Je rappellerai plus tard.
- Non, attends !
Il n’était pas né de la dernière pluie, et le désarroi de Dana était perceptible dans sa voix en dépit de sa fichue obstination à vouloir tout maîtriser. Elle avait besoin de parler.
- Je suis là, moi…
- Euh…
- Allez Starbuck, dis-moi…
En entendant le surnom que lui donnait son père, elle se troubla.
- Promets-moi de ne pas te payer ma tête, Charles.
C’était une entrée en matière très inhabituelle pour Dana. En temps normal, c’était plutôt Mélissa qui adoptait ce genre d’introduction sur la défensive.
Il jura docilement.
- Promis.
- Tu ne le répéteras pas ?
- Si c’est ce que tu veux… Ca ne fera qu’un secret de plus que nous garderons pour nous. Maintenant, je suis entraîné.
Cela aurait pu être un reproche, mais son ton était doux.

Malgré elle, Dana sentit les larmes lui monter aux yeux.
Leurs secrets…
Un moment, elle avait envisagé d’en parler à son père. Mais c’était au-dessus de ses forces. Trop dur…
Comment la regarderait-il après ?… Il avait suffit qu’elle préfère le FBI à la médecine pour que, déjà, elle puisse lire la désapprobation au fond de ses yeux. Alors s’il avait su…
Et aujourd’hui, il était trop tard.
A moins que…

Charlie attendait, patiemment. Elle commença à raconter, un peu hésitante. Elle avait davantage l’habitude de se confier à Mélissa.
- Mon coéquipier et moi, nous avons été appelés pour interroger un certain Luther Lee Boggs.
- Ca me dit quelque chose ce nom.
- C’est bien possible. C’est un tueur en série. Il va passer sur la chaise électrique dans quelques jours.
- Tu as de drôles de fréquentations, Clarice…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 16 Juin 2009 - 14:19

Elle sourit à l’allusion de son frère. Lorsqu’elle avait annoncé son intention d’intégrer le Bureau, il avait été le seul à la féliciter immédiatement. « Clarice Starling va pouvoir aller se rhabiller, avait-il déclaré solennellement, tu seras la meilleure ! ». Ce jour là, il s’était levé et avait fait le tour de la table pour l’embrasser alors que Mélissa et Maggie la regardaient avec consternation et que son père et Bill se renfrognaient et préparaient déjà leurs arguments pour une attaque en règle. Charlie l’avait soutenu avec une foi inébranlable pendant cet interminable repas et elle lui en était encore infiniment reconnaissante.

- Ce qui est moins drôle, c’est qu’il prétend pouvoir entrer en contact par télépathie avec le ravisseur d’un couple d’ados… et qu’il veut négocier son savoir supposé contre l’annulation de son exécution.
- Sale type… Il laisserait crever des gamins ?
- Il tentera n’importe quoi pour sauver sa vie…
- Mmm…
- …
Il perçut une réticence dans son silence. Peut être même de la détresse…
- Dana, qu’est-ce qu’il y a ?… C’est ce tueur ? Il te fait peur ? demanda-t-il gagné par une sourde angoisse.
Elle soupira et lâcha d’un coup.
- J’ai vu Papa !
- Pardon ? !
- J’ai vu papa alors qu’il était déjà mort.
- Mais… Tu étais bouleversée sûrement, non ?
- Non, non, protesta-t-elle. La première fois, je ne savais même pas qu’il avait eu un infarctus.
Tous les sens de Charlie se mirent en alerte.
- La première fois ?
Elle expliqua, non sans éprouver une terrible gêne en décrivant les derniers événements.
- Papa et Maman venaient de partir. Nous avions dîné ensemble pour Noël. Je me suis endormie devant la télévision. Et c’est là que je l’ai vu… Il était assis en face de moi. Il parlait… Enfin, il essayait de me parler, mais moi je n’entendais rien… Et puis le téléphone a sonné. Et maman m’a annoncé la nouvelle. Je me suis retournée vers le fauteuil où je l’avais vu mais il n’était plus là…
- Je suis désolé, Dana.
- Ce n’est pas fini. Lorsque je suis allé voir Boggs…
- Le fou furieux ? Quel est le rapport ? !
- J’y viens. Au moment où nous prenions congé, il s’est mis à fredonner…
- Oui ?
- C’était « Beyond the sea », Charlie…
- …
- Je l’ai entendu comme je t’entends.
- Moi aussi, Dana, j’ai entendu cet air toute la journée, avança prudemment son frère.
- Mais là, c’était Papa ! Il me regardait ! Il m’a appelé « Starbuck », Charlie, et m’a demandé si j’avais compris son message ! Boggs veut me délivrer un message de Papa !
- Pardonne-moi de te demander ça mais comment peux-tu croire que ce type possède le moindre pouvoir pour communiquer avec l’au-delà ?
- Il l’a déjà prouvé une fois.
- Tu plaisantes ? !
- Non, je t’assure. Il nous a décrit l’endroit où étaient retenus les mômes et je l’ai retrouvé en suivant ces indications…
- « Je » ? Tu n’étais pas seule tout de même ?
- Ca n’est pas le problème ! se hérissa-t-elle. Je viens déjà de me prendre un savon par Mulder ! Tu ne vas pas t’y mettre !
- Ton partenaire ? Il a raison. Tu prends des risques, Dana…
- C’est ma vie ! Et puis, j’avais de bonnes raisons de le faire. Des risques, j’en ai toujours pris et tu en sais quelque chose !
- Justement !
- …
- …
- Bon, je crois que ça suffira pour ce soir.
- Non !
- …
- Attends ! Excuse-moi ! Je m’inquiète un peu, c’est tout. Mais tu as raison : tu as toujours pris les bonnes décisions. Parle-moi. Que veux-tu faire, maintenant ?
Elle soupira.
- Je n’en sais rien en fait. J’espérais que peut-être Mélissa pouvait m’aider à démêler un peu les choses.
- Et ce n’est que moi…
- Ce n’est pas ce que je voulais dire, Charlie. En fait… Je suis contente de t’en avoir parlé.
- Je n’ai pas été d’un grand secours.
- On ne cherche pas toujours des réponses en se confiant aux autres…
Il sourit. Et compléta.
- … On a parfois juste besoin d’être écouté pour trouver ses propres réponses à l’intérieur de soi-même.
- Oui. C’est exactement ça, observa Scully un peu surprise. Comment… ?
- J’ai la chance de vivre avec une femme merveilleuse qui m’a pas mal briefé sur le fonctionnement des cerveaux du deuxième sexe, à vrai dire ! expliqua-t-il avec légèreté.
Elle rit. Ca lui fit du bien.
- Merci, Charlie.
- N’hésite pas à me rappeler, s’il te plaît.
- Oui. D’accord.
- Bon, ben… Bonne nuit alors.
- Bonne nuit…

Il raccrocha et resta un moment, immobile, presque tétanisé sur sa chaise. Il murmura tout bas, pour lui-même.

- Un tueur en série… Un tueur en série ! Tu vis une drôle de vie, Dana… Mais il y a une raison à tout ça, n’est-ce pas ?...

Il prit sa tête dans ses mains et pleura en silence.


************


5 jours plus tard…

Il avait sauvé la vie des enfants en lui révélant la nouvelle planque. Il lui avait même sauvé sa vie à elle avec cette mise en garde « Evitez le diable !». Et d’une certaine manière, on pouvait se dire que Mulder était à l’hôpital parce qu’il n’avait pas pris en considération ses avertissements.

Mais le diable, c’était lui. Il avait tué. Des gens. Des innocents. Par dizaines. Et maintenant, il voulait qu'elle assiste à l’exécution.

« Soyez mon témoin. Et lorsque je serai sur la chaise électrique, je vous délivrerai le message de votre père »…

Elle jeta ses clés sur le meuble de l’entrée, appuya machinalement sur le bouton rouge de son répondeur qui clignotait, et s’effondra sur la table en enfouissant son visage dans ses bras.

Elle était perdue… Elle se sentait terriblement seule…

Une voix chaleureuse mais un peu tendue s’éleva au milieu de la pièce.

« Dana, tu es là ? C’est moi. Charlie.
Bon, j’espère que tu auras mon message à temps.
Ecoute, j’ai bien réfléchi à tout ce que tu m’as dit. Cet homme, ce Luther Lee Boggs, il est dangereux. Je ne sais pas ce qu’il va faire ou te demander, Dana. J’ignore si ce malade veut te pourrir la tête, profiter de la vision d’une belle femme ou juste expérimenter avec toi le plaisir de la manipulation… Mais je suis convaincu qu’il ne t’apportera que souffrances et doutes. Ca ne peut pas être ça, le messager de Papa.
Papa n’était pas parfait mais il y a une chose dont je suis sur et tu ne me contrediras certainement pas là-dessus : il était malade à l’idée que tu te mettes en danger. Alors, s’il avait vraiment quelque chose d’important à te dire, Starbuck, il aurait préféré se taire à jamais plutôt que de choisir un messager qui pourrait te faire souffrir d’une manière ou d’une autre… »


Elle sentit tout d’un coup son cœur se gonfler sous l’émotion. S’alléger du poids terrible du doute. Il avait raison !

« … Et si tu redoutes de laisser passer le message du Capitaine, dis-toi que c’est Mélissa qui est dans le vrai. Peu importe s’il était fier ou pas, peu importe si nous avons pu lui parler comme nous l’aurions aimé, je suppose que la seule chose qui compte, c’est que nous étions ses enfants.
Crois-moi : il n’y a rien de plus inestimable dans la vie d’un homme que ses enfants…
Dana… C’était notre père… Et tu étais inestimable pour lui.
Et ça, c’est la seule vraie réponse à toutes tes questions. N’attends pas d’autres messages.
Et surtout, protèges-toi de cette vermine parce que je t’aime.
Et ça, c’est MON message ! Parce que dans tout ça, il ne faudrait pas passer à côté des messages des vivants, frangine…»


Elle aurait voulu l’embrasser ! Son frère ! Grâce à lui, elle respirait à nouveau…
Elle composa son numéro. Il était sur répondeur. Elle inspira un grand coup.

« Charlie ? C’est Dana. J’ai… J’ai bien reçu ton message. Enfin… tes messages. Je voulais juste te dire… Merci ! Merci pour tout.
Et… idem ! »


Elle essuya ses larmes, se sourit dans la glace et saisit sa veste. Elle avait mieux à faire qu’assister à une exécution ce soir.
Il y avait quelqu’un auprès de qui elle voulait être à cet instant… Un vivant, qui était toujours à ses côtés, dans les bons comme dans les mauvais jours, et là, il l’attendait à l’hôpital…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 18 Juin 2009 - 18:11

CH 3. Coma




Novembre 1994…

- Un thé ?
Il lui tendit un gobelet et pris place à son côté sur le canapé bleu. Pour lui, il avait choisi un café serré. En guise de café serré, il n’avait obtenu que le jus de chaussettes infâme dont seuls les hôpitaux semblent posséder la recette…

Il coula un œil vers Mélissa. Sa sœur affichait toujours son regard noir. Elle ruminait encore toute à son indignation.
- Il devrait être là, Charlie… Après tout ce qu’elle m’a dit de lui !
- Tu ne le connais pas, Missy. Tu ne sais pas ce qu’il ressent vraiment et la façon dont il l’exprimera…
- Il n’est que colère et vengeance ! Comment Dana peut-elle aimer un homme pareil, si sombre ! C’est de lumière dont elle a besoin…

Ces mots résonnèrent en lui comme un signal d’alarme. Il se tourna vivement vers elle.
- Parce qu’elle l’aime ?… Elle te l’a dit ?
- Bien sûr que non ! Tu la connais. Jamais elle ne dirait les choses si simplement…
Melissa leva les yeux au ciel, avec un faux air exaspéré, mais son regard s’était brouillé de larmes.
- … en fait, je crois qu’ils font bien la paire. Deux handicapés des sentiments !
- Dana n’est pas handicapée des sentiments ! s’insurgea Charlie. Tu es triste, Mélissa et tu dis des conneries !
Elle eut un petit rire douloureux, essuya l’eau qui roulait le long de sa joue et appuya sa tête contre l’épaule large de son frère.
Elle sourit dans le vide.
- Et maintenant, c’est toi qui viens me gronder et me consoler… Pardon… Tu as raison, bien sûr.
Il déposa avec douceur un baiser sur son front.
- Evidemment que j’ai raison. Dana est seulement handicapée des mots et entre nous, je crains que la tare ne soit familiale !
- Tu penses à Papa…
- Mmm…
- Dana lui a pardonné. Il n’a pas su la rassurer mais elle a réussi à lui pardonner. Et toi, tu ferais bien d’en faire autant…
- … mais elle a toujours été beaucoup plus forte que moi, murmura-t-il en se repliant soudain sur lui-même.

Ils se turent un moment, se laissant plonger dans une torpeur moite alors que passaient les infirmières avec les perfusions et les plateaux de médicaments. D’autres familles erraient aussi dans le couloir. Quelqu’un entrait dans la salle d’attente, s’asseyait, prenait une revue, l’ouvrait sans la lire. Puis il soupirait, se relevait et repartait hanter les coursives de l'hôpital. Le thé était froid. Le café aussi.

- S’il l’aime, reprit Mélissa, il devrait juste la laisser partir… en l’accompagnant jusqu’au bout. Il devrait être ici, auprès d’elle. Il devrait la toucher, la caresser et lui faire sentir sa présence, s’étrangla-t-elle, la gorge nouée de peine.
- Il ne veut pas croire que c’est fini, et moi non plus !
- Mais toi, tu es là…
- Je devrais peut-être me trouver ailleurs…
- Charlie, tu dois accepter qu’elle va mourir. La mort est une chose naturelle.
- Pas là !
- Si, Charlie ! Là aussi ! Ne t’y mets pas toi aussi, je t’en prie ! Ne pense pas qu’à toi : sinon, tout ce que tu partageras à Dana pour son dernier voyage, ce seront tes peurs, tes angoisses et tes doutes.
- …
- Laisse la partir en paix, elle n’a pas à porter le poids de notre fardeau…
- … Le poids de mon fardeau… elle le porte déjà, murmura-t-il si faiblement que sa sœur ne l’entendit pas.
- Accepte sa décision de ne pas être réanimée. Elle savait ce qu’elle faisait. Alors respecte-la et tiens lui la main jusqu’au bout du chemin, c’est la seule chose qui importe maintenant… C’est l’ultime preuve d’amour que nous puissions lui apporter…
- Tu as peut-être raison. Mais tu te trompes sur Mulder.
- Il fuit le dialogue. Tu ne l’a pas vu tout à l’heure à la cafétéria ! Il est parti sans un Au revoir !
- Il est désespéré, Missy.
- Je me fiche de son désespoir ! Je me fiche même de sa grossièreté à mon égard ! Mais je veux qu’à elle, il dise un Adieu… Sa voix se brisa. Elle ajouta, tremblante. Tu comprends ?
- Il ne veut pas d’Adieu. Il veut la sauver.

Une veine se mit à sauter sur la tempe de Charles et sa respiration s’accéléra légèrement. Il poursuivit, troublé.
- C’est de sa faute si elle est là, et il ne voulait pas que ça arrive. Alors il court après le remède miracle qui pourra lui insuffler la vie… et c’est sa façon à lui de l’aimer.
- Le seul remède miracle, c’est la foi qu’il placera en elle. Elle a juste besoin de sa confiance… Qu’il soit là, dans cette chambre et qu’il le lui dise… posa tendrement Mélissa en regardant son frère droit dans les yeux.
- Oui ?
- Oui.
Il soupira.
- Alors, va chez lui et dis-le lui. Parce qu’il ne s’en sortira pas tout seul. Il préfèrera courir après des chimères plutôt que de prendre le risque de la regarder partir.
- Et toi ? Si tu y allais ?
- Non, je… Je vais rester un peu près d’elle, plutôt. Si ça ne te dérange pas… Je n’ai pas été très souvent à ses côtés ces dernières années. J’espère juste que ce n’est pas trop tard…, ajouta-t-il très bas.

Elle se leva, regarda gravement son frère, et pour finir, se pencha vers lui en prenant son visage entre les mains.
- Et à toi, Charles ? T’ai-je assez dit que je t’aimais ?
Il baissa les yeux avec une subite émotion. Elle posa doucement ses lèvres sur sa joue.
- Certains me l’ont prouvé, mais toi, murmura-t-il d’une voix étranglée, tu es la seule de la famille qui me l’aie vraiment dis avec des mots.

Quelqu’un se racla la gorge, un peu gêné. Une infirmière attendait manifestement la fin de leurs effusions.
- Euh, excusez-moi. Vous êtes bien de la famille de Dana Scully ?
Le frère et la sœur se regardèrent avec inquiétude.
- Oui ?
- C’est le docteur Daly. Il souhaiterait vous parler, ainsi qu’à votre mère…
- Que se passe-t-il ? pressa Mélissa.
- C’est votre sœur, Madame. Elle s’affaiblit. Cette nuit sera probablement celle « du passage »… Alors si vous voulez rassembler le reste de la famille…

Charles savait qu’on viendrait tôt ou tard prononcer ces mots…
Ils flottaient, irréels au milieu de ce couloir glauque. Comme des fausses notes au milieu d’une symphonie pastorale. Un couac qu’on voudrait pouvoir faire passer dans le mouvement, noyer sous le flot puissant de la mélodie, mais parfois, les couacs s’enchainent, comme dans un jeu de dominos, et l’on sait que l’orchestre va s’effondrer. Qu’un silence assourdissant va prendre son tour. Qu’il renverra la musique au vestiaire. Et qu’il faudra du temps pour s’en relever.
Ces mots : il avait espéré ne jamais avoir à les entendre. Et aujourd’hui, ils s’enfilaient comme des perles sur un collier. On a beau savoir ce qui est écrit, lorsque le verdict tombe, c’est du plomb liquide, brûlant, qu’on vous coule dans les veines.

Il vacilla, mais parvint à articuler.
- Je m’occupe de Maman et je me charge d’appeler Bill. Mais toi, va le chercher, Missy ! Tu dois le convaincre de venir ! Pour elle !
Elle hocha la tête avec gravité.
- Il va venir ou je le trainerais par la peau des fesses !

Il esquissa un léger sourire. Et elle s’enfuit dans la nuit tombante, laissant Charles, seul au milieu du couloir, à se demander le cœur lourd ce que serait sa vie s’il perdait l’une de ses sœurs bien-aimées…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 18 Juin 2009 - 18:13

*************


C’était peut-être la plus énorme erreur de son existence, mais maintenant les jeux étaient faits. Elle vivrait ou elle mourrait sans qu’il n’ait pu y faire quoi que ce soit.
Mélissa se gara sur le parking quasiment vide de l’hôpital.
A cette heure avancée de la nuit, avoir sa voiture sur l’une de ces places était présage de malheur. Même sans expérience, chaque homme, chaque femme savait cela. Cela formait un apprentissage universel, transmis par la force des douleurs qui pleuvaient comme des nuages sur le bitume. Derrière chacune de ces maisons de ferraille, il y avait probablement une vie en suspens et une famille écrasée sous la peine.

- Vous avez fait le bon choix, Fox.
- Mulder…
Il la dévisagea avec un sourire triste. Qu’en savait-elle ? Si choix il y avait, il avait fait celui de ne pas honorer le rendez-vous qui lui apporterait peut-être le remède pour sauver Scully.
Mais que pouvait-il opposer à la douleur de la sœur de Dana ? Comment lui demander de comprendre ce que lui même était incapable d’expliquer ? Elle avait raison : il sombrait. Et au fond de lui, tout au fond, il y avait une infime parcelle d’espoir qui lui demandait d’y croire. De croire que sa seule présence pourrait peut-être…
Il pensa à ce que Mélissa lui avait jeté au visage. « Ca ne la ramènera peut-être pas, mais au moins elle saura… ! ». Elle saura… quoi ? Que dire ?

Mais au travers de Mélissa, il entendait la voix de Dana et il ne se sentait pas la force de lutter contre elle.
Sur la colère de Mélissa s’était imprimé le visage de sa partenaire.
Derrière l’intransigeance des mots, il avait vu la même détermination, la même bonté aussi. Et puis, il y avait la ressemblance physique, qui l’avait furieusement troublé dans la pénombre de son appartement sans lumière. Il avait été plus agressif qu’il ne le voulait avec Mélissa comme pour se défendre de se sentir attiré par cette femme qui lui rappelait tant Scully : le rouge de ses cheveux, ses yeux noirs écrasés de chagrin, son regard franc et profond qui lui intimait « Sois un homme ! ».

Il avait besoin de la voir… même si en faisant cela, il la privait peut-être de sa dernière chance de s’en sortir.

Elle le laissa devant la porte de la chambre, sous la lumière bleue qu’il haïssait tant.

Il entra. Elle était là, très pâle. Allongée sur ce lit de mort, un tuyau près des lèvres exsangues. Plus aucune machine ne la retenait à la vie… puisqu’elle en avait décidé ainsi.
Ses minces espoirs s’envolaient. Mais maintenant, il était là. Il s’assit auprès d’elle, et avec la maladresse de celui qui ne sait où se mettre, il attrapa timidement ses doigts si fins mais si froids.
Comment avaient-ils pu en arriver là ? Il s’agrippa de plus belle à la main de Scully. Et perçut une infime chaleur. Ce n’était peut-être que son imagination. Mais il se pencha doucement vers elle.

« J’ai la sensation que tu crois qu’il n’est pas l’heure de partir, Scully.
Ta foi t’a toujours soutenu. Je ne sais pas si ma présence t’aidera à revenir… mais, je suis là… »


Il n’avait pas d’autres mots. Alors, il se tut et s’installa sur la chaise, la tête basse. Et dans le secret de cette chambre quasi-mortuaire, il serra de toutes ses forces la main frêle, priant sa peau de faire passer le message que sa voix n’avait pas la force de révéler.
Derrière le vitrage, Mélissa les observait, les joues mouillées de larmes.

***********


Le lendemain…

Dire qu’hier encore, il était au bord du gouffre ! Et là, aujourd’hui, le bonheur l’inondait. Il aurait voulu saisir la main de la première personne qui passe, la faire virevolter dans un pas de danse et déclencher son rire un peu gêné mais charmé.
Il respirait !
Elle s’était réveillée ! Elle avait vaincu les ténèbres ! Etait-ce son soutien à lui ? Etait-ce celui de Mulder que Mélissa avait accompagné jusqu’à la chambre de sa sœur endormie pour être bien sûre qu’il ne se dédierait pas ? Elle l’avait vu lui parler, lui tenir la main. C’était une belle chose, lui avait-elle dit avec émotion. Elle avait senti l’énergie qui faisait tressaillir le corps apparemment sans vie. Elle avait compris ce qu’il y avait d’unique et de si puissant dans la relation qui unissait ces deux là…

Mulder… Son instinct disait à Charlie que de celui-là, il entendrait parler encore longtemps…

Peu importe pourquoi. Dana était de retour parmi eux. Ce n’était pas son heure encore. Sans arrêter sa marche vive, il croisa dans le couloir la silhouette d’un grand homme brun au physique séduisant malgré un nez proéminent. Il faillit rire dans son dos. L’homme affichait un sourire béat sur ses lèvres pleines. Probablement le même sourire idiot que le mien en ce moment, gloussa Charles en son for intérieur !
En voilà un qui est peut-être bien devenu papa…
Charles se remémora la joie qu’il avait éprouvé à la maternité à chaque fois qu’il avait découvert et apprivoisé le visage si fragile, si neuf de chacun de ses deux enfants.
Il se sentait presque aussi heureux aujourd’hui en pénétrant la chambre claire de Dana.

- Voilà ! Tisane pour maman, Thé pour les pisseuses…
- Charles ! protesta sa mère sur un ton de réprimande, mais elle aussi était d’humeur joyeuse, et elle ne put réprimer un sourire amusé.
- C’est rien, M’man !
- Tu as croisé Mulder ? interrogea Mélissa avec intérêt. Il vient juste de sortir.
- Mulder ? ! Euh, peut-être bien… Je ne suis pas sûr… Mais je suis parti il y a cinq minutes à peine !
- Oui, approuva sa jeune sœur qui reprenait des couleurs à vue d’œil. C’est son style. Les visites éclairs !
- Et les cadeaux, je ne te raconte même pas ! ajouta Missy le regard brillant.
- Des cadeaux ? Petite veinarde… Il s’assit sur le côté du lit. Montre-moi ce que tu caches sous la couverture, commanda-t-il à Dana en roulant des yeux. Du chocolat, c’est ça ? Tu veux le garder pour toi, avoue !
Elle rit.
- Et comment que je le garderai pour moi ! Avec toi dans les parages, mieux vaut protéger ses réserves alimentaires !
- Egoïste !
Les trois femmes ne purent s’empêcher de rire à la répartie pleine de mauvaise foi de Charlie. Son appétit était légendaire !
- Pour te prouver que je ne suis pas si mesquine que ça, je partagerai avec plaisir mon cadeau avec toi, mais je ne suis pas certaine que Laureen appréciera !
Elle lui mit sous le nez le DVD que lui avait offert Mulder.
- Les superstars du Superbowl ? ! Dana, cet homme a du gout ! Epouse-le et tu auras peut-être même une entrée au prochain match en guise de cadeau de mariage !
- Voilà un argument, commenta-t-elle en levant les yeux au ciel. Je crois que je vais l’étudier avec toute l’attention que ça mérite… Mmm… Voilà ! c’est fait !
- Et ?…
- Non !
- Ingrate !

Elle lui sourit. Il prit sa main avec tendresse. Son attention fut attirée par un reflet du soleil sur la blancheur de sa gorge.

- Je croyais que tu l’avais perdu…, murmura doucement Charles en prenant délicatement entre ses doigts la fine croix dorée qui avait retrouvé sa place autour du cou de sa sœur.
- Mulder me l’a ramené.

Il croisa le regard de Dana une courte seconde. L’émotion qu’il vit dans son regard le bouleversa.

Alors, c’était lui…
Voilà donc l’homme qui avait su se glisser dans une faille de la carapace et saisir le cœur de son infaillible sœur comme le chirurgien qui pratique un massage cardiaque directement sur l’organe.
Voici celui qui, un jour surement, saurait briser l’obsession de la maitrise et insuffler de nouveau à Dana l’envie de vivre en s’exposant aux sentiments déraisonnables, au risque de souffrir et au risque aussi de mourir de plaisir ou simplement d’aimer.
Il éprouva par avance une immense reconnaissance envers lui. C’était l’homme qui rendrait à sa sœur une partie de l’insouciance et de la joie de vivre qu’elle avait laissé sur le bord de la route… lorsqu’elle avait préféré le ramener, lui, Charlie, parmi les vivants.

Il croisa le regard de sa mère qui lui sourit. La même pensée les avait traversés. Dana l’aimait. Le savait-elle ? C’était une autre histoire…

- Peut-être finalement que cet étrange individu dispose d’arguments plus convaincants qu’un simple DVD…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 19 Juin 2009 - 13:57

CH 4. Le fétichiste



Janvier 1995, quelque part autour de Minneapolis…



Mulder se précipita vers sa partenaire, laissant aux autres agents le soin de s’occuper de Donnie Pfaster. Dieu du ciel, elle était vivante !
Elle lui tendit ses poignets entravés par une ceinture en cuir en jetant des coups d’œil angoissés vers le tueur en série. Mais celui-ci était maintenant bien immobilisé. Il ne nuirait plus… Du moins, plus physiquement.

- Mulder ! Détache-moi !

Il défit le lien et nota avec consternation les profondes marques qui entaillaient sa peau blanche. Elle avait du se débattre de toutes ses forces pour porter de tels stigmates.
- Scully, tu veux qu’on t’examine ? demanda Mulder avec inquiétude.
- Je vais bien Mulder ! assura-t-elle d’une voix altérée et un tout petit peu trop vite.
Son regard le fuyait. Elle ne voulait pas croiser l’expression de ses yeux bruns : ils voudraient savoir. Et elle ne voulait pas en parler. Pas encore…

Avec une infinie tendresse, il releva délicatement le menton de Dana vers lui. Elle n’avait plus la force de résister. Sa lèvre tremblait. Et elle lui livra son visage bouleversé, partagée entre la honte de craquer face à lui et le soulagement de ne plus avoir à lui dissimuler sa terreur. Il détailla son menton blessé, son front écorché, et les ecchymoses sur son nez et ses joues.
- C’est fini, lui déclara Fox pour la rassurer, conscient malgré tout que ces mots ne sauraient apaiser cette souffrance.
- < Mais ça recommence toujours… >.

Cette pensée brisa les dernières digues qui l’empêchaient encore de s’abandonner. Elle laissa échapper un sanglot et s’accrocha brusquement à la taille de Mulder l’étreignant comme le lierre enlace la pierre.
Dans un souffle déchirant, elle enfouit sa tête dans son torse l’obligeant à camper ses pieds bien à plat par terre pour pouvoir encaisser la violence de sa détresse.
Il entoura de ses bras larges et protecteurs son corps frêle et elle se fondit tout contre lui, secouée de hoquets irrépressibles.
Avec douceur, il glissa ses doigts dans ses cheveux défaits et les caressa en la pressant contre son cœur.



**************



Georgetown. Appartement de Scully. 21h.

Cela faisait près de quarante minutes que Dana était sous la douche, prostrée, laissant le liquide chaud s’écouler sur son corps comme si la souillure pouvait disparaitre avec la mousse par le trou d’évacuation de la baignoire.
Une vapeur brulante avait envahie la salle de bain. Les glaces étaient recouvertes de buée. Ses yeux aussi. Elle tremblait.
Ses déclarations face au docteur Kossef lui revenaient par flash.

