La Peur n'évite pas Le Bonheur

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La Peur n'évite pas Le Bonheur

Message  PtiteCoccie88 le Dim 16 Jan 2011 - 19:31

Titre: La Peur n'évite pas Le Bonheur
Auteur: Coccie
Date de publication: Dimanche 16 janvier 2011

PG-13
MSR | Angst | S
10 pages


Résumé: Comment réagir face à la peur de blesser celle qu'on aime ou à la peur de perdre celui qu'on aime ?...

Disclaimer: Les personnages ne m'appartiennent pas. Je ne m'en sers que pour le plaisir de mon Imagination et celle des Autres.

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« La science a-t-elle promis le bonheur ? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si l'on fera jamais du bonheur avec de la vérité. » Emile Zola

« On est partis tous les deux pour une drôle de vie... » Véronique Sanson


LA PEUR N'EVITE PAS LE BONHEUR



Je sursautai. Une violente bourrasque plaquant mes cheveux contre mon visage termina de me rappeler que je me trouvais dehors. Il faisait froid, nuit, et la pluie s’abattant comme des balles perdues en rafales me mortifiait les joues. Je ne bougeais plus. Je distinguais les lumières de la ville malgré mes yeux complètement brouillés par le déluge qui se confondait avec mes larmes. D’en haut, l’agitation d’en bas semblait si calme et surtout tellement plus simple. Voilà pourquoi j’aimais tant l’appartement de Charles. Dans la rue, un homme et une femme échangèrent un rapide baiser avant de reprendre précipitamment leur route à pied à la recherche d’un abri. Le bruit silencieux d’une baie vitrée qu’on fait glisser retentit de nouveau. Cette fois-ci, aucun bond ne s’empara de mes membres. Son balcon donnant sur le centre de Washington était une pure merveille. Le seul lieu qui vous donne la possibilité de vous trouver à deux endroits en même temps. Dans le cœur de la capitale, mais aussi dans le cœur de vos pensées. En me réfugiant ici, j’espérais que le bouillonnement d’en bas, vu du septième étage, occulterait celui de mes pensées, les court-circuitant, les stoppant net, comme la foudre paralyse tout sur son passage. Mais rien à faire. Sa voix, ses mots me martelaient. Encore et toujours plus.
- Dana ?
Je puisai en moi enfin la force de réagir en laissant mon frère s’approcher de moi. D’une voix éteinte, je m’arrachai ces quelques mots :
- Tu m’as fait peur.
- J’ai vu ça… mais faut pas rester là. Tu vas attraper la mort !
Il posa ses mains sur mes épaules, insistant légèrement dessus, m’intimant de rentrer à l’intérieur. Je le laissais me diriger, comme quand nous étions petits. Lui devant, moi derrière lui, m’accrochant à sa main de toutes mes forces, m’évertuant à redoubler d’efforts pour tenir la cadence de sa marche. Il m’entraîna dans la salle de bain. Doucement je pris place sur le rebord de la baignoire. Il sonda une ultime fois mon regard, mais je finis par baisser la tête. Il ne chercha pas à aller plus loin. Pour le moment, il y avait plus urgent à faire, comme me réchauffer par exemple.
- Tu trembles comme une feuille, c’est pas vrai Dana !
- Je suis désolée…
- Non, ne le soit pas.
Je scrutais toujours mes pieds. Il déposa une serviette sur mes épaules et me secoua énergiquement quelques secondes. Je me laissais faire. Je crois que pour une fois je n’étais pas contre l’idée qu’on s’occupe de moi. De toute façon, je n’avais plus la force d’entretenir mon humeur butée et si lisse en apparence. Pas après ce qu’il m’avait dit… Puis il sortit un sèche-cheveux d’un tiroir et l’alluma.
Ma crinière retrouva peu à peu sa rousseur, abandonnant cette allure sombre causée par l’idiotie de rester plus d’un quart d’heure sous une pluie déchaînée.

- Qu’est ce qu’il se passe ?
Il me tendit une tasse de thé, me laissant l’instant d’enfouir deux-trois gorgées avant de s’installer près de moi, sur le canapé du salon.
- Il…
Ma voix se brisa. Et sans rien comprendre, j’éclatai en sanglots.
- Chut… viens par là…
Il m’attira contre lui, me prenant dans ses bras. Et encore une fois, je ne pris pas la peine de résister. Quand il sentit les secousses diminuer, il retenta l’expérience :
- C’est Mulder, c’est ça ?
J’acquiesçai, essuyant maladroitement mes joues avec les manches d’un pull trop grand.
- Hé ! Fais attention ! J’y tiens à ce pull !
Enfin, mes lèvres s’étirèrent en un sourire.
- C’est pour ça que tu le laisses au fond du placard !
- Je viens de te le dire, c’est pour ne pas l’abimer !
Puis mon faible rire se fit entendre, tout comme le sien.
- Tu as faim ? s’enquit-il de me demander.
- Non, ça va.
- T’es sûre ?
Il s’était déjà levé, se dirigeant en trombe dans la cuisine.
- Charles ! J’ai pas faim ! Tout va bien ! finis-je par vociférer.
Il était déjà revenu avec un cake au chocolat.
- Mange ! Il faut que tu manges ! Peut-être que toi tu n’as pas faim, mais lui… nos yeux se posèrent sur mon ventre… Et puis c’est Janis qui les a faits.
- Bon… si c’est Janis… alors je veux bien.
- Et surtout si tu as le double de mes clefs, ce n’est pas pour que tu restes sur la terrasse en attendant que je rentre…
- Je sais mais… j’avais besoin de déconnecter…
Un silence passa. Je ne savais pas quoi lui dire d’autre. Par où commencer. Comment lui expliquer la raison de ma présence chez lui, même s’il avait bien sa petite idée. Je n’y avais pas mis les pieds depuis au-moins un an. Je me sentais rongée.
- De la musique ?
- Hum…je relevai la tête vers lui. Quoi ?
- De la musique, tu aimes la musique ! Ray Charles, Billie Holiday, Sarah Vaughan? Piaf? Non surtout pas elle te fait pleurer ! U2 ? David Bowie ?... hum… The Doors ?!
- Non ! On va encore finir sous la table !
- « Tu » vas finir sous la table, pas moi !
- C’est cela oui… !
- Madonna !
Je souris en entendant le dernier nom, une bousculade de souvenirs universitaires revenant à moi.
- Tu as Natalie Cole, unforgettable ?
- C’est comme si c’était fait !
Aussitôt les premières notes de The Very Thought of You nous enveloppèrent. Le son était faible mais la voix suave de la chanteuse m’apaisa. Charles revint vers moi un cd à la main qu’il inséra dans un boîtier resté sur la table basse. Curieuse, je parcouru le titre.
- Oops… I did it again… marmonai-je.
- C’est pas moi! Euh j’veux dire, c’est pas à moi ! C’est à Georgia ! C’est Oops ! du matin au soir du soir au matin en ce moment ! C’est juste… horrible. J’en peux plus. L’autre soir, à la télé, on regardait un film, et le colonel s’appelait Spears !
- Et… risquai-je timidement, me sentant plus que larguée.
Il me dévisagea comme si je débarquais d’une autre planète.
- Naaaan… ne me dis pas que tu ne sais pas qui chante ?...
- Ben… une lolita à en juger par la pochette…
- Ma Dana… il faut vraiment que toi et Mulder redescendiez sur terre !
Il avait prononcé ces dernières paroles en plaisantant, mais au fond il avait raison. Depuis quelques semaines, je pensais sérieusement à prendre du recul par rapport