< Vous pensez pouvoir dominer ce genre de chose, adopter un détachement clinique…>

Elle le sentait sur sa peau en permanence, comme si des dizaines de mains continuaient à l’agripper, l’explorer, la palper contre son gré.
Elle sentait ses doigts qui étudiaient la texture de ses cheveux avec la froideur du bourreau. Elle aurait voulu se débarrasser de sa peau comme d’un manteau. Se libérer de ses sensations qui lui hurlaient que son propre corps ne lui appartenait plus parce qu’un autre avait voulu en faire sa chose, l’objet de sa collection…

< Vous pensez pouvoir regarder le mal en face, et vous vous retrouvez paralysé…>

Elle s’était battue comme une lionne en furie. Contre lui… Contre l’impuissance. Parce que tout son être refusait de mourir en victime…
Et maintenant, elle ne savait plus contre qui se battre, à part contre elle-même et ses démons. Elle était à bout de force…

< Je sais que le monde est plein de prédateurs. Il l’a toujours été. Mon métier est de protéger les gens contre eux…>

Et moi ? Qui me protège ?… pensa-t-elle au désespoir.
Elle chassa le doute de son esprit. Elle devait se reprendre, faire face. Elle devait lutter contre l’envie irrésistible de rester ici, à se brûler la peau, jusqu’à l’oubli.

< Cette certitude m’a toujours donné confiance dans ma capacité à faire ce que je fais…>

Elle devait sortir et s’exposer à nouveau. Et regarder en face ses adversaires. Parce qu’ils ne s’arrêteraient jamais à elle…

< Je veux retrouver cette confiance. J’en ai besoin !>

Elle devait se relever. On comptait sur elle. Et elle n’avait pas le droit de décevoir cette attente. Sinon, à quoi bon vivre ?

*************



Quarante minutes qu’elle s’était enfermée dans la salle de bain… Cela commençait à préoccuper sérieusement Mulder. Il se demanda s’il serait bien approprié de s’y inviter plutôt que de la laisser seule avec ses cauchemars. Il s’avança vers la porte de séparation.

- Scully ?…

Il tourna la poignée, non sans une légère angoisse.


DRIIING !

La sonnerie le fit sursauter. Il pivota vers la petite table en bois près de la fenêtre sur laquelle trônait le téléphone et hésita un instant. Il reporta son attention vers la porte et finalement choisi de décrocher.
- Allo ?
A l’autre bout du fil, son interlocuteur marqua un temps.
- Bonjour. Charles Scully à l’appareil. Pourrais-je parler à Dana ?
- Charles ? Oui ! Bien sur. Attendez une seconde. Je vais voir si elle peut vous répondre…
Il posa le combiné.

Merde ! Son frère… Est-ce qu’il allait se faire des idées ? Après tout, à 21 heures, celui-ci pouvait légitimement s’interroger quant à sa présence.
Il se fit volte-face et se figea.

Dana était face à lui. L’eau dégoulinait sur son corps pâle, de ses cheveux encore humides jusqu’à la plante de ses pied qui laissait une empreinte fugace sur le carrelage. Elle avait enroulée une large serviette blanche autour de sa taille et de sa poitrine. Elle baissa la tête et détourna les yeux, un peu gênée devant le regard de Mulder qui s’était arrêté sur les marques sombres en haut de sa poitrine et au bas de son cou.
- Ton frère, dit-il en lui tendant l’appareil. Et il passa doucement ses doigts sur le haut de sa joue lissant une goutte d’eau… ou peut-être une larme…
Elle ferma les yeux, pencha légèrement sa tête et laissa son visage reposer sur la main puissante pendant un instant aussi fugitif qu’un cerf apparaissant sous les phares d’une voiture une nuit de pleine lune.

Mais déjà, elle s’écartait. Elle s’empara du portable et articula.
- Charles ?
- Dana ! Je viens d’avoir Maman au téléphone. Comment vas-tu ?
- Ne t’inquiète pas, Charlie. Il n’a pas eu le temps de me faire du mal.
- Je m’inquiète, Dana. Ca fait à peine deux mois qu’on t’a récupéré et tu es déjà victime d’une nouvelle agression ! Qui c’était, ce salopard ? !
Elle soupira.
- Un fétichiste…
- Je croyais que c’était un tueur en série ?
- …
- Dana ?
- Oui. Aussi.
- Frangine, tu ne vas pas recommencer ce petit jeu avec moi. Qu’est-ce que tu me caches d’autres pour me ménager ?
Elle lui répondit avec plus de brutalité qu’elle ne le voulait.
- Ecoute. Je n’essaye pas de te ménager. Tout ça est compliqué. Mulder et moi, nous venons seulement de rentrer de Minneapolis, et là, je suis fatiguée. Je voudrais juste me reposer.
- Arrête Dana ! Qu’est ce qu’il te voulait, ce connard ? !
- Bon sang, Charlie ! Il voulait mes ongles et mes cheveux ! lâcha-t-elle avec colère.
Il n’entendait pas en rester là.
- C’est tout ?
- Non, ce n’est pas tout ! Il voulait surement me tuer et me baiser ensuite ! C’est bon, maintenant ? ! Tu as ton info, Charlie ? !
- Est-ce qu’il … ? La voix de son frère se brisa et Dana se radoucit instantanément.
- Non, il n’a pas pu. Mulder est arrivé juste à temps…
Ils se turent un instant.

- Je suis content qu’il ne t’ait pas abandonné.
- Rassure-toi. Ce n’est pas son genre. Il ne m’abandonnera pas.
- Lui…
- Arrête, Charles… < Non. Pas aujourd’hui. Elle ne voulait même pas y penser >
- Tu sais ce dont je parle.
- Tu ne m’as pas abandonné… Je t’en prie... Le visage de Donnie Pfaster se colla tout d’un coup sur sa rétine. « Par ici, petite fille… » … Et, soudain, c’était le diable lui-même qui s’imprégnait sur sa pupille… Elle secoua la tête pour tenter de chasser cette image. Et ce n’est pas pareil aujourd’hui…
- Ben voyons !
- Je vais bien, Charlie !
- J’en doute.
- Ca suffit ! Je suis assez grande pour faire mon diagnostic !
- … Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés…
- Tout va bien ! Cesse de t’inquiéter.
- Tu sais qu’elle est le problème, frangine ? Avec toi, tout va toujours bien ! Dana, je rêve du jour où tu me feras suffisamment confiance pour me dire que tu vas mal, ou pour me demander de rester avec toi…
- …
- Ce jour-là, nous aurons franchi un cap tous les deux, et on pourra peut-être enfin aller de l’avant ! Allez, bonne nuit quand même !
Et il raccrocha brutalement.
Elle resta interdite devant la petite table en bois, essayant tant bien que mal de fermer son esprit au doute. Faisait-elle une erreur ?
Sa discussion avec le Docteur Kossef lui revint en mémoire.

« Vous avez probablement toujours cru pouvoir tout régler par vous-même… ». Elle avait ajouté avec bienveillance. « Avez-vous confiance en votre coéquipier ? »
La réponse avait fusé. « J’ai confiance en lui plus qu’en quiconque. Je lui confierai ma vie ! … Mais je ne veux pas qu’il sache que ça me perturbe, qu’il se sente obligé de me protéger… »


Elle n’entendit pas Mulder revenir dans le salon et s’approcher d’elle.
- Tu ne t’entends pas bien avec ton frère ?
Elle se retourna surprise.
- Si !… Si, très bien.
- Tu avais l’air en colère pourtant. Qu’est-ce qu’il voulait ?
- Juste savoir comment j’allais.
- Et tu lui as répondu… ?
- Que j’allais bien ! Quoi d’autre ?
Il se pencha doucement vers elle et murmura gravement.
- Tu aurais pu lui dire la vérité, Scully…

Elle baissa les yeux, n’ayant pas la force de protester. Elle ne pourrait plus regarder Mulder dans les yeux et lui mentir. Elle l’avait bien compris aujourd’hui.
Comme s’il avait pu l’entendre penser, il ajouta.
- Tu n’as pas besoin de me protéger, tu sais, et je ne veux pas de faux-semblants entre nous.
Elle murmura dans un souffle quasiment inaudible.
- D’accord.
Il posa un baiser tendre sur son front, et demanda.
- Et Charles ?
- Charles, ce n’est pas toi. Il ne peut pas m’aider.
- En es-tu sure ?
- Je ne veux pas en parler avec lui… Pas pour le moment en tous cas.
- Je ne comprends pas bien. Tu n’aurais pas réagi de la même manière avec Mélissa, il me semble.
- Un jour, je t’expliquerai. Mais je ne dois pas flancher devant Charles, sinon…
- Sinon ?
- Sinon… Je ne sais pas

Elle était à deux doigts de fondre en larmes. Il sentit qu’il ne devait pas insister davantage à cet instant.
- Viens, intima-t-il avec douceur.
Et il lui ouvrit ses bras. Elle s’y laissa glisser sans réfléchir, soulagée de ne plus avoir à se justifier.
Au bout de quelques instants, elle se redressa finalement.
- Je suis épuisée. Je vais essayer de dormir…
- Veux-tu que je reste ?
Elle hésita.
- Je préfère rester seule, en fait.
- OK ! Il leva les yeux au ciel. En fait, je vais formuler ma « proposition » autrement : je reste !
- Mulder…
- Ton canapé est bien plus confortable que le mien. C’est l’unique raison ! Même ta télé est plus large que la mienne. Je vais me planter devant, regarder un bon vieux film, et si l’envie te prends de venir t’asseoir à mes côtés pour parler ou profiter du spectacle, fais comme chez toi !
Elle faillit protester à nouveau. Mais il saisit son visage tuméfié entre ses mains et posa un doigt délicat sur ses lèvres pour la faire taire.
- Accepte mon aide. Tu en as besoin.
- Mulder…
- Ou alors, considère, si ça peut te convaincre de me dire « oui », que tu dois me sauver d’une nuit d’errance et d’autodestruction dans les bars de la ville…
Elle sourit tristement. Il ajouta le plus sérieusement du monde.
- … parce que je ne suis qu’une merde si je ne peux pas soulager un minimum les souffrances des rares personnes qui m’aiment un peu.
Elle le regarda avec émotion et articula d’une voix presque inaudible.
- Pas qu’un peu…
- Pardon ?
- Non, rien.
Elle s’éclaircit la voix.
- Bonne nuit, Mulder.
- Bonne nuit, Scully.
- Tu veux… ?
- Je sais où sont tes couvertures, ne t’inquiètes pas.

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 19 Juin 2009 - 14:01

**********


00h35.

Elle apparut à la porte du séjour. Elle avait passé sa robe de chambre. Ses traits étaient tirés.
Les images se bousculaient dans sa tête. Elles la hantaient au point qu’elle ne parvenait pas à garder les yeux fermés plus d’une seconde. Elle les rouvrait immédiatement, en proie à une terreur qu’elle savait irraisonnée mais qui la dépassait, se raccrochant comme à une bouée à la réalité de sa chambre sombre.

Il leva les yeux vers elle et se redressa sur le sofa.

- Tu n’arrives pas à dormir ?
Elle ne répondit pas.
- Qu’est-ce que tu regardes ? demanda-t-elle d’une voix hésitante.
L’image était en noir et blanc, ce qui était plutôt inhabituel pour un programme susceptible de passionner Mulder.
- « Comment l’esprit vient aux femmes ». Un chef d’œuvre…
- Je ne savais pas que tu étais fan de Cukor, releva-t-elle avec surprise.
- Tu plaisantes ? Cet homme est un génie ! Dans son propos comme dans le choix de ces actrices. Judy Holliday est hyper sexy !
Scully le dévisagea avec scepticisme.
- Tu ne me crois pas ?! Attends, j’ai renoncé à un documentaire sur la reproduction animalière passionnant rien que pour la voir !

A l’écran, l’actrice gloussa comme une cocotte. Ils retinrent un rire.
- Tu aimes donc les cruches !
- Ca t’ennuierait, hein ? ! Non, rassure-toi. Dans ce film, elle a de l’esprit ! Il se pencha vers elle. L’intelligence, c’est ce qui m’attire le plus chez une femme…
Elle grimaça. Il poursuivit.
- … juste après…
- Je ne veux pas le savoir. Garde un peu de mystère, Mulder !

Elle s’assit de l’autre côté du canapé et replia ses genoux contre sa poitrine en tentant de suivre le film. Au bout de quelques instants, sans s’en rendre compte, elle se mit à se balancer imperceptiblement d’avant en arrière.
Il s’attendait à observer ce genre de signe. Mais cela lui fit mal quand même.
Il se rapprocha lentement d’elle et elle leva ses yeux vers lui. Il lisait le désarroi dans son regard tourmenté. Mais cette fois, les yeux bleus ne se baissèrent pas sous son examen, et elle les garda rivés dans les siens.
- Tu as froid, murmura-t-il.

Elle redouta un instant qu’il ne l’étreigne ainsi. Elle n’était pas prête à un contact trop intime. Mais il attrapa le plaid posé à ses pieds et le posa délicatement sur les épaules rentrées de Dana. Le tissu entre eux la rassura et elle se laissa aller contre lui, enfouissant sa tête contre son cou.
Il la vit faire avec émotion. Elle l’acceptait… Il se sentit profondément soulagé et avec d’infinies précautions, il passa son bras autour elle.
Ils restèrent ainsi longtemps sans rien dire, bercés par le son étouffé de la télévision.

Elle finit par s’écarter.
- Je vais retourner me coucher. Elle se redressa péniblement. Merci… Merci d’être resté.
- Tu veux que je m’installe près de toi ? Dans ton fauteuil ?
- Il n’est pas très confortable, observa-t-elle malgré tout séduite par l’offre.
- Confortable ? C’est une notion qui m’est totalement inconnue en matière de couchage de toute façon !
Il se leva d’un air décidé. Elle lui sourit avec gratitude.
- Au lit, jeune fille !

**********



1h 21.

La pâle lueur de la lune éclairait la chambre. Dans l’obscurité, il discernait la forme recroquevillée de Dana sur le matelas. Mais il ne reconnaissait pas la respiration paisible des sans-soucis qu’il aurait tant souhaité entendre cette nuit. Ce silence et sa signification l’oppressaient.

- Tu ne dors toujours pas, constata-t-il enfoncé dans le large fauteuil. Tu penses à lui, n’est-ce pas ?
Elle laissa passer d’interminables secondes.
- Sans arrêt, finit-elle par admettre.
L’aveu aurait du la libérer mais elle se sentait seulement terriblement mal à l’aise à présent.
- J’ai fait des cauchemars pendant des mois après l’enlèvement de Samantha, confessa-t-il d’une voix basse.
Elle se retourna dans le lit, se redressa légèrement sur son coude et le regarda, profondément touchée.
- Tu en fais encore…
- Parfois, oui. Comment le sais-tu ?
- Je t’ai entendu plusieurs fois.
Il sourit.
- … Alors tu connais mes secrets… et moi, un peu des tiens…
Elle tiqua sur le « un peu », mais préféra ne pas s’y attarder. Il continua doucement.
- … Je ne te demande pas de tout me dire ce soir.
- Tant mieux. Je ne pourrais pas…
- Je sais.
- Je suis à mon maximum de potentiel de confidence là, ajouta-t-elle d’un air piteux.
Il rit. Cela leur fit du bien.
- Tu m’acceptes chez toi, tu m’ouvres ta chambre et tu admets enfin que tout ne va pas bien. Je trouve que nous avons déjà fait un grand pas.
Elle se sentait mieux. Qu’il puisse dire tout cela avec autant de simplicité et d’évidence était comme une délivrance. Elle pouvait lui parler. Il n’y aurait pas de drame. Il la regarderait toujours comme maintenant avec chaleur et confiance. Ce n’était pas compliqué.

- Et maintenant… Qu’est-ce qu’on fait, tous les deux ?
- Alors ! D’abord, je vais prendre sur moi pour ne pas considérer ta remarque comme une proposition très séduisante…
Elle rougit sous la lune. Il se marra.
- … Ensuite, j’ai un truc fantastique pour ces cas là !
- Et je vais prendre sur moi pour ne pas considérer TA remarque comme une affirmation présomptueuse, taquina Scully pour la plus grande joie de son partenaire.
- Scully, tu n’es pas sortable ! Je pensais à une histoire !
Elle le regarda plus sérieusement.
- Tu vas me raconter une histoire ?
- Je suis le champion des histoires, assura–t-il d’un air convaincu.
Elle se rallongea, sous le charme. Elle calla le coussin sous son oreille, remonta ses mains près du visage et le dévisagea avec attention.
- Et si je m’endors au milieu ?...
- Alors, j’aurai gagné, déclara-t-il en se relevant pour déposer un léger baiser sur sa joue.
Elle intercepta son mouvement, prit sa tête entre les mains et posa ses lèvres tout près de sa bouche. Ils restèrent ainsi, très près, pendant quelques troublantes secondes, à se dévorer des yeux. Et finalement, elle s’écarta de lui et reposa ses cheveux sur le drap frais.
- Raconte, alors…

Il se rassit, ému, s’enroula dans la couverture et commença.
- Il était une fois une girafe qui vivait dans la savane africaine. C’était une très belle girafe, élancée, élégante, avec une robe claire et des tâches d’une jolie couleur rousse sur tout le corps. A l’occasion, elle portait une petite croix dorée autour de son long cou et un badge du FBI sur son plastron…
Scully eut un petit rire.
- … mais passons ! Un matin, elle se réveilla. Elle avait mal au cou, et lorsqu’elle baissa les yeux, elle aperçut un grand nœud autour de son cou. Sa gorge était nouée.
- …
- « Que t’arrive-t-il ? » lui demanda le lion. « Est-ce douloureux ? » s’inquiéta le zèbre. La girafe voulut répondre, mais resta muette. Elle avait beau remuer les lèvres, aucun son ne sortait de sa bouche. Ses amis décidèrent de l’emmener chez le vétérinaire. Il examina la girafe avec attention et déclara qu’il n’avait jamais assisté à un tel phénomène. « Que pouvons-nous faire ? » interrogea le zèbre qui aimait beaucoup la girafe et qui voulait l’aider. Le docteur déclara « Essayez de lui faire prendre un bain. Peut-être qu’au bout d’un certain temps, eh bien… le problème finira par se dénouer ! ». La girafe passa trois jours entiers à se baigner et barboter dans son petit maillot deux pièces qui, au passage, lui allait comme un gant et qu’elle devrait mettre plus souvent…
- Ne te disperse pas, Mulder, sourit Dana.
- Bref, elle nagea le crawl et la brasse coulée, la nage indienne et le papillon, mais malheureusement, on ne constata aucune amélioration. Elle consulta les plus grands spécialistes du pays, mais plutôt que d’avouer leur incapacité à la soigner, ils décrétèrent des remèdes tous plus idiots les uns que les autres. L’un d’eux proposa de la découper en rondelles pour démêler les morceaux, l’autre de l’attacher au bout d’une grue jusqu’à ce que le nœud cède, un troisième tenta de lui faire avaler des couleuvres… Devant tous ces gens prêts à l’achever au motif qu’ils voulaient l’aider, la girafe préféra prendre ses jambes à son cou. Elle partit, seule, sur les pistes de la savane, persuadée qu’elle trouverait bien la solution à ses problèmes sans le secours douteux de ceux qui prétendaient savoir comment la soigner.

Il s’interrompit.
- Tu m’écoutes toujours ?
- Continue, s’il te plait, murmura-t-elle d’une voix ensommeillée.
- Je continue. Sur les bords du lac, elle croisa un éléphant qui la regarda en souriant.
- Un éléphant qui aime les graines de tournesol ?
- Oui. Un de ceux-là… Il s’approcha d’elle et lui confia « Je sais ce qu’il t’arrive… Nous autres les éléphants, nous avons le même souci avec nos trompes. Un fort coup de vent, un faux mouvement, et hop ! Les voilà toutes emmêlées ». « Tu devrais demander conseil au grand sorcier Guili-guili, ajouta-t-il. Il pourra peut-être te soulager ». « Je ne sais pas où le trouver », protesta la girafe qui se méfiait un peu maintenant. « Attends-moi ici ! Je vais le chercher » proposa l’éléphant. La girafe était fatiguée, cela faisait trop longtemps que son cou était nouée. Alors, elle s’adossa à un baobab et patienta. Au bout de quelques minutes, elle vit revenir avec surprise l’éléphant. Il était déguisé de la tête au pied de plumes d’autruche et de feuilles de bananier. Je te laisse imaginer…
Elle pouffa.
- Il se mit à chanter cette petite chanson bien connue des sorciers.
Là, Mulder se mit à fredonner « Hou Ya You Yé ! Hou Ya You Yé ! ». Scully s’était redressée et le regardait hésitant entre ahurissement et fou-rire. Il préleva un épi de blé du bouquet posé près de la fenêtre de Dana et s’approcha du lit en poursuivant son récit.
- Il saisit l’une des plumes qui ornaient sa coiffe et commença à lui caresser la peau du cou…
Mulder joignit le geste à la parole et commença à effleurer du bout de la tige la gorge claire de sa partenaire.
- Mulder ! sursauta-t-elle en éclatant de rire.
Il continua, imperturbable.
- C’est le traitement, Madame la girafe !
Elle riait de plus belle, sous le chatouillis du chaume sur sa peau fine et parvint à articuler entre deux hoquets.
- Arrête c’est une torture digne de Mélissa !
- Parfait ! Je continue !

Pris par le jeu, il monta prestamment sur le lit et saisit les mains de Scully qui tentait tant bien que mal de se protéger des caresses électrisantes. Il les immobilisa dans son poignet gauche et s’installa adroitement autour de sa taille pour la maintenir allongée et pouvoir poursuivre ses activités guérisseuses. Seule la couette les séparait. Dana riait tellement qu’elle en pleurait et soudain, sous l’effleurement de la plante, sous le poids de Fox sur son bassin, elle ne sut plus si c’était des larmes de plaisir ou de douleur qui coulaient sur ses joues… et elle fondit en larmes.
D’un seul coup, il fut pris d’une honte terrible et se sentit le plus misérable des hommes. Avec précipitation, il voulut se relever, mais elle l’agrippa avec une violence inouïe et se blottit contre lui.
- Pardonne-moi ! bredouilla-t-il. Pardonne-moi… Je ne sais pas ce qui m’a pris…
- Tais-toi Mulder ! Serre-moi fort, je t’en supplie.
- Je suis là… Je suis là, martela-t-il de tout son cœur, encore écrasé par le remords.

Il resta immobile, n’osant plus bouger la moindre parcelle de son corps. Il était toujours assis au dessus d’elle, le dos vouté et elle s’était lovée contre son torse. Petit à petit, il perçut la respiration de Dana qui se calmait. Sa poitrine cessa de monter et de descendre. Elle s’apaisait.

Il voulut se dégager, encore confus de son épouvantable maladresse. Mais elle le retint et planta ses yeux humides dans les siens, à nue…
- Reste contre moi, s’il te plait…
- Scully, je ne veux pas profiter…
Elle l’interrompit, balayant ses objections.
- Je te le demande. J’ai besoin de toi, ajouta-t-elle plus bas.
Un vertige le saisit. Il la regarda, ébranlé par ses mots dont il savait combien ils étaient rares chez elle et lourds de sens pour lui.
- D’accord, concéda-t-il. Je reste.

Elle s’allongea sans lâcher sa main. Il passa son bras autour de sa taille et se plaqua contre son dos par-dessus le drap. Ses lèvres se posèrent avec douceur sur la peau fine de son cou. Elle inspira profondément.
- Et la fin de l’histoire ? murmura-t-elle.
- La fin ? Eh bien… La girafe se roula par terre sous les chatouillis répétés du grand sorcier Guili-Guili. Lorsqu’enfin elle réussit à se calmer, elle réalisa que l’éléphant-sorcier était parti. Et son nœud aussi. Elle se sentit alors aussi légère qu’un papillon et dansa comme une folle jusqu’au coucher du soleil. Ce soir-là, la savane tout entière résonna de ses cris de joie. Et à partir de ce jour, la girafe ne laissa plus jamais un nœud au fond de sa gorge lui gâcher sa vie. Et souvent, elle souriait en voyant passer au loin un troupeau d’éléphant…
- Mmm… Merci Mulder… C’était une belle histoire, souffla-t-elle enfin détendue et à deux doigts de plonger dans les bras de Morphée.
- Dors maintenant…

*************

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 19 Juin 2009 - 14:05

Un peu plus tôt dans la soirée

- Melissa Scully, bonjour !
- Salut Missy. C’est moi.
- Charlie ? Je suis heureuse de t’entendre. Comment vas-tu ?
- Ca va pas terrible en fait…
- C’est à cause de ce qui est arrivé à Dana… Tu l’as eu au téléphone ? J’ai essayé tout à l’heure mais elle ne décrochait pas.
- Oui… Je lui ai parlé…
Il se tut et Mélissa sentit que les choses étaient graves.
- Que t’a-t-elle dit ? Elle est bléssée ? D’après maman, c’était superficiel !
- Je crois oui… Enfin, je veux dire… Il me semble que ses blessures sont superficielles. On n’en a pas parlé, en fait…
- C’est dans sa tête ? C’est ça ? murmura-t-elle d’une voix sourde. Elle en a trop enduré…
- C’est bien ça le problème ! Mais à l’en croire, tout va très bien !
Mélissa se tut un long moment.
- Alors, elle recommence à être dans le déni… Mon Dieu, c’est pas comme ça qu’elle arrivera à sortir la tête du trou !
- Je lui ai raccroché au nez, avoua Charles, le cœur sérré.
- …
- Elle n’accepte pas mon aide. Je ne sais plus comment faire.
- Tu ne sais plus ? demanda doucement Mélissa en insistant sur la dernière syllabe.
Il soupira.
- Ce n’est pas la première fois…
- Oui… Je sais, encouragea sa sœur.
- Pardonne-moi Missy mais, non, tu ne sais pas.

Elle ne répondit pas tout de suite. Et finalement, déclara d’une voix altérée par une colère lointaine.
- Tu pensais sérieusement que je ne remarquerai pas le changement à l’époque ? Je sais que nous n’étions pas grands mais l’ambiance avait changé entre nous. Ca n’avait échappé à personne sauf peut-être à Papa…
- Lui de toute façon, plus aveugle tu meurs.
- Tu souffres de voir Dana te mettre à l’écart mais que crois-tu que j’ai ressenti quand je vous ai vu tous les deux vous isoler petit à petit et vous renfermer sur vos secrets ? !
Il ne dit rien, choqué par ses révélations. Ainsi, elle avait compris.
- Moi aussi, ça m’a blessée ! poursuivit-elle très émue. Et je voyais bien qu’elle changeait, Charlie, qu’elle avait perdu son insouciance et une partie de sa joie de vivre… Je l’ai cuisinée pendant des années pour savoir finalement.
- Elle t’a dit ? ! Il n’en revenait pas.
- Non ! Elle ne m’a jamais dit ce qui s’était passé, cracha-t-elle avec rage. C’est une tombe ! J’ai juste réussi à lui passer le message que je me doutais de quelque chose et que j’espérai qu’elle se confierait un jour…
- …
- Ce jour, je l’attends encore, murmura-t-elle. Son amertume est perceptible.
- Je suis désolé.
- Pas tant que moi. Il n’y a rien de pire que de voir la douleur de ceux qu’on aime et de ne pouvoir rien y faire.
- Oui. C’est vrai.
Elle exprimait tellement ce qu’il avait ressenti pendant tout ce temps.

Ils restèrent un long moment sans prononcer une parole. Le silence ne les gênait pas. Ils en avaient besoin.
Finalement, Mélissa reprit.
- Qu’est-ce qu’on peut faire pour elle ? Tu crois qu’elle décrochera si je l’appelle ?
- Essaye ! Et si tu as Mulder, mets-le en garde. Qu’il soit doux et qu’il la ménage.
- Mulder ?
- Il est chez elle.
- A cette heure… marmonna-t-elle songeuse. Elle eut un petit sourire. Dana ! Qu’est-ce que tu nous caches encore ?
A son tour, Charles se dérida.
- C’est peut-être seulement la marque de son amitié, suggéra-t-il. Après tout, on sait qu’il tient beaucoup à elle maintenant.
- Oui, tant mieux, s’attendrit Mélissa. C’est bien qu’il soit près d’elle en ce moment.
- Cette fois, tu n’auras pas besoin d’aller le chercher et de le trainer par la peau des fesses !
Elle rit.
- Ca m’arrange !

Il reprit plus sérieusement.
- Je crois qu’il peut lui donner ce que nous ne pouvons pas lui apporter, tu sais…
- J’espère que tu as raison.
- J’espère aussi que j’ai raison !
- Mmm… En tous cas, je vais plutôt attendre demain pour téléphoner du coup. Je ne voudrais pas interrompre un calin !
- Ca m’étonnerait qu’elle ait la tête à ça, souffla Charlie.
- Quand les mots ne sortent pas, il arrive que le corps expulse la douleur d’une autre manière. On peut crier, rire, pleurer ou faire l’amour pour se soigner, Charlie. Ca ne suffit pas, mais ça soulage un peu quand même.
- Ouais…
- Ca peut aussi marcher pour toi, je te signale !
- OK. Je peux tenter le coup avec Laureen : « C’est ma sœur qui m’a dit que… »
Elle gloussa et l’interrompit.
- Non, non. C’est bon ! Je ne veux surtout pas m’immiscer dans vos histoires de couples ! Bon, je te laisse…

Il entendit en arrière fond des bruits étouffés et un son sourd qui ressemblait à la voix d’un homme. Il réalisa.
- Tu n’es pas seule ! Excuse-moi. Je ne t’ai même pas demandé si je te dérangeais.
- Tu sais bien que tu peux m’appeler à n’importe quelle heure, petit frère !
- Merci. Bonne nuit Missy.
- Bonne nuit Charlie.


**************

study < NB : Au fait, l'histoire de la girafe n'est pas de moi. C'est un merveilleux album pour enfants (mais qui parle aux grands comme aux petits) de Michaël Escoffier, illustré superbement par Kris Di Giacomo. Ca s'appelle "le noeud de la girafe".C'est publié aux éditions Kaléidoscope et je vous le recommande à fond pour les enfants de votre connaissance. >

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 30 Juin 2009 - 23:42

CH 5. Le chemin de la bénédiction – Opération PaperClip




Septembre 1995, appartement de Mélissa Scully.


- Je ne sais même pas depuis quand c’est là ! Je n’ai absolument aucun souvenir de cette histoire !
Ecœurée, Dana se rassit et prit sa tête dans ses mains.
A son tour, Mélissa saisit le petit tube transparent entre ses doigts et fixa avec appréhension la microscopique puce électronique que sa sœur avait retirée de son cou. Cette chose sous la peau de Dana… Ca lui donnait envie de vomir.
- C’est effrayant !… Elle reprit avec un air grave. Ca m’inquiète terriblement. Tu dois trouver ce que c’est, Dana.
Sa cadette soupira. Sa suspension pour insubordination n’arrangeait rien à ses affaires. Mais elle devait continuer à se taire, pour Mulder… et pour éviter que les dossiers Majestic retrouvent à nouveau les oubliettes du département de la défense.
- Je n’ai pas accès aux labos du FBI…
- Non ! corrigea Missy. C’était bien sa sœur de tout de suite chercher des réponses dans un laboratoire. Non, je te parle d’accéder à ta mémoire…
Dana eut un mouvement d’humeur. Mélissa ne se démonta pas.
- … Je veux dire, tu l’as enfoui si profondément en toi…
- Mélissa…
Elle ne voulait pas entendre les théories fumeuses de sa sœur, pas aujourd’hui. Mais celle-ci poursuivit avec conviction.
- Je connais quelqu’un…
- Non !
Son poing s’abattit sur la table en bois qui trembla sous le coup de colère. Scully se redressa d’un mouvement rageur et tourna le dos à son aînée.
Missy soupira, partagée entre la peine et l’agacement.
Dana et ses barricades…
Dana et sa foutue habitude de vouloir toujours tout régler toute seule…
Dana et son rejet de ce qui n’était pas « rationnel »… La convaincre d’aller consulter un hypnotiseur équivalait à peu de choses près à lui proposer une séance de spiritisme avec Elvis.

Mélissa laissa passer deux secondes et reprit d’une voix douce qui tempérait la dureté de ses propos.
- De quoi as-tu peur Dana ?… D’apprendre quelque chose sur toi-même ?…
Scully se retourna et lui lança un regard noir. Sa sœur continua, entêtée.
- Tu es si fermée ! Tu refuses de croire qu’il pourrait y avoir d’autres explications en dehors de ta vision scientifique rigide du monde ! Tu as perdu tout lien avec ta propre intuition… ajouta-t-elle plus bas.

Dana se rapprocha de la table, troublée. Les mains sur les hanches, son corps marquait encore sa résistance mais ses yeux… Ses yeux, eux, se posèrent sur Mélissa comme une prière.
Elle était perdue. Elle avait mal. Elle était seule…

… puisque Mulder était mort selon toute vraisemblance.

Elle n’arrivait pas encore à y croire. Qu’il ne soit pas là… alors qu’elle avait tant besoin de lui.
Sa gorge se serra. Elle retint ses larmes.

Mélissa se leva, s’avança vers elle et lui murmura avec une profonde tendresse.
- Tu porte tant de chagrins et de peurs que tu as construit un mur autour de tes sentiments et de la mémoire des faits…
Scully souffla un coup pour s’éviter de craquer.
Il était de nouveau là, son nœud au cou…
Mais cette fois, il n’y aurait pas d’éléphant-sorcier pour la sauver…

- Fais-le pour moi, pour ta sœur… S’il te plaît !
Elle posa sa main sur son bras. Les épaules de Dana s’affaissèrent. Une larme roula sur sa joue.
- D’accord, abdiqua-t-elle la voix brisée. Je vais le faire… Pour toi… Et pour lui…


************



Appartement de Mélissa Scully, le lendemain, 17h46.


On frappa à la porte. Mélissa quitta sa planche de dessin en jetant un regard satisfait vers sa dernière huile.
Son zèbre en costume de danseuse était très réussi. Elle savait déjà que Charles allait adorer. C’était la deuxième fois qu’elle illustrait l’un de ses albums pour enfant. Et elle se régalait. Il inventait toujours des histoires fantastiques, drôles et poétiques. Dans ses contes, il n’y avait jamais de morale mais toujours de quoi réfléchir qu’on soit petit ou grand.

Elle ouvrit et se figea.
Exception faite de l’avant-veille, la dernière fois que Dana était venue à l’improviste, c’était 6 ans auparavant, le jour où elle avait enfin quitté Daniel.
Presque deux jours de suite… Il fallait vraiment qu’elle soit au plus mal…
Mais elle était là aujourd’hui devant sa porte, le regard perdu et la lèvre tremblante.
- Il faut que je te parle, déclara-t-elle sans autre forme de politesse.

Quelques minutes plus tard, elles étaient toutes les deux assises devant une tasse de thé. Dana gardait la mâchoire serrée mais son corps s’était un peu détendu. Elle tenta une plaisanterie, peut-être pour retarder le moment du grand déballage.
- Méfie-toi. J’y prendrais vite goût à ces petits 5 à 7…

Mélissa sourit et lui tendit le sucre.
- Tu es la bienvenue !
Le silence s’installa entre elles.
- Comment s’est passé ta séance d’hypnose ? finit par demander Missy.
- J’ai foutu le camp…
Quand son langage se relâchait, c’était plutôt mauvais signe.
- Mulder ? suggéra doucement Mélissa.
- Il me manque… atrocement. Je ne sais même pas si j’aurais la force de continuer sans lui.
Elle ferma brièvement ses paupières en secouant la tête. Puis son regard se fixa au loin, noir comme les abysses. Missy ne prononça pas un mot. Elle posa juste sa main au-dessus de celle de Dana.
Celle-ci inspira profondément et reprit.
- Ce n’est pas pour lui que je suis venue…
- La puce dans ton cou ?
- Non plus…
Elle planta ses yeux dans ceux de sa sœur. Elle avait pris sa décision. Elle était déterminée maintenant.
- Tu te souviens de ce que tu m’as dit avant-hier à propos de l’hypnose ?
- Oui. Très bien. Je t’ai demandé de quoi tu avais peur… Et si tu craignais d’apprendre quelque chose sur toi…
- Tu avais raison. J’ai peur… Mais je n’ai pas peur de ce que je ne sais pas… J’ai peur de ce que je sais déjà. J’ai peur de devoir le revivre, de le tourner en boucle dans ma mémoire.
Mélissa retint sa respiration. Elle ne s’attendait pas à ça.
- Tu parles de l’été 71 ? murmura-t-elle la gorge nouée.
- Tu m’as toujours dit que je pouvais me confier…
- Oui, Dana.
- Je crois qu’il est temps maintenant…


************



Appartement de Charles Scully, 2 jours plus tard, 0h32.


La sonnerie stridente du téléphone résonna dans la nuit. Il sursauta, se redressa vivement et sauta hors du lit pour décrocher le combiné.
- Allô ?
- Monsieur Charles Scully ?
Il jeta un œil vers son réveil.
Minuit passé… Un interlocuteur qui l’appelle « Monsieur »… Son pouls s’accéléra. Ca ne pouvait être qu’une mauvaise nouvelle…
- C’est lui-même. Qui êtes-vous ?
- Je suis le Docteur O’Hara, de l’hôpital de la Trinité de Washington.
- Que se passe-t-il ?
- Monsieur, je suis désolé de vous réveiller à cette heure-ci, mais nous venons d’admettre une femme d’une trentaine d’année qui a été retrouvée inconsciente à son domicile. Elle est grièvement blessée. Je crois qu’elle est de votre famille : vous êtes dans les cinq favoris de son répondeur.
- Son domicile ?...
- A Georgetown, au…
Il n’entendait plus rien. Dana !
Les ténèbres fondaient sur lui. Il sentit ses jambes se dérober sous son poids. Son souffle se bloqua et il s’écroula contre le mur. Sa main serrait toujours le combiné mais il n’avait plus la force de le monter jusqu’à son oreille, ni d’articuler quoi que ce soit. Il était tétanisé.

Laureen avait suivi le début de la discussion en sentant monter en elle une sourde angoisse comme en écho à celle de son homme. Les bribes de phrases, sèches, arides, qui ressemblaient si peu à Charlie mettaient tous ses sens en alerte. Lorsqu’il s’effondra, elle se précipita vers lui, s’agenouilla et le saisit par les épaules.
- Charles !… Que se passe-t-il, je t’en prie ? !
- Dana… parvint-il à lâcher d’une voix rauque qu’elle ne lui avait jamais entendu.
Une vague glacée l’enveloppa à son tour. Elle le prit contre elle et le serra de toutes ses forces.

Dana…
Laureen savait. Elle savait la place très particulière, unique que Dana occupait dans le cœur de son homme. Charlie lui avait dit. Tout.
Elle aurait pu être écrasée par cet attachement si profond, quasi viscéral et le respect immense qu’il y avait entre eux. Elle aurait pu en être jalouse.
Mais, à la vérité, cela n’avait jamais posé le moindre problème. Probablement tout simplement parce que sa belle-sœur n’avait jamais manifesté le moindre signe d’exclusivité, au contraire. Et parce que ce lien si rare ne se manifestait que dans les silences et les regards, pudique à l’excès.
Laureen se rappelait la si joyeuse « cérémonie » de non-demande en mariage que Charlie avait organisée onze ans plus tôt.
Elle revoyait la mine vaguement agacée de Bill, les yeux au ciel du capitaine Scully devant la déclaration pourtant drôle et tellement émouvante que Charles lui avait déclamé devant tous leurs amis. Elle revoyait l’émotion de Maggie, incapable de réprouver ce qui était une union peu conventionnelle mais si sincère. Elle revoyait les fous rires de Mélissa. Mais surtout, elle revoyait le regard de Dana sur Charlie, puis sur elle. Et son bonheur total, sans réserve, devant la plénitude de son frère. Il y avait eu plus de bénédiction dans le sourire de Dana à Laureen que dans les félicitations de tous les autres réunis.
Si aimer, c’est accepter de laisser partir l’autre pour qu’il soit pleinement heureux, alors Dana aimait plus Charlie que Laureen elle-même, parce qu’elle, Laureen, ne pouvait plus vivre sans lui…

Elle prit le téléphone, posa quelques questions précises au docteur O’Hara. Et soudain se figea face à la réponse de son interlocuteur.
- Vous êtes sûr ? murmura-t-elle.
Elle jeta un œil troublé vers Charles. « Bien. Nous arrivons », conclut-elle.

Elle raccrocha et prit la tête de son amant entre ses mains.
- Charlie… Ecoute-moi…
Il leva des yeux fous vers elle et se noya dans le vert-noisette de son iris.
- Charlie… Ce n’est pas Dana…
- …
- C’est Mélissa !



***********

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 30 Juin 2009 - 23:45

***********



Repaire des Lones Gunmen, un peu plus tôt…


Le bonheur éclaira le visage de Frohike. Son pote était vivant ! Il avait donc survécu à l’attaque du wagon frigorifique.
Le plus démonstratif des Lones Gunmen vint lui donner l’accolade, et soudain son regard croisa celui de Dana Scully. Il s’écarta de Mulder.
- T’étais où ? demanda Byers.
- J’écoutais les fréquences de la police. Ils ont parlé d’un meurtre.
Il n’avait pas quitté Dana des yeux et s’avança vers elle.
- Agent Scully…
Elle sentit le froid glacer ses membres…
- Quoi ? Qu’y a-t-il ?!
Comme un sparadrap, se dit-il. L’arracher d’un coup.
- Votre sœur est dans un état critique.
Elle étouffa un cri et devant les hommes abasourdis se précipita dans l’escalier.
- Scully !
Mulder s’élança à sa suite.
- Scully ! Attends !
Elle dévalait les étages en proie à une terreur absolue. Il réussit à attraper son bras et l’obligea à lui faire face. Elle haletait. Ses yeux tournaient dans tous les sens.
- Attends !
- Laisse-moi ! Je dois y aller ! Elle se débattit.
- Scully…
- Cette balle m’était destinée !
- Justement ! S’ils veulent te tuer, c’est là qu’ils iront en premier…
Elle rejeta sa tête en arrière, fermant les yeux sous le désespoir.
- Les salauds ! siffla-t-elle.
- Je connais quelqu’un qui peut aider Mélissa, ajouta doucement Fox. Mais la seule chose que tu puisses faire pour elle maintenant, c’est de les coincer !
- Qui ? Qui peut l’aider ? demanda-t-elle puisant une nouvelle force dans cet espoir.
- Albert Holsteen. Ce vieux navajo qui tu m’as présenté pour décrypter les dossiers Majestic. C’est lui qui m’a soigné après l’attaque dans la carrière d’argile. Il m’a sauvé la vie, Scully.
Elle lui tourna le dos et brusquement, cogna de toutes ses forces contre le mur. Puis elle se redressa, prit quelques secondes pour laisser redescendre sa rage d’être si impuissante et se tourna vers lui en déclarant.
- Ecoute-moi, Mulder. Je vais envoyer Albert au chevet de ma sœur… mais je vais aussi devoir aller près d’elle. Je dois y être ! Tu comprends ? !
- Donne-moi deux jours, alors. Qu’on sache qui sont nos adversaires.
- Et s’il est trop tard ? demanda-t-elle sur le point de fondre en larmes.
Il la prit par les épaules.
- Ils veulent te tuer ! Morte, tu n’aideras pas plus Mélissa… Scully, tu sais ce que tu as à faire. A toi de voir.
Elle soupira lourdement.
- Deux jours alors…
- Très bien. On a une piste avec ce Klemper. Accompagne-moi. J’ai besoin que tu sois là et je te jure qu’on va trouver ces enfoirés.


***********



Hôpital de la Trinité, Washington, 2 jours plus tard, 23h22.


C’est sa mère qui l’avait prévenu. Ca s’était passé quelques heures après sa dernière visite.
Il voulait la revoir si c’était possible.
Laureen se gara devant l’entrée principale.
- Je t’attends ici, dit-elle en lui caressant tendrement la joue.

Il monta directement à l’étage, avec la raideur d’un automate. Il ne croisa personne dans les couloirs sombres. Il s’arrêta devant la porte ouverte de la chambre et s’immobilisa.
Elle était plongée dans la pénombre. Seule la lampe de chevet éclairait d’une lumière de bougie un lit vide, un lit d’absent. Missy était partie… définitivement… et ça lui arrachait les deux bras.
Et entre lui et l’absente, prostrée sur une chaise, lui tournant le dos et le regard rivé sur les draps vierges, sa sœur.
Et un homme, à genoux près d’elle, qui lui tenait la main avec douceur.

Il eut un mouvement de recul pour préserver leur intimité mais saisit malgré tout les mots de Dana. Ils résonnèrent comme un coup de poignard.
- Elle est morte à ma place, murmura-t-elle… Elle inspira profondément. J’ai voulu lui dire que je regrette… mais elle ne le saura jamais. Sa voix se brisa.
Son partenaire lui murmura des mots que Charlie n’entendit pas. Son esprit s’embrouillait entre peine, confusion et un sentiment proche de la colère. La foudre ne devait pas tomber deux fois au même endroit !
Il n’y voyait pas clair. Les paroles chuchotées entre sa sœur et cet homme qui ne pouvait être que Mulder lui jouaient une mélodie funèbre quasiment inaudible. Ses pupilles se fixèrent sur le visage de Dana à son insu. Il était marqué par l’immensité de la douleur retenue mais aussi par une détermination qui le fit frémir. Dans une attitude protectrice, Mulder passa son bras autour des épaules de sa sœur et l’attira contre sa poitrine. Elle se laissa étreindre, raide au début et finalement elle posa sa main sur son cou, comme un point d’attache vital.
Charlie s’écarta. Et se mura dans un silence de tombe. Juste troublé par le crépitement de trombes d’eau libérées par un de ces orages d’été, lourd, étouffant qui sévissait dehors.

- Charlie ?
Elle était devant lui. Et Mulder s’était éclipsé. Combien de temps s’était écoulé depuis tout à l’heure ? Quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures, il n’en avait pas la moindre idée.
- Dana ? Tu veux t’asseoir ?
- Non. J’ai besoin de prendre l’air…
- Il pleut…
- Ca m’est égal.
Elle avait le regard fixe et avança droit devant sans un regard pour lui, juste tendue par son objectif. Sortir. Reprendre sa respiration.
Un flash s’imprégna sur les pupilles de Charles. Il ferma les yeux comme s’ils avaient le pouvoir de faire disparaître l’image qui lui revenait en plein cœur.
Cette fois-ci, il la suivit.
Il la rejoignit sur le trottoir. L’eau tombait à verse mais elle restait là, plantée sous la pluie.
Debout près d’elle, il fixait les lumières en haut des immeubles en face. Là-bas, des familles vivaient normalement. Le cours de la soirée se déroulait sans heurt, sans bombe qui venait fragmenter les existences en mille morceaux sanglants. Là-bas, la mort, violente et brutale, inadmissible, ne s’était pas invitée à table. En tous cas, pas aujourd’hui…

Il baissa les yeux vers les ruisseaux qui coulaient sur le bitume.
- Il faut qu’on parle, Dana.
Elle leva son visage trempé vers Charlie et l’étudia gravement.
En partant précipitamment, il avait enfilé une chemise bleue mais l’avait mal boutonnée. Il était débraillée. Sa chemise dépassait de son pantalon de lin beige et la pluie la plaquait contre son large torse. Ses cheveux en bataille s’étaient aplatis sur son crâne et lui tombaient un peu sur les yeux.
Ses yeux bleus… perçants… humides qui la fixaient avec anxiété.
- Et je t’interdis de me dire que tout va bien.
- Je n’essayerais même pas.
Elle détourna son regard vers l’horizon. Ils restèrent ainsi, battus par les rafales d’eau qui s’écrasaient sur leurs épaules, et qui giflaient leurs visages ravagés.
- J’ai mal… finit-il par lâcher.
Il ne savait pas quoi dire d’autre.
Elle ne répondit rien mais prit sa main et la serra de toutes ses forces. Il reprit.
- Dis-moi ce que tu ressens… Ne me laisse pas seul avec mes mots.
- C’est de ma faute, Charlie. C’est moi qui aurait du… partir… Pas elle ! Pas Missy.
Il passa sa main sur la joue de sa sœur et la força à se tourner à nouveau vers lui.
- Tu ne peux pas prendre tout le mal sur toi à chaque fois. Personne ne le peut.
Elle ravala sa salive. Il la regardait maintenant avec une insistance presque insupportable pour elle.
- Tu as le droit de craquer, Dana.
- Je peux tenir le coup, murmura-t-elle.
- Pour quoi faire ? reprit-il d’une voix grave. Tu as le droit de craquer, répéta-t-il. Le monde ne s’écroulera pas…
- …
- Tu as le droit de pleurer.
- Ca viendra… Plus tard…
- Parce que tu penses encore que tu vas pouvoir aller sonner à sa porte plus tard, Dana !
- Charlie, je t’en prie…
- Je sais que c’est à elle que tu te confiais… Mais elle ne sera pas là ! Elle ne sera plus là ! Jamais ! poursuivit-il avec brusquerie.
- Arrête, supplia-t-elle. Je sais ça !
Il glissa ses doigts dans ses cheveux roux et l’obligea à croiser ses yeux bleus d’acier.
- Mélissa est morte ! Tu as le droit de craquer !
- Non ! Elle tenta de se dégager de son emprise mais il tenait sa tête entre ses paumes comme dans un étau.
- MELISSA EST MORTE ! hurla-t-il en proie à une douleur qui frôlait la folie pure.

Et là il l’entendit.

Ce son étouffé d’abord… puis ce grondement sourd, vibrant en même temps que le corps de sa sœur. Et ce grondement devint un cri presque inhumain qui déchira le ventre de Dana et jaillit vers le ciel en furie comme la lave jaillit du volcan.
Elle éclata en sanglot et se blottit contre son épaule. Il la serra de toutes ses forces entre ses bras larges et mélangea ses larmes salées avec celles de sa sœur.
- Enfin ! finit-il par articuler entre deux hoquets… Promets-moi de ne plus jamais me mettre à la porte de tes émotions !
Elle hocha la tête, incapable de répondre.
- Promets-moi de me faire confiance maintenant…

Il la maintint contre lui longtemps, la berçant au milieu de la nuit mouillée. Puis s’écarta.
- Il va falloir m’expliquer Dana. Je veux savoir.
- Savoir ?
- Oui ! Savoir pourquoi des hommes sur cette terre pourrie ont pu enlever une de mes sœurs et assassiner la deuxième ! Que faites-vous avec Mulder ? Sur quoi enquêtez-vous vraiment ?
Elle le regarda en silence. Et dit enfin.
- D’accord. Assieds-toi Charlie. Je vais tout te raconter…


**********


Dernière édition par noisette le Mer 1 Juil 2009 - 8:03, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mar 30 Juin 2009 - 23:49

**********


Fox les vit s’asseoir sur le bord du trottoir, indifférents à la pluie et aux vents.
Il ne voulait pas partir sans elle. Mais il n’était pas question d’interrompre cet échange avec son frère.
Il avait assisté à la scène avec un mélange de soulagement, puisqu’elle pleurait et pouvait ainsi vider une partie de sa peine. Mais aussi avec le sentiment confus de se comporter en voyeur et d’éprouver un brin de jalousie dont il n’était pas fier. C’était idiot. Il ne pouvait agir comme un frère puisqu’il voulait être autre chose pour elle.
Il se frotta les épaules, à moitié frigorifié et aperçut un peu plus loin une voiture garée non loin de l’hôpital. Il y avait quelqu’un dedans. Une femme. Il lui semblât qu’elle lui faisait des signes.
Il se retourna pour voir s’ils n’étaient pas adressés à un autre que lui mais il n’y avait personne. Et pour cause. A cette heure, les gens « normaux » dormaient.
La femme lui fit un appel de phare. Il s’approcha. Elle ouvrit la portière et cria au milieu des cordes d’eau.
- Vous ne voulez pas plutôt l’attendre au chaud avec moi ? !
Il courut vers elle. Elle débloqua le loquet de l’autre portière et il s’engouffra dans le break.
- Merci !
- Je vous en prie Mulder. Vous êtes Mulder, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en souriant.
Elle lui tendit une serviette pour s’essuyer qu’il prit avec gratitude.
- Euh oui.
Il avait tout de même l’air surpris. Elle eut un petit rire.
- Ne flippez pas ! C’est juste que vous êtes connu comme le loup blanc chez les Scully.
- Mmm… Je ne sais pas si je dois m’en trouver flatté ou inquiet. Je suppose que vous êtes la femme de Charles ?
- Sa maîtresse ! Laureen…
Elle lui tendit la main. Il la saisit avec un sourire embarrassé.
- Euh… Ah bon, je ne savais pas…
Elle rit à nouveau. Il se dit qu’il fallait un sacré tempérament pour en être capable dans de telles circonstances.
- C’est juste que nous ne sommes pas mariés, expliqua-t-elle.
- Vous avez aussi dû vous faire repérer par la tribu.
- Bah ! Bill est un peu obtus et le Capitaine valait aussi son pesant de cacahuètes mais au fond, ce sont tous des gens biens.
- Mieux que bien, murmura-t-il en fixant la silhouette tassée de Scully éclairée par la lumière d’un réverbère.
Elle parlait à Charlie en lui tenant les mains. Laureen suivit le regard de Fox.
- Oui. Certains sont vraiment… uniques…
Ils se sourirent.


**********



- C’est un truc de dingue ! Et Mulder pense que sa sœur a été donnée par son père au consortium pour créer des hybrides humains et extra-terrestres ? !
- Oui. C’est ce qu’il croit. Mais il y a été forcé et il devait le regretter. C’est probablement parce qu’il allait parler que Krycek l’a abattu. En tous cas, la thèse des hybrides a été confirmée par Klemper…
- Un monstre nazi ! Dire que le gouvernement lui a offert l’asile en échange de ses connaissances scientifiques putrides ! Je ne voterai plus jamais !
- Et ce connard affirme aussi que ce même gouvernement, en tous cas certains de ses membres, a collecté des données génétiques sur des centaines de millions d’américains au cours notamment des campagnes de vaccination contre la variole.
- Les dossiers médicaux archivés que vous avez trouvés dans ces immenses mines à moitié désaffectées ?
- Oui.
- OK. Je comprends qu’ils veuillent faire taire le père de Fox puisque c’est un témoin vivant de tout ça, mais toi ?
- Je sais où sont les dossiers Majestic…
- Les fichiers secret-défense que le vieux navajo est en train de traduire ?
- Exactement. Si nous ne nous sommes pas trompés, ils contiennent la preuve que le gouvernement est impliqué dans cette conspiration et qu’il collabore avec ces envahisseurs depuis la fin des années 40…
- Putain ! J’y crois pas.
- Je comprends, moi aussi j’ai du le voir pour y croire.
- Et ton enlèvement ? Cette puce dans ton cou, alors ? Ce sont eux ?
- Apparemment, ils font certaines expériences sur… certains sujets…
- Et c’est toi le sujet ? ! s’emporta-t-il. Dana, laisse tomber, je t’en prie ! Retourne à la médecine…
- Jamais ! se buta-t-elle.
- Tu vas faire quoi ? Surveiller tes arrières toute ta vie en attendant qu’un jour, un de ces salopards t’exécute d’une balle dans la cervelle ! A moins que ce ne soit un autre de ces tordus nécrophile tueur en série !
- Charlie… Nous avons négocié avec eux.
- Vous leur avez rendu la cassette mais vous les tenez par les couilles avec vos potes navajos. Ils sauteront sur la première occasion pour vous tuer, vous et votre petite tribu de résistants à plumes. Vous n’avez obtenu qu’un sursis !
- C’était ce que nous pouvions avoir de mieux à ce moment !
- Mais tu es en danger et ce n’est pas une vie !
- C’est ma vie. Ne la juge pas trop vite…, protesta-t-elle avec lassitude.
- Je ne juge pas, Dana. Je veux juste que tu restes en vie ! Au moins toi !
- Ne me demande pas de vivre si je ne sais pas pourquoi… J’ai besoin de sens à mon existence, posa-t-elle avec douceur.
- Mais du sens, tu peux en trouver ailleurs ! supplia-t-il. Tu peux soigner, tu peux sauver… Tu peux aimer aussi…, ajouta-t-il plus doucement.
- Charlie, je veux savoir…
- Qu’est-ce que tu sauras de plus… ?
- Qui ? Quoi ? Pourquoi ? ! Elle s’agita. Ils ont tué Mélissa, Charlie ! Tu peux l’accepter toi ?
- Non…
- Moi non plus ! Jamais ! Je veux les retrouver…
- Et les tuer… ? provoqua-t-il en regrettant ses mots à la seconde même où il les prononçait.
Elle le dévisagea avec une souffrance teintée d’incrédulité. Il se fustigea.
- Pardon, Dana… Je ne devrais pas…
Elle l’interrompit.
- Non, je ne les tuerai pas… sinon je n’aurais jamais de réponses à mes questions, murmura-t-elle plus bas. Elle eut un sourire triste qui ressemblait davantage à une grimace de douleur. Maintenant, je sais ce que ressent Mulder…
Il la prit dans ses bras et l’embrassa sur le front.
- Et maintenant je sais dans quel merdier tu es…
- Je t’y emmène ? sourit-elle tristement.
- A vrai dire, je crois que j’ai déjà les deux pieds dedans !
Ils échangèrent un long regard, qui ne dissimulait plus rien de leurs émotions et de leurs tourments.
- Merci d’être là, Charlie.
- Merci de m’avoir parlé, Starbuck.


**********


- On dirait qu’ils ont terminé, commenta Laureen. Je vais récupérer mon homme.
- Et moi, je vais récupérer ma…
Elle se tourna vers lui, un œil intéressé. Il compléta.
- … ma partenaire.
- Mmm. Elle sourit dans sa barbe. Je compte sur vous pour la frictionner vigoureusement. Il ne faudrait pas que nos moitiés nous fassent une pneumonie.
- Laureen ! Scully et moi, nous ne sommes pas un couple… au sens strict…
- Mais, taquina-t-elle, au sens strict, Charles et moi non plus !
Il s’extirpa du véhicule.
- Vous avez un ou deux temps d’avance, tout de même…
- … ?
- Les enfants.
- Ah ! Elle sourit malicieusement. Un temps d’avance mais moins de temps à deux. Il y a des jours où je ne dirais pas non à un petit retour arrière, juste lui et moi…
- Vous n’avez qu’a nous envoyer vos garçons pour un week-end, proposa-t-il. Je vous dois bien ça !
- On en reparlera, Mulder. Et sérieusement…
- Oui ?
- Prenez soin d’elle. Je ne sais pas comment Charlie tiendrait le choc s’il lui arrivait quoi que ce soit d’autre… Ce sera déjà très dur de faire le deuil de Mélissa.
- Promis. Et vous aussi, prenez soin de lui…
- A bientôt Mulder.
- A bientôt Laureen.

Il s’avança au milieu de la rue, face à Scully. Elle se tourna vers lui, immobile alors que Charlie se hâtait de rejoindre sa femme.
Il lui adressa un signe discret. Elle fit trois pas dans sa direction. Il s’approcha à son tour jusqu’à se trouver à quelques centimètres à peine de son corps transi de froid.
La pluie continuait à tomber sur elle, ses cheveux dégoulinaient en cascade rouge sombre. Les gouttes d’eau se regroupaient en affluents qui exploraient la veine sur son cou et glissaient le long de sa colonne vertébrale et de ses bras nus. Elle frissonnait, mais posa malgré tout ses yeux dans ceux de Fox lui livrant sans pudeur tous les états de son âme.

- Je peux dormir chez toi, ce soir ?
Il posa sa main sur la joue trempée et fit courir ses doigts sur sa peau fine. Elle pencha la tête sous sa caresse.
- A condition que tu me laisse te réchauffer, Scully.
Il passa son bras autour de ses épaules frêles et ils s’éloignèrent dans une nuit glaciale et sans lune. Mais ils n’étaient pas seuls…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mer 22 Juil 2009 - 13:31

CH 6. Le premier anniversaire ou la balade irlandaise




Septembre 1996, 21h, un vieux quartier de Washington.


- Tu es sûr que c’est approprié comme tenue ? insista-t-elle en jetant pour la énième fois un regard inquiet vers son jean et la veste de marin que Charlie lui avait fait ressortir de ses fonds de tiroirs.
Il se tourna vers elle et la contempla d’un œil appréciateur. Il était lui-même en jean et vareuse.
- Ca et ta tignasse rousse : ce sera bien plus couleur locale que ton tailleur du FBI, crois-moi ! Tu vas voir, je suis sûr que ça va te plaire… Mais je te préviens : ce n’est pas un quatre étoiles…
- Donne-moi un indice alors ?
- Ben… déjà, les vêtements en sont un.
- Donc c’est en rapport avec la mer ?
- Agent Scully, vous êtes brillante !
- Mais encore ? s’impatienta-t-elle.
- OK, rigola-t-il. Ca devrait te rappeler tes racines. Un grand pas dans le passé…
Cette fois, il la dévisagea plus intensément. Elle affichait une moue sceptique.
- Mes racines ?
- Les racines des Scully, précisa-t-il.
Elle avait compris. Elle le regarda avec tendresse.
- … L’Irlande.
- Bingo ! La terre des hommes de la mer ! Je t’emmène dans mon repaire… Tiens, le voilà.
Du bout du doigt, il désigna un point devant lui. Au détour de la rue, apparut un vieux bar dont la devanture vert émeraude avait dû voir défiler des siècles de migrants. Une enseigne en fer forgé rongée par la rouille représentait un trèfle autour d’un bateau de pêcheurs.
- Toi d’abord, annonça-t-il en lui tenant galamment la porte.

Elle entra avec l’impression d’emprunter la porte du temps.
A l’intérieur, quelques tables étaient disséminées autour d’un antique comptoir de bois noirci par les années. Une dizaine d’hommes, jeunes et moins jeunes, conversaient, certains autour d’un verre, d’autres autour d’un jeu de cartes.
Au fond, à gauche, deux femmes échangeaient autour de deux pichets de bière. La plus jeune portait sur son épaule un bébé endormi et jetait à intervalle régulier un œil sur un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de quatre ans. Il courait entre les meubles en agitant la tête et se cognait régulièrement aux murs ou aux genoux des clients. Compréhensifs, ils lui passaient une main dans ses cheveux de chaume avant de le remettre debout et de le voir repartir comme une bombe vers d’autres aventures intérieures.
Dans un coin, un vieillard chantait gravement s’accompagnant à la guitare. Un autre soufflait dans une flûte irlandaise.
En entendant ces airs en gaélique qui pénétraient ses tympans et son esprit, en humant les odeurs de fumées, de mer et de vieux bois, Dana comprit soudain de quoi parlait Charlie en invoquant ses racines.
Tous ses sens la transportaient des années en arrière, au cours de ces rares vacances où le Capitaine les avait emmenés chez ses cousins d’Irlande, dans le comté de Galway.
Elle se revoyait sur la jetée du petit port de Kinvara guettant le retour de pêche des mystérieux tontons irlandais en jouant à cache-cache au milieu des caisses de poisson avec ses cousins îliens aussi rouquins que l’étaient les Scully d’Amérique.
Elle se rappelait les fêtes de la Saint Patrick. La messe fervente et interminable. La bénédiction de la matriarche, la grand-mère de son propre père, et lui, Achab, éventrant avec bonheur le haggis, la panse de brebis farcie que les Irlandais avaient adopté des écossais. Il y avait aussi ces danses joyeuses, parfois mélancoliques jusqu’au bout de la nuit… Les seules fois où leurs parents les oubliaient et les laissaient jouer sous les tables jusqu’à ce qu’ils s’endorment par terre, épuisés, serrés les uns contre les autres pour se réchauffer. Susan, Mary, Mélissa et Dana d’un côté. Seamus, Liam, Jack, Bill et Charlie de l’autre.
Aujourd’hui encore, l’émotion la saisissait lorsqu'elle se remémorait les bras puissants d’Achab la soulevant pour la coucher sur son lit. Elle se réveillait légèrement mais gardait les yeux fermés par crainte de briser ce moment magique. Elle se sentait si bien. Tellement en sécurité…

- Tu comprends pourquoi j’aime venir ici maintenant ?…

Elle lui sourit en s’asseyant sur un banc.
- Je comprends.
- J’y avais emmené Mélissa l’an dernier. Elle m’avait fait promettre que la prochaine fois, on irait tous les trois…
Malgré l’atmosphère chaleureuse, Dana sentit son cœur se glacer.
- Salut mec, accosta un serveur qui avait une vraie tronche de viking en tapant le dos de Charlie. Il se pencha vers elle. Madame, que puis-je vous servir ?
- Whiskey. Par réflexe, elle avait adopté la prononciation irlandaise et le viking apprécia manifestement. On the rock, s’il vous plaît, commanda Scully la gorge sèche.
- A vot’ service. Et toi Charlie ?
- La même chose, Sean.
- C’est parti.

Ils le laissèrent s’éloigner.
- Je ne t’ai pas emmenée ici pour ressasser, Starbuck…
- Je sais… mais ça fait juste un an.
- Et elle est là, crois-moi. Son âme est là, aussi présente que possible. D’ailleurs… Il héla le viking. Sean ! Mets-nous en un troisième !
Elle sourit avec mélancolie.
- Tu crois à la vie après la mort, Charlie ?
- Ce n’est pas une histoire de bondieuserie. C’est juste une conviction. Quand on est aimé, on ne peut pas disparaître corps et âme. Je crois que les âmes restent et nous protègent. Et que parfois même elles nous parlent…
Elle fronça les sourcils. Ca lui rappelait les paroles tourmentées d’un vieux capitaine de marine. Charles poursuivit.
- Et là, Mélissa me souffle que ce soir, elle veut te voir rire, chanter et danser si c’est possible !
- Rien que ça ? rit-elle.
- Ca fait déjà un sur trois ! décompta-t-il en lui adressant un clin d’œil.
- Mouais ! Pour les deux autres, c’est pas gagné !
- Mais j’ai mon arme secrète, déclara-t-il avec un sourire éclatant.
- Ta bobine de séducteur ? Charlie, je suis ta sœur !
- Non, non. Mieux que ça, et plus minable aussi… Je vais te faire boire… !
- Oh non !
- … jusqu’à ce que tu roules sous la table en chantant « Mo Ghile Mear » en prenant le reste de haggis pour une cornemuse !
Elle éclata de rire.
- Mon Dieu ! J’avais presque oublié cet épisode lamentable !
- Grandiose, tu veux dire ! Susan m’en parlait encore il y a deux mois à son mariage. Je crois que les Scully de Kinvara ne comprennent toujours pas ce que tu fais au FBI. Je suis sûr qu’ils t’imaginent en train de faire la danse macabre autour de tes macchabés en tapant sur le bodhran et en buvant une stout !
- N’importe quoi ! Je vois parfois Seamus…
- Tu bosses avec les flics de New York parfois ?
- … c’est arrivé et je t’assure qu’il ne me voit plus comme ça depuis longtemps…
- Et moi, je t’assure qu’il a dû avoir son petit succès en racontant que sa cousine surnommée la reine de glace par tout le FBI a l’alcool gai ! Et danse volontiers sur les tables avec un petit coup dans le pif !
- Une fois ! J’ai fait ça une fois ! Et j’avais treize ans !
- Je vous offre le whiskey pour voir, intervint Sean qui apportait la commande.
Charlie pouffa et le serveur continua sans se démonter.
- … surtout si vous chantez aussi bien que votre sœur.
Elle rougit vivement.
- Oui alors là… on va oublier.
- Naaaan. On y reviendra plus tard, se marra son frère.
- Toi, menaça le viking en pointant son doigt sur Charlie. Tu as une chance insolente d’avoir des sœurs aussi canons.
- Je sais, mais pas touche ! plaisanta Charlie en lui renvoyant une grimace. Il se tourna vers Dana. Je rigole. C’est pour imiter Bill !
Elle prit son verre et le leva bien haut.
- A Bill !
- Aux canons !
- A Mélissa… qui me manque, ajouta-t-elle la voix basse.
Il la regarda avec douceur.
- A Mélissa… grâce à qui tu es là aujourd’hui, et à toi, grâce à qui je suis là aujourd’hui.
Elle baissa les yeux vers le liquide ambré, promesse d’oubli… Elle monta le verre à ses lèvres et laissa l’alcool brûlant couler dans sa gorge jusqu’à la dernière goutte sous le regard abasourdi de Charlie. Elle le reposa lentement et ferma les yeux sous l’assaut du feu qui lui arrachait les poumons. Pas un son n’était sorti de sa bouche. Finalement, elle rejeta la tête en arrière et vissa ses yeux dans ceux de son frère.
- Aux pages qui se tournent.
- Aux pages qui s’écrivent…, proposa-t-il.
- Au passé qui s’envole. Elle saisit la « part » de Mélissa et la vida avec la même détermination que la première sous l’œil légèrement inquiet de Charles.
- Au passé tatoué dans nos chairs… corrigea-t-il.
Elle le regarda gravement.
- Toi, tu veux me contrarier.
Il secoua la tête.
- Jamais ! Aux filles Scully qu’on ne s’avise pas de contrarier !
- T’imagines la tête que ferait Maman si elle nous voyait maintenant, ne put s’empêcher de glousser Dana. Elle commençait à se détendre.
- Comment ai-je pu oublier Maman ! Alors… euh : à Maman, qui serait folle de nous savoir dans un tel lieu de perdition. Il avala une longue gorgée et claqua son verre sur la table.
- A Maman ! opina Scully avec un air pénétré. Et je trinque avec quoi, moi ? ajouta-t-elle en lui mettant les deux verres vides sous le nez et en lui adressant son plus charmant sourire. Si tu me veux me faire chanter, va falloir m’arroser !
Il se pencha vers elle, passa un doigt tendre sur sa joue et sans la quitter des yeux, interpella à nouveau le serveur.
- Sean ! Deux autres s’il te plaît. Ce soir, on noie les idées noires !
- Voilà un vrai programme d’irlandais, approuva-t-il en amenant instantanément deux nouveaux verres.

**********

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mer 22 Juil 2009 - 13:39


**********


- Allez, tu peux bien me le dire ! T’es raide dingue de lui.
- Pas du tout ! Ou alors, juste un peu… quand je me sens seule.
- OK. Ton argument, c’est pipeau ! Tous les mecs de la terre se prétendent amoureux le soir où ils sont seuls. Ils se racontent ça, ils baisent…
- Quel romantisme !
- Oh pardon, Miss Arlequin, ils font l’amoûûr et le lendemain, pfffftt… Y’a plus personne.
- Mmm…
- Je tiens le pari que toi : c’est exactement l’inverse !
- Il est tard, Charlie. Je n’arrive plus trop à te suivre. L’inverse… ?
- Exactement ! Toi, tu baises pas mais le lendemain, t’es là ! J’me trompe ?
- Je trouve que les choses ne se résument pas à baiser ou pas, d’abord. Je voudrais fixer ça comme un préalable à toute discussion plus avancée…
- Je voudrais fixer ça comme un préalable à toute discussion plus avancée, singea-t-il. Vas-y ! Fais moi croire que tu peux aligner un raisonnement cohérent après… Il tenta de compter les restes sur la table. Après tout ça !
- Observe et médite, impie ! Donc, petit un : le sexe ne garantit ni le sérieux ni la durée d’une relation.
- D’ac !
- Petit deux : je partage avec Mulder une relation que je souhaite sérieuse et durable.
- Dana, si tu me sors un petit trois du genre… Donc j’exclue toute relation sexuelle avec lui pour préserver le sérieux et la longévité de notre relation, on pourra dire que tu es, petit un, complètement bourrée et petit deux, que l’alcool te rend gaie et stupide !
- Je n’ai pas besoin d’alcool pour ça !
- Ta lucidité t’honore ! Peu de personnes admettent leur totale nullité en matière sentimentale.
- J’ai pas dit ça ! J’ai dit… Oh merde ! Charlie ! Tu m’embrouilles !
- Oui ?
- J’ai dit… que j’ai un peu la trouille de le perdre, souffla-t-elle l’air penaud.
Il redevint sérieux.
- Alors… D’abord, laisse moi fixer un préalable à toute discussion plus avancée…
Elle leva les yeux au ciel et se laissa glisser contre le mur en croisant les bras. Il sourit et continua.
- Sache qu’un homme qui ne resterait pas petit-déjeuner avec toi le lendemain et jusqu’au dernier jour de sa vie après que tu lui aies fait le cadeau de t’offrir à lui, eh bien… qu’il soit dit que cet homme serait un connard ! Et en bon frère irlandais, je me propose bien sûr de lui faire la peau le cas échéant.
- Merci, Charlie. J’ai donc déjà quelques contrats pour toi.
- Euh oui, nous verrons ça plus tard. Donc je continue, parce que moi, je ne m’y perds pas dans mes raisonnements contrairement à d’autres…
- Vantard !
- Frangine, poursuivit-il avec componction indifférent à ses sarcasmes, je suis un désastre dans bien des domaines, mais il en est un où ma grande expérience me permet de te donner, pompeusement je te l’accorde, un bon conseil.
- Quel domaine ? demanda Dana qui connaissait déjà la réponse.
- L’amour, ma bonne dame ! Il se pencha vers elle. Moi, je crois que tu l’aimes. Que c’est réciproque. Et que tu ne le perdras pas en le mettant dans ton lit.
- Mais je le veux peut-être d’abord dans mon cœur…, murmura-t-elle.
- Il y est depuis longtemps, Dana. Tu te voiles la face.
- Je n’en suis pas si sûre.
- Combien de jours avez-vous passé l’un sans l’autre depuis trois ans, je veux dire à part les séparations forcées ?
- …
- S’il t’appelle au milieu de la nuit, tu viens, n’est-ce pas ?
- …
- Et si tu l’appelles, tu sais bien qu’il sera là. Il est là quand tu vas mal, il est là quand tu vas bien. Il risquerait sa vie pour toi, et… toi aussi pour lui. Je me trompe ?
- Non, balbutia-t-elle.
- Tu vois ! continua-t-il satisfait. Regarde ! Moi, je ne voulais pas d’enfants. Laureen, si. Et aujourd’hui, nous en avons deux et je ne l’ai jamais regretté. L’amour, Starbuck, ne se jauge pas à l’aune des déclarations ou même au nombre de matins où l’on se retrouve aux côtés de l’autre. Les femmes pensent qu’il se dit en mots mais je crois que ce sont nos actes qui parlent le mieux de nos sentiments.
Il se tut et ils digérèrent ensemble cette sentence définitive.
- Que disent tes actes de ce que tu éprouves pour lui ?
- …
- Quelle est la chose la plus folle que tu aies faite pour Mulder, frangine ?
Elle se cacha derrière son verre.
- Je lui ai dit que je ne mettrais ma carrière en jeu pour personne sauf pour lui.
Il se tourna vers elle, réellement impressionné.
- Pas mal ! A ton niveau, ça frise la déclaration…
- Très drôle.
- Ce n’est pas de l’humour pour une fois. Mais en fait, je parlais d’actes, pas de paroles.
- Voyons…, plaisanta-t-elle en se mirant dans les reflets dorés de son breuvage. Je l’ai accompagné pour chasser Big Blue sur un lac, de nuit. Et il faisait froid.
Il rit.
- Dana Scully à la poursuite de Nessie ! J’admets que tu payes de ta personne ! Mais tu peux mieux, j’en suis certain.
- J’ai été suspendue pour insubordination parce que je voulais le couvrir ? proposa-t-elle en soupirant.
- Enorme ! approuva-t-il avec gravité. Mais je te parle de quelque chose de plus profond encore.
Elle hésita.
- J’ai tiré sur lui, avoua-t-elle d’une petite voix. C’était pour qu’il ne soit pas tenu coupable du meurtre de son père.
Il se figea.
- Ah merde ! Quand même !
Elle aurait voulu disparaître. Il médita quelques instants cette révélation.
- Et tu t’en veux ?
- Il le fallait, éluda-t-elle.
- Ce n’était pas ma question, insista-t-il doucement.
- Peu importe si je m’en veux. Je préfère le blesser que de le voir perdre sa liberté et la possibilité de poursuivre sa quête. Il en mourrait, ajouta-t-elle très bas.
- Alors tu l’aimes, Dana, conclut tranquillement Charlie.
Elle s’abstint de commentaires et se plongea dans la contemplation et l’écoute attentive des musiciens. Lorsqu’ils s’arrêtèrent de jouer, elle se leva sous l’œil étonné de son frère.
- Je crois que maintenant, j’ai envie de chanter, déclara-t-elle déjà tendue vers son idée.
Elle se dirigea vers les deux hommes et se pencha vers le vieillard. Il l’écouta gravement et hocha la tête. Elle fit volte-face pour faire face à la petite assistance. Les regards s’étaient tournés vers elle lorsqu’elle avait traversé la salle.
- Je voudrais vous chanter une de nos vieilles chansons d’Irlande.
Elle avait toute leur attention.
- Elle est adressée au défunt prince Charles Stewart par sa fiancée Erin, mais moi je veux la dédier à mes deux « héros » : d’abord mon frère, l’autre Charlie, pas un prince mais presque…
Il y eut quelques sourires bienveillants vers ce bienheureux frère. Pour une fois, il ne savait plus où se mettre. Dana poursuivit.
- … et mon autre héros dont je tairais le nom mais dont je tiens à préciser que je n’en suis pas du tout amoureuse ! proclama-t-elle avec une conviction qui fit rire les hommes de l’assemblée. Leurs yeux brillaient. Ils auraient bien échangé leurs places contre celle de l’homme sans nom.

Elle marqua une pause. Elle avait chaud. Elle défit les deux premiers boutons de son chemisier et entrouvrit son col pour mieux respirer. Ses cheveux légèrement défaits retombaient en mèches fines sur son front fier et ses joues roses. Elle ferma les yeux et dans un mouvement souple d’une nonchalante sensualité, elle laissa tomber sa veste de feutre bleue à même le sol, totalement inconsciente de réveiller le trouble de la gente masculine.
Le silence s’était fait. Les bras le long du corps, elle serra ses poings. Son visage se transforma comme sous le coup d’une douleur contenue. Ses yeux étaient toujours clos et soudain, elle ouvrit la bouche et de ses lèvres naquit une complainte d’un temps lointain, dans une langue mystérieuse, surgie comme un mirage au milieu de ce vieux bar de quartier. Sa voix claire, chaude et terrienne monta parmi les volutes de fumée, une voix habitée par les siècles.

Seal da rabhas im' mhaighdean shéimh, (Jadis j'étais charmante et gaie)
'S anois im' bhaintreach chaite thréith, (Mais me voici veuve désormais)
Mo chéile ag treabhadh na dtonn go tréan (La mer m'a repris mon bien-aimé)
De bharr na gcnoc is i n-imigcéin (Par delà les monts, à l'étranger)


Charlie la contemplait, subjugué, envoûté par le chant qui convoquait au sein de la nuit les âmes disparues de ceux qui sont aimés.
Et une image lui revint. Celle de Maddy, l’arrière-grand-mère irlandaise si impressionnante qui ne sortait de son fauteuil que pour aller à l’église et au retour de pêche. La peau noire, ridée par le vent et le sel, elle avait dit un jour à son père en entendant Dana chanter ainsi un soir de veillée.
- Ta fille a l’âme d’un marin. Fière, indépendante et triste. Il ne lui manque que l’amour.
- Pourquoi triste ? avait murmuré le Capitaine avec un pincement au cœur. Il savait qu’elle avait raison.
- Regarde-la. Il faut avoir beaucoup souffert pour chanter ainsi.
- C’est juste une jeune fille qui chante très bien un très beau texte, et ça ne m’étonne pas de ma surprenante Starbuck, tenta-t-il de plaisanter mal à l’aise.
- Tsss… Tu ne veux pas voir parce que tu ne sais pas comment la consoler. Elle est blessée. Mais elle est forte comme Erin. Elle survivra…, avait prophétisé Maddy sur un ton sentencieux.
Et elle avait fermé ses yeux pour profiter de la musique.

Elle survivra, pensa Charlie en fixant sa sœur, mais maintenant, l’amour est à sa porte. Faites qu’elle l’ouvre, pria-t-il.

Ní labhrann cuach go suairc ar nóin (Le chant du coucou reste muet)
Is níl guth gadhair i gcoillte cnó, (Les abois lointains dans les forêts)
Ná maidin shamhraidh i gcleanntaibh ceoigh (L'aube fuit les vallées embrumées)
Ó d'imthigh uaim an buachaill beó (Car celui que j'aime m'a quittée)


Il se leva et s’approcha. Elle entamait le refrain d’une voix vibrante, avec la volonté farouche de l’amante de prolonger le combat et la mémoire de celui qui est parti. Bouche ouverte et yeux écarquillés, le petit garçon s’était statufié devant cette sirène rousse et sa mélodie ensorcelante.
Charlie se joignit à elle en posant la main sur son épaule. Surprise, elle se tourna vers lui avec un sourire heureux.

'Sé mo laoch, mo Ghile Mear, (Mon héros, mon bien-aimé)
'Sé mo Chaesar, Ghile Mear, (Mon César, mon bien-aimé)
Suan ná séan ní bhfuaireas féin (Paix et joie m'ont fuie à jamais)
Ó chuaigh i gcéin mo Ghile Mear (Quand est parti mon bien-aimé !)


Seinntear stair ar chlairsigh cheoil (Harpe sonore, entame un chant !)
's líontair táinte cárt ar bord (Emplissez vos coupes à présent !)
Le hinntinn ard gan chaim, gan cheó (Coeurs décidés, droits et loyaux)
Chun saoghal is sláinte d' fhagháil dom leómhan (Portez un toast à mon héros !)


Et petit à petit, d’autres voix s’élevèrent gravement puis gaiement comme un petit miracle de polyphonie irlandaise, une parenthèse improbable au milieu de la vie trépidante et glaciale de Washington…
Quand la musique se tut, elle leva son verre imitée instantanément par le reste de la salle.
- Aux morts qui nous parlent !
- Aux morts qui nous parlent ! reprirent-ils tous en cœur.


**********

Pour accompagner ce passage, n'hésitez pas à écouter cette sublime version de Mo Ghile Mear par Sting et les Chieftains...



Dernière édition par noisette le Ven 24 Déc 2010 - 12:04, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mer 22 Juil 2009 - 13:41

**********



- Revenez quand vous voulez ! Votre sœur danse mieux mais vous, vous chantez comme une reine, assura le viking avec conviction. Une reine guerrière. Vous devriez monter un groupe ! Les Scully’s sisters !
Dana ne répondit pas. Ce fut Charles qui prit la parole, avec une mine sombre.
- On a perdu l’une des deux sisters au combat, Sean. Mélissa est morte. Elle a été assassinée.
Sean accusa le coup en silence, abasourdi et finit par articuler d’une voix mauvaise.
- Si vous avez besoin d’aide pour dézinguer les salopards qui ont fait ça…
- Le salopard est mort, interrompit Scully sans parvenir à dissimuler un rictus de colère sur son visage.
Il se tourna vers elle, surpris.
- C’est vous qui l’avez tué ? murmura-t-il avec une note d’incrédulité mêlée de respect.
- Ca aurait pu… Mais non, je me suis retenue. Je ne veux pas devenir comme eux.
Sean hocha la tête gravement.
- Dana… Vous permettez que je vous appelle Dana ?
- Les amis de mon frère sont mes amis. Allez-y !
- Dana, vous êtes ici chez vous. Revenez quand vous le voulez. Pour chanter, boire ou juste parler. Et quoi que vous en disiez aujourd’hui, vous pouvez me demander n’importe quel service. D’accord ?
- D’accord, opina-t-elle. Merci Sean mais il va peut-être falloir me le noter pour que je n’oublie pas. J’ai l’esprit un peu vaseux là…
Il sourit et défit un bracelet de cuir tressé qu’il portait au poignet.
- En gage de mon accueil inconditionnel pour les décennies à venir, déclara-t-il avec solennité en le nouant à son frêle poignet.
- Vous aussi vous êtes un prince, affirma-t-elle avec un sérieux éthylique et hoquetant. Et elle saisit fermement sa main pour poser tendrement ses lèvres là où le cuir du bracelet avait frotté la peau en y laissant une marque rouge.
Sean rougit vivement et s’écarta précipitamment.
- Je dois reprendre le service, bafouilla-t-il. A bientôt Dana.
Et il disparut à l’intérieur.
- Ouais, salut aussi ! lui cria Charles en souriant. Tu as fait une touche, ajouta-t-il en se penchant vers sa sœur et en ouvrant la portière du taxi.


**********



- Où est-ce que nous te déposons ?
Elle le toisa avec un sourire goguenard.
- Quelles sont les options ? Discothèque ? Club privé ?
- Chez toi ou chez Mulder ? rétorqua-t-il calmement.
Ca la laissa sans voix quelques instants. Elle pesa silencieusement les deux hypothèses. Puis d’un air convaincu, elle se pencha vers le chauffeur et donna l’adresse de Mulder. Charles sourit dans sa barbe.
- Ah Ah !
- Ce n’est pas ce que tu crois, gros malin.
- Je n’ai rien dit.
- J’ai pas mal bu, et dans ces circonstances, je ne peux pas exclure le risque même minime de coma éthylique avec complications éventuelles : hypoglycémie, acidose, hyponatrémie, hématomes, contusions, ischémie des troncs nerveux voire détresse respiratoire…
- Tu ne perds pas le nord !
- Je suis médecin, acquiesça-t-elle en pointant sous son nez un doigt professoral ce qui la fit un peu loucher pour le plus grand plaisir de Charles. C’est plus raisonnable.
- Tout à fait. Et vous dormez ensemble ? demanda-t-il le plus innocemment possible.
- Tu crois que je ne vois pas que tu essayes de me faire parler ?
- C’est pas mon genre. Du reste, je sais bien que je ne te soutirerai aucune information.
Elle grimaça d’un air désolé.
- Flûte ! Là, j’étais d’humeur à parler. Vas-y ! Soutire !
Il rit.
- D’accord. Alors… vous faites quoi… dans ces cas là ?
- On se raconte des histoires, figure-toi ! Ah ! Ca t’en bouche un coin !
- Intéressant. Et après ?
- Après quoi ?
- Les histoires…
- Parfois… mais vraiment c’est très occasionnel…
- Oui ?
- … parfois on s’endort ensemble.
- Ah bon ! Si c’est que ça ! se moqua-t-il.
- Ouais, avoua-t-elle un peu déconfite sans relever le second degré. Pas mieux.
Il passa un bras autour de ses épaules. Elle se laissa aller contre sa poitrine en soupirant.
- Je suis pitoyable.
- Tu es fascinante. Et puis dormir ensemble, ça me semble plutôt un bon début pour aller plus loin.
- T’es gentil !
- Réaliste. J’ai jamais dormi avec des collègues de travail ! Je crois que Laureen me ferait une scène !
Elle rit. Ils restèrent ainsi l’un contre l’autre jusqu’à ce que le conducteur s’arrête.
- On y est, annonça Charlie. Tu es sûre de toi ?
- Je ne prends aucun risque, affirma-t-elle avec plus de certitude qu’elle n’en possédait en réalité. Elle le regarda dans les yeux. Merci pour cette belle soirée. Ca m’a fait beaucoup de bien.
- A moi aussi, répondit-il sans se détacher de son regard bleu. Dana, je voulais te dire… C’était le moment ou jamais….
- Chut, murmura-t-elle. Pas trop vite Charlie. L’alcool ne fait pas tout…
Il ne dit rien. Elle passa doucement sa main sur sa joue et l’embrassa tendrement.
- A très bientôt…
Il la regarda s’éloigner, passer sous le porche éclairé et pénétrer dans l’immeuble cossu.


**********

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 23 Juil 2009 - 22:01

**********



Appartement de Fox Mulder, 2h05.

- Scully !
- Salut Mulder ! Je te réveille peut-être…
Il consulta l’horloge de la télévision. 2h06. Il s’était endormi tout habillé une fois de plus.
- Pas du tout, c’est l’heure des programmes télévisés les plus intéressants. Entre.
Elle s’avança en titubant légèrement.
- Tu as bu ? demanda-t-il décontenancé tout en lui saisissant le bras pour éviter qu’elle ne tombe.
- J’ai passé la soirée avec Charlie. On a descendu quelques verres…
- Et tu es ici… ?
- Par précaution médicale.
Il étouffa un rire.
- Drague et rituels amoureux : une nouvelle approche selon le docteur Dana Scully, énonça-t-il en mimant les guillemets de ses mains.
- Je peux être plus classique, si tu préfères, déclara-t-elle en se dégageant.
Elle laissa négligemment tomber sa veste en un lent mouvement suggestif.
Il écarquilla les yeux de stupéfaction, et se gratta la tignasse avec un petit sourire gêné.
- Bon, je crois qu’un café noir serait une bonne idée pour commencer…


**********


Ils étaient assis, face-à-face, le nez dans leurs tasses. Ils n’avaient pas prononcé un mot depuis un petit moment.
Elle soupira, se plongea dans l’étude du liquide noir et fumant, et finalement, monta le contenant à sa bouche et avala le café brûlant d’un trait sous l’œil effaré de son partenaire.
- Cul sec ! proclama-t-elle en claquant le mug sur la table avant de se précipiter vers l’évier en se tenant la gorge.
- Scully, ça va ? !
- Bon sang, c’est pire que la gnôle ! grinça-t-elle en se mettant la tête sous le jet d’eau.
Il la dévisagea partagé entre une sourde inquiétude et une terrible envie de rire. Elle daigna enfin sortir sa tête de l’évier et se redressa en effectuant quelques mouvements pour se décoincer le cou.
L’eau dégoulinait sur son chemisier humidifiant le tissu blanc et le planquant contre sa peau. Par transparence, un soutien-gorge bleu sombre apparut. Mulder déglutit péniblement. Sans y prêter garde, Dana saisit ses mèches rousses et essora ses cheveux trempés avec une expression concentrée.
- Tu m’excuses ? Je crois que je dois me changer…
Sans attendre de réponse, elle sortit de la cuisine sous l’œil médusé de Mulder. Il reprit ses esprits et lui cria.
- J’ai des tee-shirts dans le placard de la chambre !
En retour, il lui sembla percevoir un vague grognement d’acquiescement.
Il resta quelques minutes encore à siroter sa boisson pour lui laisser le temps de passer des vêtements secs.
Aucun bruit ne filtrait de la pièce d’a côté maintenant. Il se releva et passa le pas de la porte.

Comme souvent, son salon n’était que faiblement éclairé. Il s’avança et s’arrêta brusquement, pétrifié par la vision qui s’offrait à lui.
Elle était là, lui tournant le dos, debout devant l’aquarium. Elle passait un doigt sur la surface pour suivre le trajet d’un de ses poissons rouges.
De ses cheveux humides glissaient encore des gouttelettes translucides et il suivit en quasi-apnée le chemin brillant qui zébrait son dos nu, le long de sa colonne vertébrale jusqu’aux limites de sa culotte.
Sa culotte. Et rien d’autre…
Elle s’était débarrassée de ses vêtements en les jetant sur la chaise et restait là, en tenue d’Eve, indifférente à sa présence, plongée dans la contemplation apaisante de son petit monde aquatique.
Fox lui était plongé dans une toute autre contemplation. Au bout de quelques secondes, il secoua la tête et murmura péniblement.
- Scully ?
Elle fit volte-face et il fixa en une nanoseconde le spectacle bouleversant de sa taille fine, de ses hanches à la courbe si douce, de son ventre pâle et de ses seins blancs et troublants comme le fruit défendu.

Une bouffée de chaleur lui monta au visage et il se détourna en toussant. Elle l’observa avec étonnement puis elle sembla réaliser ce que la situation avait d’inédit. Une lueur de malice naquit dans ses yeux.
- Au lit…? murmura-t-elle d’une voix basse et terriblement sensuelle en s’approchant de lui.
- Scully, articula-t-il la gorge sèche… Tu comptes dormir dans cette tenue ?
- J’ai chaud !
- Et tu veux quand même qu’on s’installe… comme la dernière fois ?
Elle s’avança vers lui, la mine de plus en plus intéressée.
- Si tu es nu aussi…
- Ca ne va pas être possible, se défendit précipitamment Mulder qui sentait l’excitation monter en lui.
Elle saisit sa taille – ses doigts sur sa peau le firent frissonner - et le fit pivoter lentement vers elle. Qu’il lui fasse face. Il ferma les yeux brièvement. Et les rouvrit en se concentrant sur son visage, tout en se disant avec émotion qu’il était à peine moins renversant que sa poitrine.
- … Nu contre toi, ajouta-t-il avec un sourire troublé, je ne réponds plus de moi…
- Dommage ! aguicha-t-elle en passant un doigt sous sa chemise. Ca pourrait me plaire pourtant…
Au fond de ses pupilles dilatées dansaient des flammes de gitanes…
Il souffla un coup, et doucement mais fermement, écarta sa main.
- Je vais présenter les choses autrement. Que diras-tu demain matin, quand tu me retrouveras enlacé à toi et que tu auras dessaoulé… ?
Elle afficha une petite moue boudeuse.
- Je suis très peu saoule, Mulder… Et je tiens… Elle vacilla légèrement et se rattrapa au mur, … et je tiens plutôt bien l’alcool, conclut-elle avec un air convaincu.
Il retint un rire.
- Quand une personne me dit qu’elle tient l’alcool en tenant le mur, j’estime qu’il existe malgré tout un doute légitime. A fortiori, si elle me présente la quasi-intégralité de sa superbe anatomie…
- Moque-toi !
- Jamais ! Scully, tu es… <irrésistible !> très attirante, mais si je dois craquer un jour…
- « Si je dois craquer un jour » !… Mulder, tu peux me noter ça sur un papier ? Je veux une preuve ! exigea-t-elle dans un éclair de lucidité.
Il rit franchement et poursuivit.
- Si je dois craquer un jour, je préfère que tu sois sous l’effet de substances plus naturelles.
- Mmm… Mais tu viens te coucher près de moi, quand même ?
- Non ! protesta-t-il en levant les yeux au ciel. Non ! Là, je vais prendre une douche froide ! Très froide !
- Bonne idée ! Moi aussi, j’ai besoin de me décrasser.
- Scully !
Elle rit à son tour en s’affalant avec légèreté sur le canapé.
- Je plaisante, Mulder ! J’attendrai mon tour !


Son regard pétillait, le sourire sur ses lèvres était… ensorcelant.
Un frisson parcourut à nouveau le dos de Mulder.
Et ce corps ! Son corps nu ou presque qui s’offrait à lui, sans pudeur, naturel et sublime. Il n’aurait jamais imaginé sa partenaire tant à l’aise dans la nudité.
Il éprouva une irrépressible envie de jouer. Il s’approcha d’elle avec une démarche chaloupée de séducteur. Elle le suivit des yeux avec une expression intéressée puis déconcertée au fur et à mesure qu’il s’avançait. Il commença très lentement à ôter sa chemise en défaisant un à un les boutons tout en rivant ses yeux dans les siens. Elle se recula insensiblement sur la banquette, le souffle court, sans se détacher du spectacle inattendu mais hypnotique qu’il lui présentait. Elle ne pouvait se défiler davantage : l’accoudoir et l’aquarium la bloquaient derrière. Il fit un nouveau pas vers elle frôlant ses jambes soyeuses avec le bas de son pantalon. Elle tressaillit. Il se pencha vers elle à quelques centimètres à peine de sa bouche qui s’entrouvrit involontairement comme une réponse au désir qu’il suscitait. La respiration de Dana s’accéléra. La veine de son cou se mit à battre de plus en plus vite. Il dévoila son torse puissant en écartant les pans de tissus et elle ferma une seconde les yeux grisée par le plaisir.

- Mets ça sur toi !
Il lança le vêtement sur sa poitrine avec un large sourire de vainqueur et lui tourna le dos en se dirigeant d’un pas déterminé vers la douche.
- Quoi !? émergea-t-elle de sa torpeur. Tu t’arrêtes là ? ! Mulder ! protesta-t-elle entre rage et désespoir. T’es qu’un allumeur !
- On sera deux alors, Mata hari !


**********



De mémoire d’homme, il n’avait jamais du rester si longtemps sous une douche glacée pour débander ! Evidemment, il y avait une méthode un peu plus expéditive et plus agréable surtout, dont par ailleurs, il maîtrisait parfaitement la technique ! Mais tout de même, avec elle dans la pièce d’a côté, il n’osait pas…
Quand il sortit finalement de la salle de bain, il la découvrit allongée sur le canapé. Elle avait enfilé sa chemise quoique bien trop grande pour elle et avait remonté le plaid sur elle.
- Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il surpris.
Elle se tourna vers lui, désemparée.
- Tu… Tu veux que je parte ?
- Bien sûr que non, Scully ! Mais pourquoi ne t’es-tu pas installée dans mon lit ?
- Euh, où ça ? C’est pas ton lit ici ? taquina-t-elle.
Il rétorqua amusé.
- Si mais… ça risque d’être un peu étroit, non ? … Je veux dire, si tu veux toujours de moi près de toi.
Elle s’assit et soupira en se prenant la tête. La migraine montait.
- Mulder, je voulais te dire… pour tout à l’heure…
- Oui ?
- Je… je suis désolée. J’ai été un peu…
- Entreprenante ? Impudique ? Troublante ?
- Euh… Oui, d’une certaine manière. Quoique j’aurais plutôt dit aguicheuse, agressive, vulgaire !
- Tu n’étais rien de tout ça, la rassura Mulder. Tu es une femme diablement séduisante et tu l’es un peu plus encore quand tu es dépourvue d’inhibition. Je t’aime comme ça. En entier. Saoule et sobre.
- Merde ! C’est une déclaration ? ! lâcha-t-elle.
Il éclata de rire… peut-être pour masquer un léger trouble qui rougissait son visage.
- Scully ! Tu es ronde … !
- … comme une barrique ! Complètement pompette ! confirma-t-elle avec une mine contrite. Bon, je dors où du coup ?

Il prit sa main et d’un geste autoritaire la releva en l’attirant vers lui. Leurs deux corps se retrouvèrent plaqués l’un contre l’autre. Elle, transpirant dans la trop large chemise à moitié ouverte sur sa gorge blanche et sa poitrine haute. Lui, torse nu et en caleçon, la peau encore fraîche.
Elle quitta son regard insistant pour enfouir son visage contre sa clavicule en humant l’odeur musquée de son savon.
- Merde, il recommence à m’exciter, marmonna-t-elle pour elle-même.
Mulder entendit son commentaire avec ravissement.
Il gloussa et l’emmena jusqu’à son lit en la soutenant alors qu’elle titubait encore vaguement.
Il saisit sa couette et la tira vivement en faisant tomber de l’autre côté tous les magazines qui s’étaient entassés ces dernières semaines.
- Voilà ! Le ménage est fait, déclara-t-il d’un air satisfait. Un drap entre nous, tu crois que ça suffira pour éviter le dérapage ?
Elle sourit en s’allongeant sous le drap et attira Mulder contre son dos.
- Un drap et notre volonté inébranlable de ne pas faire de bêtises qui aillent contre le règlement du FBI. Elle lui adressa un clin d’œil. Ca ira, Mulder. C’est parfait.
Il se colla contre elle, au-dessus du tissu, et passa son bras autour de sa taille.
- Je suis sûr que cette position là est très réglementaire.
- Evidemment ! sourit-elle.
- Je risque de mal dormir, tu sais, prévint-il partagé entre gêne et amusement.
- Et moi, je crois que grâce à toi, je vais très bien dormir, répondit-elle d’une voix ensommeillée en serrant innocemment sa large main contre sa poitrine.
- Tant mieux alors ! Bonne nuit Scully.
Elle ne répondit pas. Elle s’était déjà endormie.

Il se pencha doucement par-dessus elle. La faible lumière du réverbère de la rue éclairait son visage parfaitement serein. Un léger sourire flottait sur ses lèvres… qui semblaient si tendres, si douces. De sa main libre, il suivit le dessin de sa bouche, une caresse effleurée au point qu’il n’était même pas sûr de l’avoir touchée. Il ferma les yeux et tenta de retrouver son souffle alors que le désir lui tournait la tête. Lorsqu’il les rouvrit, son regard se posa sur la chemise entrouverte et la naissance de sa poitrine qui n’était qu’à quelques centimètres de lui. Et le contact de sa main droite qu’elle avait accaparée et pressée négligemment contre son sein le brûla presque. Il sentait la courbe ronde et pleine contre ses doigts au travers du tissu, dérisoire protection. Il aurait pu la palper, l’étreindre, l’embrasser mais il se força à rester de marbre, se raccrochant aux effluves subtils qui montaient de son corps. Des parfums féminins qui n’appartenaient qu’à elle. Une brise de jasmin. La trace d’une fleur de lys. Et plus profondément, une infime note entêtante de bois de rose et de santal, presque masculine, au milieu des senteurs légères et irisées.
Malgré toute sa bonne volonté, une certaine partie de son corps réagissait aussi à la sur-stimulation de ses sens. Il y avait des limites à sa résistance. Il fallait qu’il s’éloigne.
Il posa avec une infinie tendresse ses lèvres sur la chair chaude, délicate et sucrée de l’épaule de Dana. Et dans un grognement, l’âme déchiré, il interrompit ce baiser délicieux et s’écarta en roulant sur le dos.
Il fixa le plafond en essayant de respirer avec l’application du yogi et la zenitude d’un moine tibétain. Il aurait voulu dissocier sa main toujours prisonnière de ce sein sacré du reste de son corps. Mais voilà, il n’était qu’un… et toute son unicité restait tendue vers la femme abandonnée paisiblement à ses côtés.
Il se prépara à une nuit de torture. Une horrible et délicieuse torture au goût de lait et à l’odeur de jasmin…


**********

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 23 Juil 2009 - 22:03

**********



Quelques heures plus tard…

C’est l’odeur du café chaud qui la réveilla, provoquant d’abord une fugace sensation de bien-être suivie presque immédiatement par une furieuse envie de vomir.
Elle rejeta le drap et s’assit en grimaçant. Sous son crâne se bousculaient le big-band, la fanfare, le char électro et le bagad réunis.
Elle grinça des dents et se prit la tête entre les mains. Une monumentale gueule de bois !
En fait, elle avait presque oublié l’effet que ça faisait. Elle ne pouvait même plus se rappeler de quand datait sa dernière cuite.
Elle parvint difficilement à décoller ses paupières et entrouvrit l’œil droit puis le gauche.
Elle n’était pas chez elle.
Merde !
Elle jeta un regard sur la pièce et les revues en désordre par terre. Bon.
Elle était donc chez Mulder.
Ouf !

Quoique…
Elle baissa les yeux. Elle portait une de ses chemises à lui… Et en dessous ?
Rien !
Aaaaaah !

- Scully ? Tu es réveillée ? cria Mulder de la cuisine.

Une douche froide s’imposait. Où étaient ses vêtements ? Il n’y avait rien dans la chambre. Ce que ça impliquait l’alarma davantage. Elle sortit du lit et sur la pointe des pieds s’avança vers le séjour.
Ils reposaient en torchon sur la chaise. Elle considéra le tas informe avec répulsion. Et, en plus, elle allait devoir renfiler des habits de la veille ! Elle s’approcha. Sa vision se brouilla subitement et elle vacilla. Elle avait fait un mouvement trop rapide. Elle tenta de se retenir mais son pied heurta le bois de la table et elle étouffa un juron en se rétablissant.
- Scully ? Ca va ? réitéra son partenaire, toujours accaparé dans sa préparation.
Elle pria en secret pour qu’il n’ait surtout pas fait un petit déjeuner complet. Son estomac ne le supporterait pas. Et la signification d’un tel comportement serait définitivement flippante.
Cette fois, il fallait bien qu’elle réponde.
- C’est bon, c’est rien… Je… Je vais prendre une douche.
- Vas-y. Il y a des serviettes propres dans le meuble de la salle de bain.

Elle se glissa sous la douche, partagée entre le soulagement de se laver enfin et un malaise persistant qui lui soufflait que sortie de cette pièce, elle allait devoir affronter une discussion pour le moins déstabilisante.


**********



Elle inspira un grand coup et pénétra dans la cuisine en se gardant bien de croiser le regard de son hôte.
- Salut.
Elle s’assit.
- Salut ! Bien dormi ? interrogea Mulder avec un clin d’œil qui la fit se ratatiner.
Elle était au supplice. Impossible de jouer la comédie de la normalité. Il fallait crever l’abcès. Elle était définitivement incapable de faire l’impasse sur ses angoissantes incertitudes.

- Bien dormi, mal réveillée… Mulder ? attaqua-t-elle.
- Oui ? Il lui servit une pleine tasse de café.
- Il y a … euh, comme un flou dans ma mémoire des événements de cette nuit. Elle eut un sourire crispé.
- Tu m’étonnes ! Je crois que ton frère et toi avez noyé tout le district dans le whisky ! dit-il en rigolant.
- Mmm… Je voudrais savoir… Est-ce que… ?
- Tu t’es comporté comme une vraie lady ? proposa son partenaire, à demi hilare.
- Disons ça comme ça, soupira-t-elle. Alors ? s’enquit-elle avec une grimace inquiète.
- Tu veux la vérité ou juste être rassurée ? !
- Merde Mulder ! La vérité ! Dis-moi je t’en supplie que je n’ai pas fait trop de conneries.
- Le truc le plus mortel que tu aies fait… commença-t-il en faisant durer le suspense.
- Accouche, Mulder !
- … C’est de te redresser en pleine nuit sur le lit et de me chanter d’une voix de sirène un truc qui faisait « Chen ma yé, ma chen yon you », imita-t-il d’une voix de fausset.
Elle plissa vivement les yeux en se bouchant les oreilles.
- Mo Ghile Mear. Encore heureux que je n’aie pas eu de haggis sous la main, marmonna-t-elle pour elle-même…
- Pardon ?
- Non, rien. Bon et… sinon ? Entre nous… ?
- Il n’y a pas eu de communion… biblique si c’est ta question !
Elle parut soulagée.
- On n’a pas… ?
- Non. Déçue ?
- Certainement pas. Je m’en voudrais de ne pas m’en souvenir, ajouta-t-elle sans réfléchir.
Il rit. Elle piqua un fard.
- Oui, enfin, bon… Ce n’est pas ce que je voulais dire !
- La vérité sort de la bouche des ivrognes.
- L’ivrogne te dit merde !
- Scully !
- Pardon. Ce doit être les restes de ma cuite.
- Sûrement. Bon. Tu ne veux pas savoir la suite ?

Elle se retourna vers lui avec une mine effarée.
- Quelle suite ?
- Ben. Ton comportement…
- Quel comportement ? s’étrangla-t-elle.
- Tu as été très… entreprenante. Assez pour m’exciter un peu…
- Oh non ! se lamenta-t-elle en se cachant la tête dans ses bras.
Il lui fallait une cape d’invisibilité ! Là, tout de suite !
- Tu voulais la vérité.
- Ouais. Continue. Et si je disparais, ne t’étonnes pas : ce sera une combustion spontanée de honte.
Il éclata de rire.
- Je ne suis pas sympa. Je te fais un peu marcher. Bon, je termine. Tu as été assez entreprenante pour m’exciter mais tu n’as jamais chercher à me violer !
Elle le dévisagea avec incrédulité.
- Je suppose que je dois considérer ça comme une bonne nouvelle.
- Entre nous, tu aurais insisté un peu plus, je crois bien que…
- Stop ! Je suis lucide maintenant. Je crois que je ne veux rien savoir de plus.
Il s’approcha d’elle et posa malicieusement un baiser au coin de ses lèvres.
- Sérieusement, tu n’as aucune honte à avoir. Même quand tu allumes, je te trouve classe.
- C’est réconfortant…
Mais il vit passer un éclair de tristesse au fond de ses yeux.
- De quoi as-tu peur ? demanda-t-il doucement en se rasseyant près d’elle.
Il prit sa main, mais elle la retira pour la cacher sous la table. Il n’avait plus envie de rire.
- Je ne portais rien sous ta chemise, finit-elle par lâcher…
Il ne répondit pas tout de suite.
- Non.
- Donc tu m’as vu… nue.
Il hésita. Il pouvait lui mentir. Ca la soulagerait probablement, mais elle n’était pas idiote. Elle devait bien se douter. Et elle ne se satisferait jamais d’une ellipse. Pire. Elle lui en voudrait s’il lui dissimulait ce qui s’était passé. Il finit par murmurer.
- Oui, je t’ai vu…
Elle baissa la tête.
- … Tu avais gardé ta culotte, mais… oui… Ca n’a pas duré longtemps.
Il aurait pu ajouter quelque chose. Que c’était sans importance. Que ça ne lui avait rien fait. Qu’il en avait vu d’autres.
Des conneries.
Il pouvait aussi lui dire qu’il l’avait trouvé belle. A tomber.
Mais elle n’avait pas besoin de ça.
Finalement, il ne connaissait pas mieux que les bonnes vieilles tactiques de diversion.
- Scully. Si ça peut te mettre un peu de baume au cœur, je veux bien me désapper devant toi !
Elle esquissa un sourire. Il poursuivit.
- … et tout bien réfléchi, je crois que tout ça n’est qu’une remise à zéro de nos compteurs parce que tu m’as déjà vu en caleçon, je te signale.
- Tu sais bien que c’est différent.
Raté pour la diversion.
- C’est si grave ?
Elle soupira. Puis elle se tourna et leva des yeux graves vers lui. Elle soutint son regard. Il devina ce que ça lui coûtait.
- Fox…
- Mulder, corrigea-t-il.
Il pouvait au moins lui montrer que ça, ça n’avait pas changé. Elle s’interrompit, un peu surprise. Mais ses traits se détendirent et elle reprit plus apaisée.
- Mulder, je ne veux pas que cela perturbe notre relation.
- Tant mieux parce que moi non plus.
- Je veux pouvoir garder confiance en toi.
- Je te jure que tu peux, promit-il avec une conviction qui ébranla Dana.
- … et surtout je veux que toi, tu puisses me garder ta confiance, compléta-t-elle d’une voix basse.
Il se redressa d’un mouvement brusque, piqué au vif par sa remarque. Il laissa s’écouler quelques secondes qui leur semblèrent interminables à tous les deux. Et tout en lui gardant le dos tourné, il articula d’une voix qui vibrait d’une colère sourde qu’elle ne lui avait jamais vue.
- Scully, il y a une chose que tu dois savoir sur cette nuit.
Elle tressaillit. Il continua sur sa lancée, le visage impénétrable fixé sur son réfrigérateur.
- Une chose que je t’ai dite, peut-être dans l’élan de cette drôle de soirée, mais que je pense viscéralement...
Il fit une pause, puis se jeta à l’eau.
- Je t’aime comme tu es. Je me fiche de savoir si tu es vêtue ou non, saoule ou sobre, en service ou à la cool. Ma confiance, tu l’as ! Et je ne te la retirerais pas. Jamais ! Je t’interdis d’en douter !
- …
- D’accord ? !
- D’accord, convint-elle immédiatement avec une docilité rare pour ne pas dire inédite chez elle.
Trois tonnes de plomb venaient de s’envoler de ses frêles épaules. Elle éprouvait une merveilleuse sensation de délivrance. Et peut-être une très légère euphorie aussi…
- Et entre nous, nous avons parfois franchi les limites conventionnelles d’un partenariat classique, et il me semble que nous nous en sommes très bien accommodés.
Elle rougit légèrement.
- Tu penses…
- A la même chose que toi. Nous avons déjà dormi l’un contre l’autre et je n’ai jamais pensé que cela menaçait notre relation. Et toi ?
Elle était dans ses petits souliers. Ces nuits là, c’était arrivé comme ça, naturellement. Elle avait aimé. Et lorsqu’elle se réveillait le matin, elle évitait de se poser des questions et mettait la nuit entre parenthèses. Ils n’en parlaient jamais. Ca lui convenait.
Mais puisqu’il mettait le sujet sur la table, elle devait répondre honnêtement.
- Jusqu’à présent, non.
- Alors, pourquoi cette inquiétude aujourd’hui ?
- Mulder, tu es un homme… Je suis une femme…
- Jusque là, tu as tout dans l’ordre !
- OK. Je ne me prononce pas pour toi. Mais à titre personnel, si je te voyais nu, je pourrais être un peu… troublée.
- A moins bien sûr que ce ne soit dans le cadre d’une consultation strictement médicale, finassa Mulder.
Imperceptible hésitation.
- Bien sûr.
- Et alors ?
- …
- Scully, dans l’hypothèse où tu ne résisterais pas à mes irrésistibles hormones…
Elle fronça les sourcils, contrariée.
- Phéromones… rectifia-t-elle mécaniquement, avec un imperceptible mouvement d’humeur.
Il rit et se décida à mettre de côté sa fierté de mâle.
- … et dans l’hypothèse où je flancherais face à ton physique ensorcelant…
Elle le fusilla du regard. Il ne se démonta pas.
- … et ton intelligence si sexy, je me permets de te signaler, et je te prie de croire que là, je suis sérieux, qu’il y a une chose qui ne changera pas…
- Ta confiance ? souffla-t-elle.
- NOTRE confiance, précisa-t-il.
Les yeux dans les yeux.

Il y eut un flottement entre eux.
Il avait besoin de bouger. Il alla déposer la tasse vide de Dana dans l’évier. Elle respira profondément et s’étira sur sa chaise. Finalement, elle se leva à son tour.
- Bon. On ferait mieux d’y aller…
- Aller où ?
- Ben, au bureau.
- Scully… On est dimanche !
Elle marqua un temps, nécessaire pour assimiler l’information. Et finalement, elle haussa les épaules.
- Et alors ? Depuis quand ça te pose un problème ?
Il manqua de s’étouffer dans son café.
- Ah parce que moi aussi, je dois bosser ? !
Elle hésita. Un brin déçue.
- Euh, non bien sûr. Je ne t’oblige pas.
Il sourit et passa un bras autour de ses épaules. Elle posa ses yeux sur sa main puis revint à Mulder avec un petit air réprobateur.
- Oups, voici une familiarité un peu déplacée après tout ça !
Il retira sa main avec une grimace comique. Elle faillit rire.
- Bien sûr que je viens ! Tu t’ennuierais sans moi…
Elle lui jeta un regard consterné. Il poursuivit avec un grand sourire.
- … Et moi, je m’ennuierais plus encore sans toi !

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Lun 31 Aoû 2009 - 22:48

CH 7. Journal de mort



Février 1997

- Dana, vous n’êtes pas une patiente comme les autres. Je n’ai pas besoin de vous expliquer, n’est-ce pas ?
Elle s’éclaircit la gorge.
- Non, c’est inutile Docteur, prononça-t-elle d’une voix ferme. < Faire comme si ce n’était pas à moi que ça arrive…>. J’ai parfaitement compris.
- Nous nous connaissons, vous êtes une collègue et je ne veux pas vous mentir. En l’état actuel de la recherche scientifique – malgré elle, Dana sourit jaune à l’énoncé de la phrase rituelle -, nous n’avons aucun moyen de combattre votre cancer. Il n’y a malheureusement pas d’autre issue que…
- On meurt tous un jour, interrompit-elle en se levant brusquement comme si son corps décidait de prouver à son esprit qu’il était encore bien en vie.
La confusion l’envahissait. Pourquoi était-elle debout ? < Maîtrise-toi Dana ! > commanda-t-elle à son esprit. Elle se tourna vers le Docteur Richards qui la regardait d’un air désolé. Ca la mit en colère, mais elle parvint à se contrôler. Elle lui tendit la main pour tâcher de récupérer la situation et lui faire croire que le mouvement avait été délibéré.
- Je dois y aller…
- Je vous revois demain pour les analyses complémentaires ?
- Bien sûr.
Nathanaël Richards n’était pas né de la dernière pluie. Elle avait beau paraître solide comme un roc, sa dernière réaction trop vive n’avait rien de naturel. Elle était restée stoïque, excessivement calme pendant tout ce douloureux entretien. Professionnelle presque, pensa-t-il en se fustigeant immédiatement. Car il avait commis une erreur de débutant.
Il n’y a plus de professionnel lorsqu’on annonce une telle nouvelle. Personne, qu’il soit médecin ou non, n’est armé pour faire face à l’image de sa propre mort. Il était stupide de l’avoir oublié. C’est juste qu’il avait vu une telle force en elle qu’il avait voulu la croire capable d’affronter le pire. Comme si elle pouvait embrasser les ténèbres et y survivre…

- Merci Docteur, dit-elle en partant.
Elle hésita et sur le pas de la porte, se retourna vers lui. Elle ouvrit la bouche.
- Combien… ?
Elle ne finit pas sa phrase mais il savait. Ils posaient tous la question.
- Un mois… Un an… Probablement pas beaucoup plus.
Elle hocha la tête, son visage vide de toute expression.
- Au revoir Docteur.

**********

Elle ne prit pas sa voiture et remonta l’avenue au milieu des passants.
Elle ne pensait à rien. Seul son corps s’était mis à l’écoute de toutes ses sensations visuelles, auditives et olfactives, et tout d’un coup, tout la submergeait. Elle avait l’impression de marcher au ralenti dans un monde où les autres évoluaient en accéléré.
Au milieu du bourdonnement de la rue, des klaxons qui s’énervent, des cris, des rires, des discussions entre collègues de bureau partageant une cigarette, elle entendit très distinctement le « tu m’aimes encore ? » d’une jeune femme. Tournée vers une vitrine, portable à l’oreille, sa voix était basse pourtant.
Elle passa devant la table d’un Starbuck et ses narines s’émurent de l’odeur familière du « café con latte… ».
Un peu plus loin, ses yeux se posèrent sur une femme assez âgée assise sur le trottoir, un chien couché à ses pieds. Elle était peut-être afghane. La foule avançait sans la voir. Sans jamais s’arrêter. Leurs regards se croisèrent et elles se reconnurent. A cet instant, elles appartenaient au même monde : celui de ceux qui s’arrêtent et qui ouvrent les yeux sur ce qui les entoure.
On lui signifiait son arrêt de mort et voilà qu’elle prenait seulement conscience du fourmillement de la vie, partout, à chaque seconde.
Dana glissa un billet à la vieille et lui sourit bravement. La femme attrapa sa main et la retint entre ses doigts quelques secondes. Elle ne dit rien et hocha juste lentement la tête en la fixant gravement. Puis elle la laissa partir.

Les pas de Scully la guidèrent vers un jardin public. Elle s’assit sur un banc, observa un petit garçon qui pédalait de toutes ses forces sur un vieux tricycle rouillé, une petite fille qui hurlait de joie, accrochée à une balançoire et criait « Plus haut Maman ! » à une femme au visage un peu fatigué mais heureux.
Et là, surgit sa première pensée claire depuis l’annonce du Docteur Richards.
< Par chance, je n’ai pas d’enfants… >.

Elle fondit en larmes silencieuses.

Et quand elle crut enfin avoir vidé toute eau en elle, elle sortit son portable et composa le numéro de téléphone de Charlie.


**********


Lynette Scavo hésitait. Pourtant ce n’était vraiment pas dans ses habitudes de tergiverser.
Cela faisait plus d’un quart d’heure que la femme se tenait sur le banc. Entre deux coups d’œil à ses fils, Lynette l’observait à la dérobée. Elle était très droite et son tailleur bleu marine, classique, contrastait avec ses yeux perdus dans le vague. Elle avait pleuré. Le sel avait séché en laissant une infime ligne blanche sur sa joue. Ses yeux étaient rougis.
Ce qui troublait le plus dans l’image de cette femme, c’était l’incongruité de sa présence, à cette heure, dans ce square alors que tout en elle laissait présager que d’autres activités auraient du l’accaparer.
Elle possédait les attributs des professionnelles dynamiques. Celles qui devaient tailler leur route, avec compétence et efficacité au milieu d’un monde de mâles. Celles qui mettaient dans leur poche doutes et états d’âmes pour être reconnues, acceptées. Lynette connaissait ça. Il n’y avait pas si longtemps, c’était elle, l’éxécutive woman.
Mais la vie amenait son lot d’imprévus, heureux ou malheureux. Tom et les enfants avaient, de fait, largement contribués à ce que Lynette mette sa carrière entre parenthèses.
Qu’était-il arrivé à cette femme ? Lynette était déstabilisée par cette détresse. Peut-être voyait-elle un peu de son propre reflet au fond de ces yeux assombris. Elle décida de se laisser guider par son instinct et se leva. Elle allait simplement lui poser la question.
Un homme grand, au pas vif et au visage inquiet traversa la pelouse et s’intercala entre elle et la femme au tailleur. Lorsque celle-ci le vit arriver, elle se leva et dans un élan de tout son corps, elle se laissa aller dans ses bras.
Sûrement son compagnon, pensa Lynette en le voyant l’entourer de ses bras larges dans un geste protecteur. Elle se rassit.
Mais assez vite, ils s’écartèrent l’un de l’autre : elle, avec un petit rire triste, un peu gênée ; lui, affichant un sourire embarrassé quoique attendri. Ils restèrent debout quelques secondes et finalement, elle lui fit signe de s’installer à son côté sur le banc de bois.
< Pas encore amants ; déjà intimes > corrigea Lynette qui aimaient que les choses soient clairement définies.
La femme s’était reprise et se mit à parler doucement à son voisin en le regardant bien en face. Calme, maîtresse d’elle-même. Lynette se surprit à se dire qu’elle venait de sortir l’habit de représentation et que l’être qui pleurait ici même, abandonnée à ses émotions quelques minutes plus tôt, ne faisait pas partie de la panoplie du personnage. Les signes de fragilité ne devaient pas être souvent permis sur la scène qu’elle s’était fabriquée. Mais la femme blessée était bien là pourtant, tapie sous l’autre femme forte, solide, si rassurante. Un peu comme l’arbre dissimule ses racines. Invisibles, mais essentielles.

Un hurlement retentit.
- Porter !
Le couple tourna son regard vers le petit garçon, mains et genoux en sang, qui venait de chuter de la tyrolienne. La femme se redressa.
Lynette se précipita vers son fils.
- Chéri ! Que s’est-il passé ?
- C’est Preston, geignit l’enfant. Il essayait de me faire tomber avec son bâton.
- Preston ?! gronda sa mère. Tu as fait ça ?
- C’est même pas vrai ! protesta l’autre qui ressemblait comme deux gouttes d’eau au premier.
- Si, c’est vrai !
- Nan ! C’est toi qui a commencé en me renversant comme Tarzan !
- Cafteur !
Porter se jeta vers son jumeau en vociférant.
- Espèce de cornichon qui pue !
- Crotte de mouche poilue !
Lynette soupira en voyant les énormes traces écarlates que venaient de faire Porter sur le tee-shirt neuf de son frère.
- Vous avez besoin d’aide ? Je suis médecin… demanda la femme qui s’était rapprochée sans que la mère de famille ne s’en aperçoive.
Elle regardait les garçons avec une mine qui oscillait entre consternation et une pointe d’amusement. Ils se bagarraient maintenant avec une énergie impressionnante, en ayant visiblement relégué les blessures au rang de quantité négligeable.
- Quand t’ouvres la bouche, ta tête, elle pète !
- Ta mère en slip dans la quatrième dimension !
- Preston ! Continue et ta mère, elle t’expédie dans la dimension « nettoyage des toilettes » ! rua Lynette.
- … En même temps, ça n’a pas l’air trop grave…
Lynette sourit à la femme en levant les yeux au ciel.
- Vous ne voudriez pas plutôt leur dire que vous êtes flic et que vous allez les coffrer pour trouble à l’ordre public dans une prison où les game boy sont interdites. Et puis qu’ils écoperont en plus d’une peine incompressible de nettoyage des vêtements à la main pendant un mois ?!
La surprise se peignit sur les traits de la femme. OK, pensa Lynette, elle est peut-être un peu premier degré.
- Je plaisante, rassura-t-elle.
- Oui, oui. J’avais compris. Vous voulez que je l’examine quand même ?
- Ca ira, merci. Je le désinfecterai à la maison à grandes giclées d’alcool qui pique. S’il souffre, il recommencera moins vite !
Devant les yeux écarquillés du médecin, elle ajouta avec une grimace comique.
- Je suis un bourreau d’enfant. Mes fils m’appellent « Le Joker » !
La remarque arracha tout de même un sourire à la femme.
Derrière elle, l’homme ne riait pas. Son visage était décomposé. Il prit doucement le bras de la femme comme pour la ramener à lui. Celle-ci se tourna une dernière fois vers Lynette.
- N’hésitez pas à me demander si vous changez d’avis.
La mère de famille eut l’intuition qu’elle voulait retarder le prolongement de sa discussion et que la dispute des enfants avait été le parfait prétexte pour s’accorder une pause.
- C’est gentil à vous. Merci !

Le grand brun aux yeux clairs continuait de tirer doucement son amie par le bras et elle reporta son attention vers lui. Lynette l’entendit murmurer.
- On peut forcément faire quelque chose, Dana.
- Atténuer les symptômes, gagner quelques semaines, rien d’autre, répondit-elle d’une voix trop calme.
- Ce n’est pas possible. Je n’accepte pas ça !
Il y avait tellement de désespoir en lui que sa protestation jaillit comme un cri. Même les garçons se turent. Lynette observa le visage anguleux mais plein de charme de l’homme. Il avait des traits de petit garçon bouleversé. Son regard bleu suppliant se posait sur la femme comme si elle possédait le pouvoir instantané de panser ses blessures, d’écarter la peine et la douleur.
Elle lui prit la main, leva ses yeux couleur océan vers lui et soutint silencieusement son regard.
Il y avait une telle intensité dans cet échange muet que Lynette frémit et soudain, elle saisit ce qui les unissait.
Le même front haut.
Le même azur au fond des yeux.
Proches mais naturellement privés d’une complicité physique plus poussée par les interdits fondamentaux.
Pas des amis, pas des amants.
Le frère et la sœur. Tout simplement.

- Et Mulder, tu lui as dit ? finit par demander le grand brun au regard triste.
Elle frissonna.
- Pas encore… Demain, je pense. Ca m’effraye. Je ne sais pas comment lui annoncer.
Il passa son bras dans son dos et ils retournèrent s’asseoir sur le banc.
De sa place, l’observatrice n’entendait plus rien. Elle les vit discuter… longuement… alors que l’après-midi avançait.
A un moment, il plongea la main dans sa sacoche et en ressortit un petit carnet. Il le tendit à sa sœur qui le tint longtemps au creux de sa paume.

Puis, il fut l’heure de partir. Lynette rassembla sa tribu à grand renfort d’éclats de rire, de cris et de courses poursuite. Elle s’apprêta à quitter le parc ainsi, avec la vague sensation d’un regret. Mais elle ne se voyait pas interrompre les deux confidents. Que leur dirait-elle de toute façon ?
Pourtant, lorsqu’elle passa devant eux avec ses trois fils sautillants comme des cabris autour d’elle, la femme lui lança.
- Vous ne faites pas un bon Joker… Il y a trop d’amour dans vos yeux !
Pour le coup, la mère de famille ne sut que répondre. Ainsi donc, l’autre aussi l’avait épiée mine de rien.
- Vous avez de la chance, murmura encore le médecin d’une voix plus basse. Prenez soin d’eux.
Et puis, elle lui sourit, comme pour balayer l’excès de sentimentalisme de sa précédente déclaration.
Lynette Scavo reprit ses esprits – après tout, elle ne les perdait jamais longtemps ! -. Elle se planta devant l’inconnue qui lui semblait maintenant furieusement familière et lui rétorqua sans se soucier des usages et convenances.
- Et vous, prenez soin de vous !
Les deux femmes se jaugèrent, étonnées l’une et l’autre de l’improbable densité de ces paroles.
Lynette sourit et lui tendit une main chaleureuse.
- Je m’appelle Lynette. Lynette Scavo.
Elles échangèrent une poignée franche.
- Dana Scully.
- Vous me permettez un conseil Dana ?
Le visage de son interlocutrice s’éclaira fugacement d’un air mutin.
- Allez-y. J’ai l’impression que vous pourriez m’apprendre plein de choses !
- Bas les masques, Dana. Et haut les cœurs ! C’est ma recette du bonheur !


**********


J’inaugure ce journal par sept mots. Sept petits mots volés au quotidien qui s’enfuit, ou plutôt non, sept mots offerts par une inconnue solaire.
« Bas les masques. Et haut les cœurs ! »

C’est la recette du bonheur, m’a dit cette femme.
Avait-elle une recette pour vaincre un cancer incurable ? Peut-être aurais-je du lui demander…
Le fossé était si grand entre nous, le lien si ténu. Et pourtant.
Si je survie à ça, Lynette, je me pencherai sur votre bonheur… Et peut-être piétinerai-je à jamais ces masques et délivrerai-je mon cœur des lianes sombres qui m’oppressent depuis si longtemps. Mais à chaque jour suffit sa peine, et aujourd’hui, bas les masques, je pleure…



**********


Dernière édition par noisette le Dim 19 Déc 2010 - 19:11, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Mer 2 Sep 2009 - 19:24

**********


Pour la première fois, je ressens le temps comme une pulsation cardiaque, les secondes battant dans ma poitrine comme un compte à rebours. Les mystères qui me semblaient hier encore si épais, si insondables, se dissolvent peu à peu dans la clarté de la vérité comme une brume matinale aux premiers rayons du soleil.
A mesure que j’écris ces mots, je me sens soulagée de leur poids car je sens que tu les liras et que tu partageras mon fardeau, toi qui porte déjà tout le poids de la confiance.
C’est pour moi un grand soulagement que de t’ouvrir mon âme pour que tu y trouve la mémoire et l’expérience que tu y as mises, et qui t’appartiennent. C’est là mon seul réconfort alors que je vois le ciel s’assombrir et l’horizon se boucher annonçant le terme d’un voyage commencé il n’y a pas si longtemps. Un voyage entrepris avec ma foi et mes convictions d’abord ébranlés puis raffermies par tes propres convictions.
Et c’est sans doute cette foi qui me donne aujourd’hui la force d’affronter la dernière épreuve de ce voyage inachevé.
Il me reste à espérer que tu voudras bien me pardonner de ne pas faire le reste du chemin avec toi.


Elle relut ses propres mots. Charlie avait raison. Sur le moment, ça soulageait. Ecrire ainsi l’obligeait à apprivoiser l’enchevêtrement si confus de pensées qui se bousculaient en elle ces dernières heures. Certes, elle avait pesé chaque lettre alors que son frère lui conseillait la spontanéité. Elle en avait besoin pour se prouver qu’elle tenait le coup. Parce que quoiqu’il en coûte, elle resterait digne face à lui, Mulder… Digne et honnête, si c’était possible. L’était-ce ? Elle n’avait pas le droit de lui mentir. Mais cela signifiait-il qu’elle pouvait se permettre de s’appuyer sur son épaule sans se soucier de ses propres blessures à lui ? De ses propres peurs ?
Sa gorge se serra.
« Mon, Dieu, pria-t-elle, donnez moi la force de ne pas ajouter à sa souffrance. Donnez moi la force de ne pas ajouter à leurs souffrances à tous… »


***********


Tu as eu les mêmes mots que Charlie : « Je n’accepte pas… ».
Et je réalise que vous vous ressemblez.
Ce sont les mots de l’enfance. Du petit, tout puissant, qui croit pouvoir commander au monde… et à la mort.
Moi, je dois être adulte. Je souris en moi-même et j’entends résonner les paroles du business man d’un livre de ma jeunesse « Je suis un homme sérieux, moi ». J’espère que je vaux mieux que cet homme sérieux, tout de même.
J’envie votre capacité à croire que tout est possible. La foi de l’enfance. Je crains de ne l’avoir perdue il y a très longtemps…
Mais avec toi, je me prends à espérer, à croire aux histoires imaginaires. Peut-être finalement que je suis l’aviateur. Peut-être es-tu mon prince. Et peut-être qu’une fois de plus, ta foi m’emportera.[/i]


***********



Elles sont toutes mortes. Toutes sauf Penny Northern. Ces femmes qui, comme moi, ont été « enlevées »…
C’est une chose de savoir qu’on est condamnée. C’en est une autre de fouler les tombes de celles qui vous ont précédé.
L’instinct de vie est si puissant que l’espoir résiste, insensé. En dépit des paroles que l’on prononce pour apprivoiser l’impensable, l’espoir surnage parce que le corps et l’esprit refusent de sombrer avant l’heure.
Mais pas une n’a survécu… C’est le message brutal que m’envoie la mort en ricanant « Tu espérais vivre, petite fille ? Mais tu vas crever aussi ! »… Comme elles… Et comme Penny dont les traits creusés en disent plus long que ces pierres gravées, grises et glacées malgré les chrysanthèmes.
J’ai failli chuter. Mais il y a cette lueur : le traitement du Docteur Scanlon. Alors peut-être…
Je vais rentrer dans cette clinique et me battre contre ce mal qui me ronge. Je dois essayer de trouver la vérité en moi. Ou je mourrais en victime. Et ça, je le refuse !



***********



Elle griffonnait fébrilement, comme un plongeur à court d’oxygène remonte des abysses, en tentant désespérément des paliers de décompression.

Maman vient de partir. Elle a pleuré. Elle a peur.
Et c’est à cause de moi.
Elle m’a rappelé que j’étais sa seule fille maintenant. Je me suis sentie m’effondrer à cette pensée, alors je me suis fermée comme une huître.
Pour ne pas craquer.
C’est une de mes spécialité, mais tu le sais… J’ai bien vu ton reproche muet, désolé, lorsque j’ai essuyé le sang qui gouttait de mon nez et que je t’assurai que tout allait bien. Tu sais quand je battis mes murailles, toi qui as su les fissurer par ta confiance inconditionnelle.

Elle aussi le sait. Ses lèvres tremblaient de colère quand elle m’a reproché de ne pas tout lui avoir dit tout de suite. Ma mère s’énerve rarement. Ma mère ne craque jamais. Ma mère sourit et prie le ciel. Sa foi et ses convictions sont inébranlables. Ma mère est une extra-terrestre, et mon cœur bondit alors que je la vois si fragile. L’idée même que je pourrais lui infliger la moindre souffrance me terrorise. Elle a perdu Papa, elle a perdu Mélissa. Je n’ai pas le droit de lui faire subir ma propre perte… mais je n’ai pas le pouvoir, en réalité, d’y changer quoi que ce soit.
C’est injuste. On ne devrait jamais blesser que soi-même. Et voilà que cette saloperie de cancer fait de moi le poignard qui retourne la plaie de ma mère… alors que je l’aime tant. Je n’accepte pas d’être l’instrument de sa douleur.
Je ne l’accepte pas !
Aujourd’hui, je veux être une enfant et oser commander la mort en lui ordonnant de passer son chemin… tant que ma mère vivra… parce que Maman ne doit pas me voir mourir…



Elle était en sueur. Sur la dernière phrase, elle écrasa la pointe de son stylo en un mouvement rageur. Ses yeux se posèrent sur ce qu’elle venait d’écrire. Et brusquement, elle projeta le carnet contre le mur avec une violence inouïe. Et mordit son oreiller pour enfouir la plainte rauque qui jaillissait de ses poumons.
En réponse au choc du journal contre les minces parois de sa chambre, quelqu’un tambourina vivement contre le mur. Ca la fit sursauter et sortir de son état second comme un électrochoc. Lentement, elle s’approcha du cahier qui gisait sur le sol ouvert comme une blessure saignante. Elle le ramassa, le referma avec mille précautions et s’affala contre la cloison, reformant la position en boule protectrice du fœtus dans le ventre de sa mère. Une larme silencieuse glissa le long de sa joue.
< Maman ne doit pas me voir mourir >…


***********



Dans une heure, je commence la chimiothérapie.
Pendant mes études de médecine, j’ai appris que le cancer pénétrait dans l’organisme sans crier gare. Comme un étranger indésirable qui s’installerait chez toi et transformerait son nouveau foyer en un lieu hostile même pour lui. Car telle est la malédiction du cancer. Il commence comme un envahisseur et devient bientôt lui-même victime de l’invasion. Et il t’oblige à le détruire mais seulement au risque de te détruire toi-même…
La science est possédée par ce démon et mon traitement représente une tentative d’exorcisme. Mulder, j’aimerais qu’à cette occasion tu puisses le connaître, me connaître et que tu acceptes cet étranger qu’on reconnaît sans pouvoir jamais s’en débarrasser complètement.
Et si jamais les ténèbres m’ont envahi quand tu liras ces lignes, ne va pas t’imaginer que quelque intervention mystérieuse aurait été possible, que tu aurais pu faire quelque chose. Bien que nous ayons déjà fait une longue route ensemble nous devons nécessairement terminer ce voyage en solitaire.



***********



J’ai tellement mal. J’ai peur aussi. Je déteste les images qui me reviennent.
Je sais que ce n’est pas mon heure. Mais je suis si fatiguée.
Je ne veux pas mourir, Mulder !
Et je ne veux pas que tu me lises…



***********



Une lumière vive envahit la chambre et s’imprima sur sa rétine. Dana s’extirpa péniblement d’un sommeil lourd, profondément mal à l’aise dans sa chemise de nuit moite de transpiration. Les lasers saccadés de la chimio résonnaient et cognaient sa tête comme un marteau piqueur. Elle écarquilla les yeux et se figea devant l’ombre qui se tenait debout près de son lit.
- Papa ? murmura-t-elle d’une voix faible.
- Dana ? lui répondit une silhouette parée d’un uniforme sombre en s’approchant.
- Bill ? Oh mon Dieu !
Elle s’assit et se recoiffa superficiellement avec un petit sourire gêné. Il l’avait surprise dans une posture inconfortable. D’ailleurs, il détaillait son visage, troublé. Elle était si pâle. Ses traits étaient tirés, ses yeux injectés de sang. Elle semblait à bout de force.
- J’ai cru que c’était… Elle eut un geste de minimisation et rit d’elle-même.
Ca rassura son frère.
- Tu attendais quelqu’un d’autre ? plaisanta-t-il.
- C’est bon de te voir. Merci d’être venu.
Elle le regardait bien en face, avec un sourire franc. Il lui rendit son sourire. Elle avait beau être parfois exaspérante, il l’aimait profondément.
Il était resté engoncé, au garde à vous, au bord du lit mais il eut envie de la prendre dans ses bras. Avec maladresse, il se pencha vers elle et l’étreignit pudiquement. Ils s’écartèrent rapidement et il ne put s’empêcher de terminer cette courte embrassade par une petite tape dans le dos qui tenait plus de la copinade que du geste tendre. En son for intérieur, il se maudit d’être aussi malhabile et tenta une diversion.
- Tu as bonne mine, taquina-t-il gentiment.
Un humour carré de militaire.
- Merci, soupira-t-elle en lui renvoyant une grimace signifiant qu’elle n’était pas dupe.
- Charles ne pouvait pas venir. Il t’appellera ce soir, si ça te va.

Bill esquissa un rictus à peine méprisant. Une fois de plus, Charlie faisait son original. Ils s’étaient disputés. L’aîné voulait que le cadet l’accompagne à l’hôpital, mais ce dernier avait refusé et s’était braqué lorsque Bill avait insisté convoquant pêle-mêle le devoir fraternel, le sens chrétien et la pitié qui aurait du l’habiter. Ce à quoi Charlie lui avait hurlé dans l’écouteur « Tu sais où tu peux te la mettre ta pitié ? ! C’est bien la dernière chose dont elle a besoin ! T’as fait quoi pendant toutes ces années à côté de Dana : tu lui as tourné le dos pour mieux l’aimer ?! T’es irrécupérable, Bill ! A défaut d’être psychologue, tu pourrais avoir le cœur un peu plus à l’écoute. »
Si son père voyait ce qui restait de la fratrie Scully, il se retournerait dans sa tombe. Bill ne se serait jamais avoué que lui aussi était terriblement affecté de ces conflits larvés avec ses frères et sœurs. Pour une bonne raison. Il considérait que le problème venait d’eux, pas de lui.

- Triste occasion pour une réunion de famille, commenta Dana d’une voix basse en baissant la tête.
- Oui.
Inconsciemment, elle laissa glisser ses doigts vers la couverture brune du carnet de Charlie. Ca ressemblait à du daim. C’était très doux.
Il y eut un blanc. Interminable. Tristement révélateur : ils ne savaient plus se parler depuis tellement longtemps… Bill finit par rompre ce silence pesant en revenant à son sujet favori : l’armée.
- Maman t’a dit ? J’ai une nouvelle affectation : N.A.S. Miramar ! L’ancien terrain de jeu de papa.
- C’est super ! le félicita-t-elle, sincèrement heureuse pour lui. J’y étais il n’y a pas si longtemps, ajouta-t-elle partagée entre mélancolie et une douleur lancinante. Ca rappelle des souvenirs…
- Oui…
Il sentit l’amertume monter en lui. Cette rage muette qui ne le quittait plus depuis quelques années et qui ne faisait qu’amplifier. Cette rage voulait sortir, être enfin libérée.
- … Il ne reste que des fantômes maintenant…
L’atmosphère se refroidit d’un coup. Il poursuivit plus bas.
- Papa… Mélissa… Il tenta de se reprendre et ironisa d’une voix forte. Maman craint que notre patronyme disparaisse. T’as la pression maintenant, hein ?
Elle se redressa, blessée.
- Je n’ai pas choisi ce qui m’arrive, Bill.
- Non. Il ne parvenait plus à dissimuler sa colère maintenant. Mais tu as choisi d’entrer au FBI !
Il insista avec mépris sur les trois dernières syllabes. Elle soupira.
- Tu faisais médecine ! Tu devais sauver des vies…
- A la mort de Papa, j’ai demandé à Maman, opposa-t-elle en tachant de conserver son calme. Elle m’a dit qu’il avait fini par accepter mon choix et me pardonner.
- Ouais ! … Peut-être pas après ce qui est arrivé à Mélissa, attaqua-t-il.
- Je n’ai pas choisi ça non plus ! protesta-t-elle.
- En un sens, si ! assena-t-il.
Elle le dévisagea, stupéfaite, choquée à en vomir. Elle le regarda droit dans les yeux.
- J’ai retrouvé son assassin…

Il soupira à son tour. Une fois de plus, il s’était laissé aller à ses aigreurs, au delà de ce qu’il voulait.
- Je ne suis pas venu pour te faire des reproches…
Un instant, elle crut qu’il allait arrêter son réquisitoire. Elle n’attendait que ça. Elle n’avait pas la force de supporter ces reproches injustes. Elle devait garder son énergie pour le seul vrai combat à mener maintenant : celui pour sa propre vie. Elle leva les yeux vers lui avec espoir. < J’ai besoin de ton soutien, Bill ! J’ai besoin de ton amour, pas de tes jugements… >
- … On dit qu’il faut faire la paix alors…
On aurait dit un enfant plein de rancœur, forcé de présenter des excuses malgré lui. Elle aurait mieux fait de ne rien attendre de lui. La déception aurait été moins terrible.
- On l’a faite nous, Bill ? La paix ?
- Je ne sais pas…
Il était tiraillé entre ses règlements de compte et la culpabilité. Il ne voulait pas la faire souffrir davantage, mais…
- C’est juste… Je voulais te demander… Rejoindre le FBI, ca valait le coup ?
Elle sentait bien que c’était un test. Une ultime provocation en guise de conclusion. Il connaissait déjà la réponse. Tout ca n’était qu’un piège. Mais elle répondit tout de même, sans marquer la moindre hésitation.
- Oui.
Il ricana.
- … Pourras-tu me le pardonner ? ajouta-t-elle la tête haute, mais les yeux noyés de chagrin.
- Ce n’est pas à moi de pardonner, Dana…

Son sourire était crispé. Et sous le regard blessé, profondément triste de sa sœur, la honte l’envahit. Il était venu pour la soutenir, et il n’avait réussi qu’à l’enfoncer. Il en était encore à se demander ce qu’il pourrait bien dire pour apaiser Dana lorsque Margareth ouvrit la porte de la chambre.
Et comme souvent, son corps décida pour lui. Il alla embrasser sa mère, fit un signe d’adieu à sa petite sœur et sortit. Après tout, un homme ne s’excuse pas. Au fond de lui, il perçut l’idiotie de son raisonnement. Ce n’était que lâcheté. Et la lâcheté n’était évidemment pas un signe de virilité.
Il avait beau faire le fier, au fond de lui, Bill Scully ne parvenait pas à s’aimer lui-même…



***********




Bill est venu. Je n’écrirai rien de plus. Je ne veux pas fixer la peine et la rage que j’ai ressenties sur ces feuilles comme un jugement définitif. Mais pourquoi, dans une famille, faut-il toujours que certains vous enfoncent alors que d’autres vous portent ? !
Mélissa me manque…



***********

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Ven 11 Sep 2009 - 9:13

***********



Je savais que la chimio serait une épreuve.
Je crois, j’espère que le pire est derrière.
Je ne suis pas seule. Penny est à mes côtés.



***********



Penny s’affaiblit. D’heure en heure.
Elle me parle. Des expériences que nous avons subies, dit-elle. Des marques indélébiles dans notre conscience. De la peine d’avoir vu toutes ces femmes partir l’une après l’autre. Mon cœur se serre.
Elle veut que je vive. Elle m’ordonne de vivre. Parce que sinon, tout cela n’aura aucun sens et qu’elles seront mortes pour rien.
Je porte sur mes épaules le poids de ses espoirs, de leurs espoirs et ses yeux, malgré la fin qui approche, brûlent encore de me voir à ses côtés. Comme je l’étais déjà là-bas, paraît-il…
J’ai du mal à accepter sa reconnaissance et plus encore à soutenir son regard, si fort, si digne alors qu’elle se meurt.
Si la vie me quitte, je prie pour garder aussi cette dignité et cette force.

Je serre sa main. Je suis déchirée mais je refuse de la quitter alors que le combat qu’elle mène est tellement plus dur que le mien en cet instant. Et puis, elle compte sur moi. Alors je regarde la souffrance en face. Sa souffrance… Peut-être la mienne dans quelques semaines ou quelques mois. Et chaque râle, chaque gémissement, je le prends, je lui prends. Je veux tellement croire que je peux la soulager de ça. Mais au fond, je sais qu’elle est seule face au mal qui la ronge. Qu’à cet instant où la mort nous prend, nous sommes toutes seules...
Je lui ai dit que je n’abandonnerai pas. C’est une promesse. Une promesse faite sur un lit de mort, je sais que je ne m’en affranchirai qu’en faisant à mon tour mon passage dans l’au-delà. Je veux que la vie me laisse le temps de tenir ma promesse à Penny Northern. Et puisque cette femme me missionne, je défierai ceux qui lui ont fait ça, qui nous ont fait ça !

Certains soirs, le désespoir me broie. Je rejoins ma chambre aux allures mortuaires et je me fustige d’entretenir ses espoirs si insensés. Je suis Cassandre et je me dégoutte de jouer ce rôle. Mais je ne veux pas sacrifier ma raison à ma survie. Et ma raison ricane devant l’absurdité de mon projet. Je veux vider la mer avec une pelle et, en plus, il ne me reste que le temps d’une marée…
D’autres soirs, où les douleurs s’accumulent, je sens la rage qui monte. Elle pointe, sourde, alors que Penny s’étouffe ; Elle enfle, alors que ses lèvres se dessèchent et que je les humecte avec une serviette ; Et dans mon cœur, la rage explose quand je vois ses yeux se fermer, épuisés, et un sommeil si peu libérateur lui voler sa vie petit à petit. J’enrage et dans cette colère, je sens un peu de vie qui me revient et qui me réchauffe. Et ma foi renaît… balayant dans ce combat la raison glacée qui me susurrait d’abandonner.


***********



Mulder, je ne t’ai pas écris depuis 24 heures parce que le traitement affaiblit non seulement mon corps mais aussi mon esprit. Je ne sais pas comment te décrire la crainte que m’inspire cet ennemi que je ne peux ni vaincre, ni fuir. L’état de Penny Northern a encore empiré. Je la regarde maintenant avec ce mélange de peur et de respect qu’on éprouve à la vue d’une victime dont on sait qu’on partagera le sort. Quand je la vois, je ne peux m’empêcher de me voir dans un mois, dans un an. Tout ce que j’espère, c’est que j’aurais son courage.
Mulder, je te sens proche de moi même si je sais que tu suis maintenant ta propre voie
Et je t’en suis reconnaissante plus que tu ne saurais l’imaginer.
J’ai besoin de savoir que tu seras toujours là si jamais je parviens à m’en sortir.



***********



Une tête se glissa dans l’entrebâillement de la porte.
- Dana ?
Elle se redressa, en dissimulant une grimace de souffrance. La dernière séance avait été l’une des pires. Elle était nauséeuse et ses tempes la lançaient comme des étaux qui se resserrent inexorablement.
- Entre, Charlie.
Il nota avec peine ses traits tirés par la douleur, son air exténué. Il s’assit au bord du lit et la dévisagea avec douceur.
- Tu as une sale tête, murmura-t-il en l’étreignant longuement.
Il n’en fallut pas plus pour qu’un rire naisse dans la gorge de sa sœur puis se mue en larmes irrépressibles.
- Tu ris ou… tu pleures ?
Elle hoqueta.
- Je ris en repensant aux premiers mots de Bill l’autre jour. Je ris du contraste avec toi…
- Et tu pleures…
- Je ne sais plus trop pourquoi, avoua-t-elle. Peut-être à cause de Bill aussi, peut-être parce que Penny se meurt ou peut-être parce que je suis juste très fatiguée…
Elle essuya ses joues humides.
- Tu devais m’appeler…
- Je préférai passer.
- Sans Bill.
- Il me porte un peu sur les nerfs en ce moment, reconnut Charles.
- En ce moment, seulement ? ne put s’empêcher de railler sa sœur.
Il ne releva pas. Ce n’est pas de cela qu’il souhaitait discuter.
- Comment te sens-tu ?
- J’ai connu mieux, confessa-t-elle très bas.
- Tu as mal ?
Elle eut un petit rire sans joie.
- Maintenant, oui ! C’est spectaculaire d’observer combien le simple fait de se retrouver entre les murs d’un hôpital peut vous faire sentir malade alors que rien ne vous faisait souffrir quelques heures avant.
- C’est la chimio, non ?
Elle soupira.
- Bien sûr. La chimio et les lasers. C’est le paradoxe de ces traitements…
- Le paradoxe ?
- Imagine que la mort est une sorte de prétendant indésirable. Le traitement, c’est un peu comme s’il fallait accepter une danse et fleureter avec lui pour pouvoir l’éconduire et tenter d’y survivre.
- Et tu dois vraiment honorer le bal de ta présence ? Tu crois que cette danse te sauvera ?
Elle se tut. C’était la bonne question. Elle avait toujours eu foi en la science, en la médecine. Mais que cherchait-elle en réalité, ici ? Une raison d’espérer ? Une raison de se battre ?
- Est-ce que ça marche Dana ? insista son frère. Et ne me fais pas croire que tu n’as pas eu la curiosité de jeter un œil sur ton dossier…
- En principe, je n’y ai pas accès, murmura-t-elle.
- Mais je te connais ! Donc, tu l’as discrètement consulté alors que tu n’en avais pas le droit, n’est-ce pas ? Sois tranquille, je t’absous de ce pêché impardonnable…
Elle sourit.
- … Alors ? Que disent tes résultats ?

Son visage se ferma, ses yeux s’obscurcirent et d’un geste brusque, elle rejeta sa couverture pour se lever. Mais son corps semblait refuser de la suivre. Elle vacilla sur ses jambes. Sa tête lui tournait comme un manège. Elle eut un haut-le-cœur et tomba presque à genoux dans les bras de Charlie.
- Dana !
Elle s’agrippa à ses poignets en essayant de stabiliser sa vision.
- C’est rien Charlie, souffla-t-elle.
- Qu’est-ce qui se passe ? Tu veux que j’appelle un docteur ? s’affola-t-il en passant la main sur son front brulant.
- Ca va passer. Ne t’inquiète pas, haleta-t-elle péniblement.
- Tu me fais peur.
Elle parvint enfin à se relever. Et lâcha lentement l’épaule de Charlie pour se diriger vers la fenêtre à petits pas. Il la regardait reprendre sa contenance habituelle et s’approcha, accablé de la voir une fois de plus porter une croix si lourde.
Elle resta un moment sans parler, la mâchoire serrée et les yeux fixes. Il parcourut en suivant le regard de sa sœur les pelouses vertes et immaculées du jardin de la clinique. Et finalement, elle articula d’une voix sourde :
- Ca ne marche pas.
- Ton traitement ? demanda-t-il saisi d’une terrible angoisse.
- Les résultats sont éloquents. Ca ne fait qu’aggraver mon état.
- Alors arrête tout de suite !
- Et après ? murmura-t-elle.
Il ne sut que répondre.
- C’est tellement dur… d’accepter, poursuivit-elle les larmes aux yeux. Un jour, je me dis que je peux me faire à l’idée de n’avoir plus que quelques mois à vivre. Le lendemain, je n’ai qu’une envie : c’est de courir en arrière pour rattraper le temps perdu et fuir l’échéance fatale. Je veux quitter la pièce à laquelle j’assiste, impuissante, avant le final. Je veux sortir et vivre !... Mais en fait, c’est exactement comme si prenais un tapis-roulant à contre-courant. Je veux revenir d’où je viens mais il avance, inexorablement, et il m’emporte de plus en plus vite vers la chute inéluctable…
Il passa doucement ses doigts dans ses cheveux défaits, la gorge nouée de peine.
- Je n’accepte pas qu’il me reste si peu, reprit-elle tout bas, mais j’ai au moins le droit de choisir ce que je veux faire de chacune de ces précieuses minutes. Je veux être dehors !
- D’accord…
- Je ne veux pas qu’on s’apitoie sur mon sort ! Ni les autres, ni moi-même sinon je ne me reconnais plus.
- Je comprends.
- Et pardonne-moi Charlie, mais ce journal fait aussi partie du problème d’une certaine manière.
- C’est-à-dire ?
- Il me déstabilise profondément. J’ai l’impression d’écrire mon épitaphe… à moins que ce ne soit un ultime testament, une dernière lettre. Comme si tout ce que j’y écrivais était marqué d’un sceau final et définitif !
- Ce n’est qu’un instantané, Dana. Rien de plus.
- Tu sais bien que c’est faux. Pour ceux qui le liront plus tard, ce sera comme si tout était gravé dans la pierre et le reste disparaîtra… J’essaye pourtant. Je « réinterprète » l’inacceptable pour que ce journal soit lisible par ceux que j’aime…
Elle laissa échapper un rire amer. Elle n’était pas dupe de ses piètres stratégies pour tenter de masquer ce qu’elle croyait être des marques de sa faiblesse.
- C’est pour lui que tu écris, n’est-ce pas ? C’est pour Mulder ?
- Oui… pour Mulder. Mais parfois…
- Parfois ?
- Je craque. Je ne réfléchis plus à rien. Je jette ma rage, mes doutes, mes égoïsmes. Ca n’est plus pour lui. C’est juste pour le sortir de moi.
- Où est le mal ? Tu en as besoin, non ?
- J’aurais voulu tenir, Charlie. L’écrire pour lui, seulement lui. Lui offrir cette intimité comme une marque de confiance en livrant ce que j’ai tant de mal à dire. Mais quand je n’arrive pas à contenir le flot de mes émotions, je redoute de le faire souffrir… inutilement, égoïstement…
- Tu te censures…
- Je voudrais juste contrôler ce que… je lui souffle de moi, tu vois ?
- Mais aimer, c’est aussi accepter de s’abandonner, de se montrer tel qu’on est, sans faux-semblants.
Il parlait d’une voix très douce, en posant son regard bleu et tendre sur elle. Elle esquissa un sourire triste.
- Je crains de ne pas savoir faire cela aussi facilement que d’autres…
- Ca s’apprend tu sais.
Elle faillit lui dire qu’elle n’avait plus beaucoup de temps pour ça mais s’abstint au bout du compte. Il fit trois pas vers la table de nuit et prit le petit carnet entre ses mains.
- Que veux-tu en faire ? demanda-t-il en lui désignant l’objet.
- C’est une trace. Ca me perturbe et ça ébranle la foi en l’instant, je trouve. Tu comprends : Un jour, j’espère et les mots qui se couchent sur ses feuilles me réchauffent. Et le lendemain, je suis au fond du trou et la noirceur envahie ces lignes. Puis la foi me revient, mais là, je me relis et je réalise que je tourne en rond et que demain je serai à nouveau dans les ténèbres. Et ce journal me rappelle constamment que je ne fais que glisser vers le gouffre du néant. Le dénouement, il est déjà écrit lorsqu’on adresse ces phrases à ceux qui restent… Je ne sais pas comment bien t’expliquer… J’ai besoin de ce carnet. Mais lorsque je le vois, il me brûle. J’ai l’impression que c’est une bombe qui va m’exploser à la figure.
- Ca te soulage d’écrire, mais les feuilles que contient ce journal t’oppressent.
- Oui.
- Alors brûle-le ! Ecris et brûle. Offre tes douleurs au feu libérateur ! Un journal ne doit pas posséder le pouvoir disproportionné de te priver d’espérance…
Elle resta interdite quelques secondes.
- J’ai l’impression que je n’ai pas le droit.
- Dana, ce n’est pas toi que tu brûle, c’est ta douleur. Extirpe-la de ton corps comme un magnétiseur et tue-la. Qu’elle ne te tue pas !
Elle hésitait encore.
- Et toi ? Tu as déjà brûlé tes écrits, Charlie ?

Elle avait posé la question spontanément, sans réfléchir.
Il se tut. Longtemps. Et la regarda dans les yeux. Elle se troubla et sut ce qu’il allait dire.
- Une fois, confessa-t-il d’une voix grave.
Elle ne voulait pas approfondir ce sujet avec lui, mais elle avait besoin de savoir.
- Et ça t’a soulagé ?
- Il n’y a qu’une chose qui puisse réellement me soulager, Dana et je crois que tu le sais.
- Pardonne-moi, Charlie… Je ne peux pas.
Il passa un bras autour d’elle.
- Je ne veux pas de tes excuses. C’est moi qui te dois quelque chose. J’attends juste que tu me permettes de régler ma dette.
- Tu l’as réglée depuis longtemps.
- Non. Il y a une dernière chose dont je dois te soulager.

Jamais ils n’avaient été si près d’en parler. A mots couverts, ils savaient tous les deux qu’une porte, jusque là close, s’entrouvrait. Mais ce n’était pas le moment. Il faudrait encore être patient…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 10 Déc 2009 - 22:13

La nuit suivante, 3h00 du matin.

- Je suis prête, Mulder.
- Tu es sûre ?

Elle était face à lui, bien droite, luttant pour rester digne malgré ses yeux rougis.
Avec douceur, il lui prit son sac de voyage des mains. Elle ne réagit pas. Elle fixait la porte encore ouverte de la chambre de Penny Northern. Il passa son bras autour de ses épaules. Elle ravala un sanglot et se tourna vers lui.
- Allons-y, pria-t-elle dans un murmure.
Et sans un mot de plus, ils se dirigèrent vers la sortie de la clinique. Ils passèrent la porte sans se retourner et se retrouvèrent à l’air libre d’une nuit sans lune.

Ils roulaient depuis un quart d’heure.
Le visage collé contre la vitre, elle restait silencieuse.
A peine distinguait-il de temps en temps un léger affaissement de ses épaules avec une imperceptible plainte étouffée.
- Que veux-tu faire ? demanda-t-il au bout d’un moment.
Elle ne répondit pas tout de suite.
- Tu veux que je te dépose chez toi ?
- Non !
C’était sorti d’un seul coup, brutalement, presqu’à son insu. Elle se tourna vers lui et lui livra son visage tourmenté avec franchise.
- Je ne veux pas me retrouver seule chez moi… Pas tout de suite.
- Je reste si tu veux.
- Oui, je veux bien, admit-elle avec simplicité.
Il sentit son cœur se gonfler et tout en gardant ses yeux rivés sur la route, il fit glisser sa main vers elle et la posa tendrement sur ses doigts. Elle ne s’en dégagea pas. Au contraire. Elle entremêla ses doigts fins parmi les siens et les serra d’une infime pression.
- Il y a un endroit où j’aimerais aller, déclara-t-elle son regard perdu au loin.
- Dis-moi.
- A Bethany Beach…
Il lui jeta une œillade surprise.
- A cette heure ? !
- Si tu roules bien, on y sera pour le lever du soleil… Je voudrais voir le lever du soleil à Bethany Beach.
Il lui sourit.
- Tu y seras. Et sinon, je commanderai moi-même au soleil de t’attendre pour pointer le bout de son nez !
Pendant un fugace instant, le visage de sa partenaire s’éclaira. Puis, il reprit à nouveau cette expression impénétrable. Douloureuse.
- Repose-toi si tu en as envie. Je te réveillerais.
Elle n’était pas sûre de pouvoir s’abandonner ainsi à son sommeil, mais son corps, épuisé, décida pour elle et quelques secondes plus tard, elle dormait profondément.


La voiture était arrêtée. Le froid s’insinuait dans l’habitacle et enveloppait insidieusement ses orteils au travers de ses bas. Elle ouvrit les yeux et tâtonna à sa gauche. Le siège du conducteur était vide.
Tout d’un coup, elle se sentit totalement réveillée.
Un rien inquiète, elle examina les alentours avec fébrilité. Des néons rouge et violets clignotaient. Ils étaient perdus dans un no man’s land brumeux, garés sur le parking d’un de ces bars qui sont ouverts 24 heures sur 24. Mulder avait étendu sa veste sur elle. Elle la repoussa, attrapa la poignée de la portière et s’extrait du véhicule.
Un vent glacé la saisit et rosit instantanément ses joues. On devinait l’aube qui perçait à l’horizon. Elle respira profondément.

- Hey !
Il arrivait vers elle avec une expression ravie.
- On y est. C’est à cinq minutes. Et regarde ce que je nous ai dégotté !
Il brandit un thermos fumant avec fierté.
- Café tout chaud ! Tu vas voir : ça va être royal ! Monte, ordonna-t-il. Le soleil ne nous attendra pas indéfiniment.

Ils roulèrent encore quelques instants.
- Là, s’agita-telle en désignant un petit chemin sur sa droite.
- On n’y est pas encore, s’étonna Mulder en se garant malgré tout.
- Si. On est exactement là où il faut, déclara-t-elle en sortant de la voiture sans lui prêter la moindre attention.
Elle marchait déjà vers un discret sentier dont il voyait à présent qu’il était sablonneux. Il attrapa en vitesse des allumettes dans la boite à gants ainsi qu’un grand plaid dans le coffre dans lequel il enroula le thermos, et courût à sa suite pour la rattraper.
- Tu connais, n’est-ce pas ?
- Mmm, acquiesça-t-elle tout en pressant le pas comme si quelque chose de vital était en jeu.
Enfin, ils débouchèrent sur la plage. Elle était déserte, immense, et sauvage par ici alors qu’on pouvait deviner les dunes modelées par les hommes un peu plus loin sur la gauche. Les ombres de la nuit jouaient encore avec les roseaux disséminés de ça, de là. A l’horizon, on sentait sourdre le premier rayon. Elle ferma les yeux et inspira avec bonheur les parfums d’iode et de salicorne. Elle se laissa bercer un bref moment par le ressac incessant, vivifiant des vagues, goutant le simple plaisir de ne plus penser à rien. De faire le vide. Et de laisser ses sens le remplir…
Mulder sourit discrètement et bénit à sa manière la nature d’offrir ce répit à son amie.

- On s’assoit ?
Elle se tourna vers lui avec une expression sibylline qu’il ne sût pas traduire d’instinct. Un léger sourire éclairait son visage et elle déclara avec détachement.
- Mulder, tu peux te retourner une seconde, s’il te plait ?
- Euh… Oui, bien sûr.
Il s’exécuta, déconcerté. Ce n’est que lorsqu’il entendit le froissement du tissu des vêtements de Scully et le premier imperceptible impact sur le sol qu’il saisit le projet qu’elle fomentait.
- Scully ?! Tu n’es pas en train de…
- Je vais me baigner, Mulder.
Son ton ne souffrait pas la plus petite nuance d’une indécision.
- Tu es folle ! Elle doit être à peine à 13 ou 14 degrés !
- Magnifique !
- Ce n’est pas raisonnable, tu sors à peine…
- Non, ce n’est pas raisonnable, le coupa-t-elle. Et c’est précisément l’une des meilleures raisons de le faire.
- Scully, tu es encore…
Avec superbe, elle ignora sa dernière réplique et s’élança vers l’eau.
- Tu es encore malade, conclut sombrement Mulder pour lui seul.
Il entendit le bruit joyeux d’un plongeon et ne put retenir un nouveau sourire. On aurait juré qu’elle avait décidé de faire table rase de ces dernières heures si lourdes. Pour elle. Pour lui.
A reculons, il s’approcha de la mer.
- Je peux me retourner ? hurla-t-il contre le vent.
Un rire lui répondit.
- Tu peux ! Tu dois ! Le soleil se lève !
Il fit volte face, juste assez rapidement pour apercevoir une silhouette callipyge exécuter avec perfection une adorable culbute et disparaitre sous les flots.
Diable. Avec ou sans culotte ?!
L’idée lui vint à l’esprit que sa partenaire avait fait une alliance avec le soleil pour que l’éclat de ses rayons lui dissimule les courbes plus précises de son anatomie. Cette pensée l’enchanta.
- Elle est bonne ?
- Excellente ! Tu devrais venir…
L’image faisait son chemin en lui. C’était tentant en fait, malgré le froid mordant du matin que la lueur du jour ne réchauffait pas encore.
Il admira les couleurs s’élevant dans le ciel, et le bleu tendre et clair chassant délicatement le rose endormi et l’orange ensommeillé. Et lorsque la forme ronde et parfaite de l’astre se découpa sur l’horizon apaisé, il crut percevoir le timbre fragile et chaud de Cat Stevens qui résonnait dans son tympan se frayant une petite place entre les cris des oiseaux marins et le chant infini des vagues glissant sur le sable mouillé.

Morning has broken like the first morning
(Le matin s’est éclos comme le premier matin)
Blackbird has spoken like the first bird
(Le merle a chanté comme le premier oiseau)
Praise for the singing, praise for the morning
(Merci pour le chant, merci pour l’aurore)
Praise for them springing fresh from the word
(Merci pour le monde qui vient d’éclore)

Sweet the rain's new fall, sunlit from heaven
(Douce la pluie qui vient de tomber, éclairée par le ciel)
Like the first dewfall, on the first grass
(Comme la première rosée, sur la première herbe)
Praise for the sweetness of the wet garden
(Merci pour la douceur du jardin humide)
Sprung in completeness where his feet pass
(Qui se révèle pleinement sous les pas)

Mine is the sunlight, mine is the morning
(Mienne est la lumière du soleil, Mien est le matin)
Born of the one light, Eden saw play
(Né de l’unique lumière que le Paradis a vue jouer)
Praise with elation, praise every morning
(Merci avec joie, merci pour chaque matin
God's re-creation of the new day
(Que Dieu re-crée pour un jour nouveau)


Comme si l’univers avait décidé pour lui, il ôta son blouson et son col roulé. Au loin, Dana contemplait le spectacle céleste en s’éloignant lentement de la rive comme un papillon attiré par la lumière.
Il se débarrassa hâtivement de son tee-shirt, de ses chaussures, chaussettes et jeans, et s’avança jusqu’à ce que des vaguelettes viennent lui lécher les orteils.
Ouch ! Alors, ça pouvait être aussi froid ?!
Il releva les yeux vers le large espérant au fond de lui qu’elle l’avait vu et lui adresserait d’enthousiastes encouragements susceptibles de flatter le mâle démonstratif en lui.
Des clous. Elle nageait toujours, totalement indifférente dans ce paysage à tout ce qui possédait la plus petite conscience de son importance sur terre.
Au temps pour lui.
Il se décida pour la méthode radicale. Et dans un cri quasi tribal, il s’élança au milieu de l’océan et termina sa course en se jetant sous un rouleau.
Bon sang ! Elle était gelée. S’il ne bougeait pas, il aurait pu se figer comme de la glace. C’est un rire qui finalement se chargea de réchauffer son cœur. Un rire sourd d’abord puis cristallin et parfaitement distinct lorsqu’il émergea la tête de l’eau.
- Alors ? Ca revigore, non ?!
- On peut dire ça, grimaça-t-il en crachant l’écume.
Il nagea énergiquement vers elle. Elle souriait. Vraiment.
Il aurait volontiers payé de sa vie pour voir enfin ce sourire, total, sans retenue, s’afficher sur ses lèvres après les avoir vues si souvent tremblantes ces derniers temps. Et maintenant, il était là. Le sourire. Par la grâce d’un lever de soleil et d’un bain de mer.
- Tu es sûre que tu te sens bien ? demanda-t-il avec prévenance.
- Très bien Mulder.
- Tu es presque violette…
- Ca m’est égal. Je veux me sentir vivre ! Je veux le froid sur ma peau, le sable sous mes pieds, le vent sur ma figure et le sel sous ma langue. Je veux tout ça ! Même si j’attrape un monumental coup de froid !
- Ah les filles de marins ! s’exclama Mulder d’un air accablé.
Elle éclata de rire et l’éclaboussa avec force.
- Qu’est-ce que tu as contre les filles de marins, bouseux !
- Rien, rien, se défendit-il dans un sourire malicieux. Au contraire, je les aime et je les prends à la course !
- A la course ?
- Jusqu’à la bouée ! Le premier arrivé gagne le droit d’être frictionné jusqu’à rétablissement complet de sa température corporelle habituelle.
- Intéressant.
- Prête ? Partez !
Il démarra en trombe et d’une brassée large et puissante, attaqua les vagues en crowlant vigoureusement. Elle sourit et partit tranquillement à sa suite.

- Preum’s ! cria-t-il tout content en touchant le plastique jaune.
Il se retourna et aperçut sa partenaire qui arrivait en prenant tout son temps.
- Ben alors ? apostropha-t-il un peu déçu.
En quelques mouvements, elle fut à sa hauteur. Elle passa dans son dos et s’agrippa à lui pour reposer ses muscles. Avec un trouble irrépressible, il sentit sa poitrine se presser contre sa peau. Elle avança sa bouche près de son oreille et murmura d’un ton lointain en laissant onduler ses cheveux dans son cou.
- Je n’ai pas envie d’arriver la première au bout aujourd’hui. Je veux juste rester dans la course… Juste rester dans la course, reprit-elle très bas d’une voix étranglée.



Dernière édition par noisette le Ven 24 Déc 2010 - 12:25, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Dim 13 Déc 2009 - 11:11

***********



- Crois-moi, tu n’en trouveras pas deux de partenaire pour te concéder leur prix dûment gagné pourtant et te réchauffer ainsi.
- Encore heureux ! Je n’accepterai ça de personne d’autre que toi.
Avec une énergie de tous les diables, il la frictionnait avec le plaid s’évertuant, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, à faire disparaître les tremblements furieux qui secouaient le corps glacé de son amie.
- C’est bon Mulder. A ton tour, articula-t-elle d’une voix hachée par les mouvements vigoureux de son partenaire.
- Mais…
- Donne-moi deux secondes pour me rhabiller et je m’occupe de toi.
D’un geste du poignet, elle lui fit signe de se retourner. A contrecœur, il obéit. Elle se défit du plaid et l’enroula délicatement autour de ses épaules larges. Il dut reconnaître que cela lui faisait un bien fou.
Rapidement, elle passa ses vêtements puis s’assit derrière lui et entreprit de le réchauffer à son tour.
- Alors ? Ta température ? Elle se rétablit ? s’enquit-elle avec un petit sourire au bout de quelques instants.
- Mmm, ronronna Fox. Elle remonte nettement. Je te remercie : c’est parfait !
Il se libéra et s’écarta un peu pour se rhabiller à son tour, pendant que Scully se levait d’un air déterminé.
- Où vas-tu ? interrogea-t-il surpris.
- Je reviens très vite…
Et elle s’éloigna.

Au bout de quelques minutes, elle revint avec quelques morceaux de bois et de roseaux morts et les laissa tomber à côté du thermos.
- C’est encore chaud, tu sais ? Pas besoin de monter le campement pour ça…
Sans lui répondre, elle sortit de son manteau un carnet brun à la couverture chatoyante comme du daim et en arracha la première page.
Il la dévisagea gravement et l’observa froisser la feuille en boule, lentement, et la recouvrir des plus petites brindilles de son tas de bois, puis de plus gros rameaux.
- C’est ton journal ? demanda-t-il doucement.
Elle hocha la tête sans rien dire.
- Tu es certaine de faire ce qu’il faut ?
- J’offre mes douleurs au feu libérateur, finit-elle par lâcher en reprenant les mots de Charlie. Je dois aller de l’avant si je veux savoir un jour la vérité. Elle prit les allumettes. Tu savais que je venais aussi pour ça, n’est-ce pas ?
Cette fois, ce fut lui qui se tût. Elle reprit.
- Ce que… tu as lu…
- Ne me demande pas de l’oublier, l’interrompit-il.
- Non… Non, c’est fait. Peut-être est-ce une bonne chose après tout, murmura-t-elle. Peut-être faut-il que j’apprenne… Elle ne finit pas sa phrase et baissa les yeux.
- Que tu n’as pas besoin d’être infaillible ? compléta doucement Mulder.
Elle craqua une allumette et l’approcha du papier qui s’embrasa instantanément. Les flammes léchèrent les fins branchages et le feu s’éleva. Elle déchira à nouveau quelques pages et les introduisit posément dans le foyer. Il ajouta un peu de combustible, et doucement, ils virent le bûcher prendre de l’ampleur. Les étincelles montèrent rejoindre les dernières couleurs rougeoyantes de l’aurore, très haut, dans un crépitement rédempteur. Et une douce chaleur se répandit sur leurs membres engourdis, faisant gentiment craquer la peau salée de leurs visages comme un sapin de Noël irradie.

- Un café partenaire ?
Il lui tendit la capsule du thermos. Elle huma avec bonheur le liquide noir et fumant et le saisit avec gratitude. Ses paumes enveloppèrent le récipient presque brûlant comme on reçoit avec mille soins une précieuse offrande.
- Dieu que c’est bon, souffla-t-elle les larmes aux yeux.
Le journal finissait de se consumer dans l’humble brasier. Le jour se levait sur la plage abandonnée. Le vent lui soufflait par profusion des douceurs, senteurs océanes et mélodies marines, sur le visage. Et puis il y avait Mulder. Qui partageait ce repas à ses côtés.
Tout était parfait. Ou presque.
Restait cet intrus en elle. Logé dans son cerveau, attendant son heure, avec la patience du diable. Un intrus qui se préparait à l’emporter comme il avait emporté Penny avant cette aube sublime qui sonnait comme un Adieu. Et comme un nouveau départ aussi.
- Tu ne m’auras pas aujourd’hui, défia-t-elle en elle-même.

Elle désenroula le foulard autour de son cou. Elle s’était permis de le prendre sur le corps encore chaud de Penny. Mulder l’observait avec gravité.
Elle le laissa pendre au-dessus des flammes jusqu’à ce qu’il s’embrase et que le tissu noircisse, rétrécisse et se torde comme un cri de douleur. Elle fixa longuement l’agonie du foulard comme si c’était le cancer lui-même qui mourrait. Et lorsque le feu commença à lui brûler les doigts, elle le laissa choir dans le foyer rougeoyant.
- Tu n’as plus besoin de ça, Penny, murmura-t-elle très bas comme une prière. Maintenant tu es libre et plus jamais ils ne te cloueront à un lit d’hôpital…
Le cœur de Mulder se serra. Il n’osa interrompre ce tête-à-tête quasi mystique. Elle poursuivit, les yeux sombres et le front plissé.
- Je suis sûre que là où tu es, tout ressemble à ce petit matin parfait...

Pendant un court moment, Fox se remémora leur échange dans le couloir glacé de la clinique et se demanda si finalement, ce ne serait pas plutôt la foi qui sauverait Scully. La foi ou la vérité ?
Il chassa cette idée. Pourquoi choisir ? Dana aurait besoin de toutes les forces de l’univers. Celles qui étaient en présence ici même.
Et si Dieu, qui avait brillé par son absence dans sa vie à lui, si Dieu voulait s’y mettre, et bien… lui, Fox Mulder, l’agnostique, accepterait de lui laisser une place. Une petite place. S’il pouvait quelque chose pour elle… Pour qu’elle vive…
Mais jamais, cela ne l’empêcherait, lui, de chercher un remède avec ses modestes moyens humains et avec l’énergie du désespoir. Sa confiance dans le divin avait ses limites, tout de même.
Il lui fallait bien admettre qu’ils ne seraient pas trop de trois pour livrer ce combat si inégal…

Il posa les yeux sur sa voisine qui avalait à petites gorgées le café avec une expression concentrée comme si le monde et tous ces mystères s’était concentré dans le breuvage épais. Elle rejeta la tête en arrière pour mieux recevoir les jeunes rayons du soleil et un discret sourire s’épanouit sur ses traits fins.

- Bienvenue chez les vivants, Scully…

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Jeu 14 Jan 2010 - 13:59

CH 8. La voix de la vérité (Redux)




J'ai fait un rêve, la nuit de Noël.
Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur.
Nos pas se dessinaient sur le sable en laissant une double empreinte, la mienne et celle du Seigneur.
L'idée me vint, c'était en songe, que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie.
Je me suis arrêté pour regarder en arrière.
J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin.
Mais je remarquai qu'en certains endroits, au lieu de deux empreintes, il n'y en avait qu'une.
J'ai revu le film de ma vie. Ô surprise !
Les lieux à l'empreinte unique correspondaient aux jours les plus sombres de mon existence.
Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir,
Jours d'égoïsme ou de mauvaise humeur,
Jours d'épreuve et de doute,
Jours intenables...
Jours où moi aussi j'avais été intenable.
Alors me tournant vers le Seigneur,
J'osai lui faire des reproches :
"Tu nous avais pourtant promis d'être avec nous tous les jours !
Pourquoi n'as-tu pas tenu ta promesse ?
Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?
Aux jours où j'avais le plus besoin de Ta présence ?"


***********

Novembre 1997

Devant la commission du FBI

< Des vautours ! Leurs regards sur moi : c’est l’œil d’un rapace sur sa proie. Comment ai-je pu faire confiance à ces gens ? Est-ce le diable qui leur souffle ces horreurs ?

Calme.
Il faut que je reste calme.
Il compte sur moi. >


- Tôt ce matin, un policier m’a appelé et m’a prié de me rendre à l’appartement de l’agent Mulder…

< Vas-y Dana. Dis-toi que ça aurait pu être vrai si Mulder n’avait pris le dessus. >

- Le détective m’a demandé… Il… Il voulait seulement que j’identifie un corps…

< Je savais mais…
Un instant, j’ai cru que c’était son visage à lui qui apparaitrait sous ce drap. Son visage bleu et froid ! >

Dana Scully frissonna et ses lèvres se mirent à trembler.

- Agent Scully ? Le chef de section Blevins insistait, le front sévère et la moue réprobatrice.

< Il s’en fout ! Il sait la douleur que ça me causerait mais il veut me l’entendre dire ! Il veut quand même que je lui dise ce qu’il sait déjà. Comment peut-on jouir et faire un spectacle de la souffrance d’autrui. Qui sont ces gens, mon Dieu ?! >

Elle inspira et lâcha d’une voix altérée d’une tristesse indicible.

- L’agent Mulder est mort la nuit dernière. A priori d’une balle qu’il se serait tiré dans la tête.

Une larme quitta le coin de son œil et glissa doucement le long de sa joue.
Ils ne dirent rien. Elle crut même lire sur le visage de certains quelque chose comme de la honte. Voire de la compassion sur celui de cette femme que Dana n’avait jamais vu jusqu’à ce jour dans les couloirs du FBI.

< Voila. J’ai menti. Grâce au ciel, ce n’est pas la vérité… >

Le directeur adjoint Skinner ouvrit la porte et se fraya un chemin dans la salle. Elle se retourna brusquement vers lui et ses yeux se plissèrent sous le coup de la colère.
Skinner.
Probablement le traitre. Responsable de tout ce gâchis. De toutes ces morts.

< Je continuerai à mentir, pensa-t-elle en le défiant du regard. Si ça peut mettre fin à ces horreurs. Si ça peut nous sauver, je jouerais avec vos propres armes, fussent-elle immorales. Ce sera le prix de mon intégrité. Tant pis ! >

Elle se redressa sur son siège.

- Agent Scully, intervint prudemment Blevins, les accusations que vous portez… à propos de cette maladie qu’on vous aurait inoculée…
- Oui, Monsieur ? Sa voix était redevenue ferme.
- Ce sont des accusations extrêmement graves…
- Oui Monsieur. Mais j’ai des preuves contre ceux qui ont orchestré tout cela. Des preuves des mensonges qu’ils m’ont racontés. Elle se leva, déterminée à aller au bout de sa démonstration. J’ai la preuve irréfutable que ceux qui m’ont contaminé sont aussi les instigateurs d’un complot dont l’objectif était de supprimer l’agent Mulder et moi-même. Un complot... – elle vibrait maintenant de rage - … qui a été conçu et exécuté par quelqu’un présent dans cette pièce !
Il y eu des remous autour de la table. Elle sortit la radio comparant son ADN et celui de l’organisme hybride qu’ils avaient révélé. Et poursuivit avec une nouvelle force.
- Ce que j’ai apporté est une preuve scientifique…
Un petit bruit attira son attention vers le bas et elle découvrit avec surprise une puis deux gouttes de liquide pourpre tâchant le document sombre. Elle releva la tête vers ses contradicteurs et porta intuitivement sa main à son nez. Ses doigts rencontrèrent un filet de sang.
Du sang.

Le temps s’arrêta et figea en elle l’image de ces yeux inconnus et froids posés sur elle. Avec parfois une lueur de curiosité malsaine.
Flash.
La mort.
L’exécution.
Elle saisit avec stupeur que son corps venait de lui envoyer au moment le plus inopportun le signal de son ultime défaillance. Son regard se perdit dans les limbes glacés d’un abîme sans fond. Elle chancela et Skinner se précipita vers elle pour la recevoir dans ses bras.

- Vous ! accusa-t-elle à bout de forces en tentant désespérément de ne pas perdre conscience.

Mais tout était si lourd…

- Appelez un docteur ! cria le directeur adjoint.

Du moins, c’est ce qu’elle crut entendre avant que le noir l’engloutisse toute entière.


***********


Washington. Hôpital de la trinité. Deux jours plus tard.


« Vous êtes un fils de pute ! ».

Bill souffla un coup. A défaut d’autre chose, ça l’avait soulagé. Un peu.
Ce salopard de Mulder n’avait pas baissé les yeux et avait même eu cette espèce de sourire indéchiffrable lorsque Bill lui avait demandé si cela valait le coup !
Que ses sœurs meurent pour des petits hommes verts…
Oser sourire ! Sourire alors que le visage de Dana se vidait de sa vie… si vite ! Il serra les poings au fond de ses poches.
L’enfoiré. Comment pouvait-il mépriser sa sœur au point de lui demander de s’ouvrir la peau pour glisser dans son cou une saleté de puce électronique ?! Comment pouvait-il se permettre de jouer avec son espérance alors qu’elle avait juste besoin qu’on l’aide à accepter la mort… pour que ce soit moins dur.
Moins dur.

< Au secours, pensa-t-il les larmes aux yeux. Ma petite sœur va mourir ! >
En baissant la tête, il poussa brutalement la porte des toilettes pour hommes de l’hôpital et fonça vers un lavabo, la vue brouillée. Il s’aspergea la figure d’eau fraiche en tentant de reprendre sa respiration et saisit la cuvette des deux mains. Les épaules voutées comme un vieillard, il étouffa un sanglot.
Et une main se posa dans son dos.

Il sursauta et se retourna en essayant de dissimuler l’humiliation d’avoir été ainsi surpris en flagrant délit de sensiblerie.
- Charlie ?
- Salut frangin. Ca ne va pas fort on dirait…
Charles était presque aussi gêné que son ainé. Mais en voyant ses larmes furtives, pour la première fois depuis une éternité, il eut l’impression de faire face à son frère. Un vrai frère. Quelqu’un qui partageait le même sang que lui, Dana ou Mélissa.
La famille, quoi.
- Non, elle ne va pas bien, râla Bill pour faire oublier ce qu’il jugeait être un égarement.
- Je parlais de toi, précisa Charlie avec douceur.
- Bah, moi, ça ira. Ce n’est pas moi le problème. C’est elle… Et lui, là !
- Lui ?
Le cadet fronça les sourcils.
- Ouais. Ce connard de Mulder…
- Il est là ? s’enquit Charles avec espoir.
- S’il ne s’est pas encore carapaté, c’est que ce type n’a vraiment aucune dignité. Je viens de lui balancer ses quatre vérités.
- Comment ça ? Qu’est-ce qu’il a fait ?
Il y avait un brin d’inquiétude dans sa voix.
- Ce qu’il a fait ? Ce qu’il a fait ? ! s’emporta Bill. Voyons ! A cause de lui, Missy est morte. Et maintenant, c’est Dana qui agonise…
- Ce n’est pas sa faute !
- Pas sa faute ? ! tonna-t-il. Elle en serait là si elle avait gentiment fait médecine ?
- Elle n’aurait jamais « gentiment » fait médecine, soupira Charlie.
- Ne me dis pas que c’est elle qui se passionne pour les ET !
- C’est la justice qui la passionne. La vérité. Et tu le sais.
- Non, je ne sais pas ! Je ne comprends pas ces conneries ! Je ne comprends pas qu’une femme intelligente comme Dana gobe ces foutaises.
- Bien sûr ! Tu préférerais qu’elle élève sagement trois ou quatre gamins en mitonnant des petits plats à un mari bien comme il faut. Une petite vie sans odeur et sans saveur, provoqua Charles.
L’étincelle de symbiose fraternelle avait fait long feu. Et leur vieille animosité reprenait le dessus.
- Rien ne change, hein ? grinça Bill. Dès qu’il s’agit de Dana, je ne suis qu’un gros connard macho et toi son fantastique petit frère tellement complice.
- T’es jaloux, junior ? !
A l’instant même où il prononçait ces mots, Charlie regrettait déjà sa pique inutilement agressive. Mais les habitudes du passé sont parfois dures à corriger.
Bill s’approcha et le dévisagea avec cet air méprisant qu’il portait si souvent. Il marqua un temps et se pencha vers lui, presque menaçant.
- Tu as bu, pas vrai ?
- Je t’emmerde.
- Toutes mes excuses. Je ne voudrais pas brider « l’artiste » qui es en toi, railla-t-il.
- Ben l’artiste aussi t’emmerde.
- Il sait parler l’artiste ou il veut la bagarre à tout prix ?
Charlie se renfrogna. Ponctuellement, il devait bien reconnaître que Bill pouvait aussi être terriblement lucide. Il se détourna de son ainé et croisa les bras d’un air revêche.
- Tu connais la dernière trouvaille de « David Vincent » ? reprit Bill d’une voix sourde. – Un silence hostile lui répondit – Il veut qu’elle s’implante une putain de puce électronique dans son cou ! Pour guérir, qu’il dit ! Bordel ! Je hais ce mec !
Son poing s’abattit sur les carreaux blancs du mur et ébranla la glace.
- Il doit avoir ses raisons, finit par lâcher Charlie.
- Tu débloques ? ! Elle est où la raison, là ? !
- C’est à Dana de décider, pas à nous.
- Dana ne sait que dire oui à son génial Mulder !
- C’est faux ! Et si elle le suit, c’est qu’elle sait pourquoi.
- Elle se conduit comme une collégienne !
- Parce qu’elle l’aime ? explosa Charles. C’est ça que tu lui reproches, en fait ? D’oser aimer ? !
- Elle fait ce qu’elle veut de son cul !
- Ne parle pas d’elle comme ça…, menaça le plus jeune.
Les deux hommes s’échauffaient de plus en plus.
- J’en parle comme je veux… mais lui ! Lui, s’étrangla Bill. Il ne la mérite pas.
- Il l’aime aussi, crétin !
- S’il l’aime, il devrait refuser qu’elle se mette en danger ! hurla le militaire. Aucun homme ne peut accepter que la femme qu’il aime risque sa vie pour des chimères !
- Je t’en prie, Bill. Tu crois sérieusement qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait ? ! As-tu seulement vu un seul homme capable de dicter sa conduite à Dana ? !
Cette fois, c’est l’ainé qui lui tournait le dos.
- Tu as essayé : tu as échoué. Même Papa a échoué ! Reconnais-le, bon sang, elle a toujours décidé seule, et elle a toujours choisi ce qui lui semblait juste. Au mépris parfois de ce qui semble raisonnable à d’autres…
Les lèvres de Charles tremblèrent légèrement. Il reprit plus bas.
- Tu n’as pas le droit de lui demander de rentrer dans tes petits plans étriqués. Elle ne laissera jamais tomber ses engagements, ses convictions. Elle serait malheureuse.
- Parce qu’elle est heureuse là peut-être ?!
- …
- Et ses convictions religieuses ? Qu’est-ce que tu en fais de ses convictions religieuses, hein ? Ca lui ressemble d’envoyer balader sa foi pour un charlatanisme ufologique de gare ?! Evidemment, ajouta-t-il fourbement, toi, tu n’y comprends rien vu que tu ne te sers du nom de Dieu que pour jurer !
- Je ne juge pas ta croyance. Alors fous-moi la paix.
- Dana n’est plus elle-même, Charles. Je refuse de la voir se renier au moment où elle a le plus besoin de croire.
Il y eut un silence de plomb.
- En fait Bill, peut-être que tu ne sais pas qui elle est.
- Conneries !
- Et peut-être que lui, il la connait bien mieux que toi.
- Vas-y ! Ergote ! C’est bien ta spécialité, non ?! Mais moi, ça suffit. Je vais lui dire ce que j’en pense.
D’un pas décidé, Bill se dirigea vers la porte.
- Non !
Charlie lui barra le passage.
- Non. Tu vas arrêter de l’emmerder, maintenant. Tu vas la soutenir parce que tu l’aimes. Et tu vas cesser de systématiquement l’agresser au motif qu’elle ose résister à ce que tu as programmé pour elle !
- Je ne la laisserai pas se ridiculiser.
Bill poussa légèrement son frère pour tenter de passer outre. Mais Charlie se remit en travers de sa route.
- Pour qui te prends-tu pour te permettre de dicter sa conduite à quelqu’un qui se meurt ?! gronda-t-il les yeux noirs de colère.
- Vas te faire foutre, siffla le militaire en le repoussant plus durement. Je suis son frère. Je n’ai pas à me justifier ! Dégage !
- Moi aussi, je suis son frère. Il saisit le col de Bill et poursuivit, tremblant de rage. Et je ne te laisserai pas lui faire de mal !

D’un geste vif, l’ainé frappa les poignets de Charlie et lui porta un coup violent à la poitrine pour l’écarter de son passage. Charlie trébucha et se cogna contre le lavabo.
- T’arrête tes conneries maintenant ! prévint Bill en se dirigeant vers la sortie. Je suis bien plus fort que toi.
Le visage empourpré, le cadet se redressa et sans tenir compte de l’avertissement, il se précipita tête la première vers le ventre de son adversaire en l’emportant dans se chute.
Ils roulèrent ensemble, heurtèrent durement le carrelage blanc du sol et dans un brouillard indescriptible, les coups commencèrent à pleuvoir.
Au début, l’ainé essaya de retenir ses attaques, mais face à l’énergie enragée de son cadet, il dut bien se résoudre à se défendre.
Le combat n’était pas équilibré. Etre animé par l’énergie du désespoir ne suffit pas à désarmer un combattant averti.
Au bout de quelques interminables minutes d’affrontement, Charlie ne fut plus capable de répondre à la volée ininterrompue de coups. Encore tremblant de colère, Bill se dégagea.
Ils se redressèrent péniblement. Sonnés tous les deux.
Bill saignait de la lèvre et du nez mais semblait plus marqué moralement que physiquement.
Charlie s’était blessé à l’arcade sourcilière et son visage était couvert de sang. De sa main gauche, il tenait son poignet droit qui paraissait dans un sale état.
Les rivaux se firent face, soufflant comme des bœufs, fuyant le regard de l’autre. Ils restaient assis, chacun contre un mur, essayant de se remettre et assimilant ce qu’ils venaient de faire. Bill parla le premier.
- Il est cassé ?
D’un geste de la tête, il désigna le poignet en évitant de croiser les yeux hagards de son frère.
- … Sais pas. Peut-être…
Silence.
- Je suis désolé, Charlie. Je n’aurais jamais du faire ça.
- Je l’ai cherché.
- … Mais t’avais peut-être raison, convint Bill après un temps.
Il se releva en grimaçant et tendit la main à son adversaire encore étourdi. Charlie leva les yeux vers lui et renifla.
- Tu n’iras pas voir Dana, hein ?
- Putain de tête de mule ! Si, j’irai !... Mais je vais tâcher de fermer ma gueule. Par égard pour mon couillon de frangin qui était prêt à se laisser éclater la tronche pour ça.
Le couillon sourit faiblement.
- Je savais que t’étais pas si con !
- Ouais, ronchonna l’autre en tirant doucement Charlie. Mais la prochaine fois, j’aimerai autant qu’on évite d’en arriver là pour le vérifier.
Ils étaient maintenant debout, face à face.
- Merci Bill, articula difficilement Charlie.
- C’est bon, balaya le militaire d’un air gêné. J’ai pas de quoi être fier.
- Ouais. Moi non plus à vrai dire… Euh… Junior ?
- Mmm ?
- Et si on croise Maman… ?
Ils se dévisagèrent avec épouvante.
- Merde ! On peut pas lui faire ça !
- On n’a qu’à inventer un truc…
- Vas-y, invente. C’est toi l’auteur.
- Mmm. On est intervenu pour défendre une jeune femme menacée par des petites frappes ?
- Défendre une jeune femme ?
- C’est un peu pour ça qu’on s’est battu, non ?
Pour la première fois de la journée, un léger sourire se dessina sur la figure ensanglantée de Bill.
- On n’a qu’à dire ça. On aura l’air moins con, non ?!


***********


Dernière édition par noisette le Dim 19 Déc 2010 - 19:27, édité 1 fois

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Re: Et Charles était là... (en cours)

Message  noisette le Sam 23 Jan 2010 - 23:42

***********


Cela ne faisait pas loin d’une éternité que Charlie n’était pas rentré dans une église. La chapelle de l’hôpital était petite mais chaleureuse. Au sol, il y avait une moquette beige qui semblait si douce que Charlie retira ses chaussures et ses chaussettes. Il avait besoin d’éprouver physiquement un lieu pour s’y sentir bien. Il déposa son attirail à la porte.
Une infirmière aux longs cheveux roux et ondulés passa dans le couloir et surprit son manège. Avec un sourire cordial, elle s’adressa à lui.
- Il y a une salle de prière pour les musulmans si c’est ce que vous cherchez, Monsieur.
- Je vous remercie. Je cherche seulement un peu de réconfort.
Avec des yeux malicieux, elle répondit.
- Ah ? Alors, il y a des infirmières !
Elle éclata de rire. Il sourit à son tour. Elle avait du charme, tout de simplicité et d’évidence, et il ne doutait pas de sa capacité à éclairer un peu les heures sombres de ses malades. Elle se reprit et ajouta.
- Je plaisante. Vous avez raison, cette chapelle est un bel endroit pour trouver un peu de paix. Au revoir, Monsieur.
- Au revoir, Mademoiselle.

Et il pénétra dans l’antre, savourant la sensation moelleuse sous la plante de ses pieds. Il y avait huit modestes bancs de bois face à un petit autel. Quelqu’un avait déposé un très joli bouquet de fleurs opalines devant. A droite, au dessus du tabernacle, petit coffre doré et finement sculpté où reposaient les hosties consacrées, dansait la flamme tendre d’une bougie rouge.
Charlie s’assit et souffla profondément. Les églises n’étaient pas sa tasse de thé. Les prières encore moins.
Ses yeux se posèrent sur les étincelants vitraux dont les pièces de verre faisaient virevolter des éclats de lumière sur les murs. Dehors, le soleil froid de l’automne déversait son flot blanc comme une fontaine abreuvant et révélant le dessin composé par le maitre-verrier.

Le Christ relevant les malades.

Les dents serrées, Charles fixa l’image de cette main, apposant sa grâce sur le front des mourants et les rayons clairs qui émanaient de son corps drapé de bleu. La vie.
Une larme salée perla sur la joue de Charlie. Il ne savait pas prier. Il n’était même pas sûr de le vouloir.
Alors, il vida son esprit et déposa juste les douleurs de son cœur dans la chapelle.

< Si tu existes Dieu, tu n’auras pas besoin de mots.
Je suis là.
Tu sais pourquoi. >


Et dans le silence de son cœur, il se tourna tout entier vers sa sœur.


***********


Elle était pâle à faire peur. Sa fille. Sa petite fille qui se tordait les mains devant elle alors qu’elle avait si souvent voulu lui dissimuler ses terreurs. Mais elle venait de lui avouer son désespoir : elle perdait la foi au moment où elle en avait le plus besoin. Le cœur de Margareth s’était glacé lorsque Dana avait brandi le pendentif en forme de croix de ses quinze ans.
Pourquoi est-ce que je porte ça ?! s’était-elle écriée. Dis-moi, Maman. Pourquoi ? ! ...

< Mon enfant… >

Dana lui prit les mains et les yeux pleins de larmes, elle articula.
- Je ne guéris pas, Maman…
- C’est trop tôt pour savoir ! pâlit Margareth. < Pas déjà ! > supplia-t-elle en elle-même.
- Le scanner n’a révélé aucune amélioration, poursuivit impitoyablement Dana.

< Au secours ! >, semblaient hurler ses yeux bleus.
De toutes ses forces, Maggie étreignit sa fille contre son cœur.
- Je sais que tu as peur, murmura-t-elle dans son cou, les lèvres tremblantes.
Elle se redressa, saisissant les épaules affaissées de sa fille et riva son regard dans celui, ravagé, de Dana. Elle ajouta plus fermement en y mettant toute la force et la tendresse d’une mère.
- … Tu as peur de m’en parler mais il le faut !



- Maman, comment vis-tu sans Papa ?
Margareth sursauta. Elle ne s’attendait pas à cette question. Elle ferma les yeux brièvement.
- Ta vie, insista Dana d’une voix étranglée, a quoi ressemble-t-elle maintenant ? As-tu encore la force d’affronter chaque nouveau matin sans lui ?
- Et sans ta sœur…, compléta sa mère dans un murmure bouleversé.
Les lèvres de Dana se mirent à trembler alors qu’elle regardait sa mère si forte se liquéfier l’espace d’une seconde à l’évocation de Mélissa. Mais Margareth se reprit, comme elle l’avait toujours fait. Et le cœur de Dana se serra une fois de plus, gonflé de chagrin de provoquer ce mal. Et noyé de remords de penser moins à sa mère qu’à… lui.
- Pardonne-moi, Maman. Je ne voulais pas…
- Chut. Maggie apposa tendrement son doigt sur sa bouche. Ne t’excuse pas. Je sais à qui tu penses.
- Maman…
- Fox, n’est-ce pas ?
- Mulder, corrigea mécaniquement Scully.
- Fox y arrivera…, maintint Margareth avec l’obstination qui la caractérisait quand il s’agissait de nommer celui qu’elle considérait comme le compagnon d’âme de sa fille. Parce que tout ce que vous avez partagé est maintenant inscrit dans sa chair comme une marque indélébile. Ta confiance, ton soutien, il le porte en lui. Et personne ne le lui enlèvera, pas plus que personne ne m’enlèvera l’amour de ton père. Il est là, à jamais…
- Je sais que pour toi aussi…, balbutia Dana.
- J’ai la foi, moi ! déclara sa mère.
Il y avait une telle puissance dans son ton que Dana en fut ébranlée.
- Comment… ?
- La foi, c’est de l’amour ma chérie. Et l’amour ne se met pas en boite ; il sème à tous vents et se multiplie à l’infini. L’amour ne meurt jamais.
- Mais puisqu’ils ne sont plus là, protesta Dana au désespoir, puisque moi aussi je vais…
Sa voix s’éteignit.
- Tu ne mourras pas !
Margareth avait presque crié. Sa fille la dévisagea, les traits tirés d’une détresse insondable.
- C’est un passage, Chérie. Ton corps restera ici. Mais toi, tu vivras, je te le jure.
- J’ai tellement peur qu’il n’y ait rien ! Du vide, du néant ! Juste un froid glacial… Et pas seulement pour moi…
- Il n’y a pas de rien ! tonna Margareth. Ou vois-tu du rien entre nous ?! Et comment peux-tu seulement imaginer qu’il ne reste plus rien entre Fox et toi ?!
- Maman ! La douleur de ceux qui restent, tu ne peux pas la nier ! Tu n’en as pas le droit ! Ne fais pas semblant avec moi ! Je t’en supplie, ne me mens pas !... Où sont-ils ? Où sont-ils les morts que nous avons aimés, Maman ?! Et ne me dis pas que la souffrance n’est pas là quand tu penses à eux… Papa, Missy… Comment sais-tu qu’ils sont encore parmi nous ! Tu espères qu’ils vivent pour te rendre la peine plus supportable, mais jamais personne n’est revenu témoigner d’entre les morts !
- Tu crois que Mélissa et ton père sont dans les ténèbres, Dana ? interrompit sa mère d’une voix ferme et bien trop calme.
- Je…
- Tu crois qu’ils sont dans les ténèbres et que toi aussi, tu vas disparaître dans un puits sans fond ?! Regarde-moi Dana !
Elle vibrait d’une telle certitude que Dana se raccrocha à ses yeux bleus, brillants d’exigence et de bonté, comme à une bouée lancée au naufragé. Elle éprouva soudain le désir impérieux de retrouver la confiante inconditionnelle d’un nouveau-né, pour s’abandonner corps et âme à celle qui l’avait mise au monde.
- Ma chérie, poursuivit Margareth en prenant son visage entre ses mains, je sais, comme je touche ta peau à cette seconde, qu’ils ne sont pas dans l’abîme mais dans la lumière ! Je sais que malgré cette peur qui te tord le ventre, tu seras dans la lumière toi aussi. Parce que si l’amour des hommes est puissant, l’Amour de Dieu ne peut qu’être infini !
- Maman ! sanglota Dana.
- Je suis là, bredouilla-t-elle en la serrant contre son cœur. Je serai toujours là pour toi.
Elles restèrent ainsi un long moment. Et finalement, Dana s’écarta la première.
- Jamais tu ne doutes ? souffla-t-elle en essuyant ses larmes.
- La vie m’a beaucoup donné ma chérie, éluda-t-elle. La joie et les souvenirs heureux balayeront tes doutes.
- Et pour l’avenir, Maman ? Comment peux-tu… ?
- L’espérance… Je crois que nous marchons tous vers un monde meilleur. Ton père et ta sœur nous y ont précédés. Et nous nous retrouverons. Là, il n’y aura plus de douleurs…
- Mais peut-être que le meilleur est derrière ?
- Non ! Tu n’en es qu’au début…
- Maman, interrompit Dana. Elle fixait maintenant sa mère avec tendresse en caressant doucement la main ridée qui l’avait si souvent consolée. Si tu doutais, tu ne me le dirais pas, n’est-ce pas ?
Margareth sourit gravement et monta à ses lèvres les doigts fins de sa fille.
- Je te dirais que tu n’imagines pas à quel point nous nous ressemblons et que tu n’es pas ma fille pour rien… Elle se troubla. Je n’ai pas bien su t’apprendre le droit à être faillible, je m’en rends compte aujourd’hui…
- Maman, tu n’as rien à te reprocher.
- Tu as toujours tellement voulu tenir…
- Mais j’ai toujours su aussi que je serai aimée sans condition. Maman, poursuivit Dana plus sereine, j’ignore si la lumière m’attendra au bout du chemin, mais elle m’a accompagnée toute ma vie… grâce à toi. Peut-être que la vie me quittera, murmura-t-elle la mine sombre, peut-être que la foi me quittera, mais toi, je sais que tu seras toujours là.



Avec précautions, Margareth Scully ferma la porte de la chambre…
Elle traversa les longs couloirs de l’hôpital de la Trinité. Un hôpital moderne mais tristement impersonnel.
Elle avançait, la démarche raide.

Quelque part, derrière elle, un éclat de rire retentit. Un garçonnet qui devait avoir cinq ou six ans la doubla en courant poursuivit par une jeune infirmière à la chevelure flamboyante qui lui rappelait furieusement les longues boucles de Dana lorsqu’elle était plus jeune.
- Reviens par ici, Nathan ! commanda la jeune femme en simulant une grosse voix qui fit pouffer l’enfant. Un grand bonhomme qui ne craint pas les piqûres ne fuit pas devant une attaque de bisous !
Le garçon revint sur ses pas et fonça dans les bras de l’infirmière avec un nouveau gloussement. Elle le reçut à genoux pour amortir le choc et passa gentiment la main sur son crâne chauve.
- J’ai même pas peur des bisous, brava le petit gars.
- Trop fort ! Tu sais quoi ? Tu es mon héros ! Il rougit. Elle ajouta plus doucement. On y va, Nathan.
Il serra les dents et la main de sa soignante. Et ensemble, ils s’éloignèrent.

Margareth resta interdite quelques secondes et reprit son trajet. Elle marcha dans la rue animée jusqu’à sa voiture, s’y engouffra et conduisit sans desserrer la mâchoire jusqu’à sa maison. En entrant, elle aperçut tout de suite le clignotement de la lumière rouge de son répondeur. Il y avait un message.
C’était Tara qui voulait savoir si sa belle-mère pouvait l’accompagner à sa seconde échographie. Margareth la rappela et lui confirma qu’elle l’y conduirait avec plaisir. Sa bru lui demanda ensuite des nouvelles de Dana. « Elle va probablement nous quitter dans les prochaines heures », répondit stoïquement Maggie reprenant les mots de ce médecin si gentil… Les deux femmes prirent congé après d’embarrassées mais sincères phrases de soutien de Tara.
Très posément, Margareth Scully reposa le combiné sur le socle du téléphone. Et se figea.

La maison était silencieuse. Terriblement silencieuse.
Un silence qui l’agressait.
Un silence mortel.
Sur le meuble du téléphone, il y avait un bibelot de verre.
Elle le prit et dans un cri presque animal, elle le projeta de toutes ses forces contre le mur. Le bibelot se brisa en mille morceaux dans un claquement sonore. Et elle tomba à genoux, en pleurs, s’écorchant la peau sur les éclats coupants.


< Ou es-tu, Seigneur ! Montre-toi au nom du ciel !
Montre-toi !
Montre ta grandeur, montre ta bonté et redresse ma fille chérie ! Sors-la des ténèbres, enveloppe-la de ta chaleur.
Ne la laisse pas mourir ! Je t’en supplie ! Je t’en conjure !

Je fais bonne figure, je plaide l’espoir en ton amour sans limite alors que je tremble de rage. Contre toi, oui !
Pourquoi laisses-tu Dana dans les abîmes monstrueuses du doute ?
Pourquoi nous abandonnes-tu ?!
Tu m’as pris mon mari, tu m’as pris ma première fille. Ca suffit ! Notre famille a déjà payé la faute originelle au prix fort. Tu n’as pas besoin d’un sacrifice de plus !
Tout mon corps vibre de colère contre toi. Comme jamais.
Je t’ai donné ma vie entière, je t’ai loué, je t’ai béni. Inlassablement, j’ai suivi ton chemin et aujourd’hui…
Aujourd’hui, j’ai des envies de briser tes rameaux, de renverser ton vin, de souiller tes bénitiers et de fouler du pied ton autel si inutile… puisque tu ne veux pas sauver la chair de ma chair ! Puisque tu m’impose de la voir souffrir, s’étouffer, mourir ! Et qu’en plus, tu lui refuses la paix de l’esprit !
La sens-tu ma colère, Seigneur ?! Sais-tu ce qu’il faut de douleurs et de peurs pour te maudire ainsi de ton inertie ?! Tu as perdu un fils. Faudra-t-il que je te livre mes deux filles en représailles ?!
Exerce ton incompréhensible vengeance sur moi dans ce cas ! Emporte-moi et laisse vivre Dana !

Seigneur… Il suffit d’un geste de toi pour que naisse l’espoir. Un geste… Je ne te demande qu’un geste. Je veux croire…
Entends-tu ma prière, Seigneur ?!
Apaise la colère d’une mère et par-dessus tout, soulage le cœur de ma fille. Permets-lui de retrouver la chaleur du soleil et d’un nouveau matin et de battre à l’unisson de ta création…

Et si je suis dans l’erreur, pardonne-moi parce que je souffre… Renverse-moi ! Fais moi tomber comme tu as fais tomber Saint Paul de son cheval… et relève-moi Seigneur. Réveille-moi ! Et sauves-nous de ce cauchemar !

Je ne comprends plus ton message. Je ne sais plus qu’elle est ta volonté…
Toi qui es bonté, comment peux-tu refuser ta tendresse à ceux qui sont blessés et à l’agonie ?
Toi qui es lumière, où brilles-tu dans cette nuit froide et sans fin ?
Toi qui es partage, pourquoi retiens-tu ta caresse réconfortante ?
Toi qui es le Verbe, parle-moi ! Parle-nous !
Toi qui es Amour, permets à mon enfant de renaître de la maladie…
Toi qui es la Vie, mêle ton souffle à celui de ma fille et comble-la de toute la force de ton esprit…

Fais quelque chose, Seigneur ! Parce que la terre s’écroulera avec Dana si tu me l’enlèves !
Je t’en prie… Je suis à genoux. Je ne suis plus rien. Je ne suis que cette prière…

Seigneur ! Ma foi ! Ne me quitte pas ! >


Margareth Scully resta prostrée sur le sol de longues minutes.
Puis elle se redressa, se dirigea vers sa cuisine, ouvrit son placard, prit un balai. Et elle commença à ramasser les débris de verre qui jonchaient son vestibule…



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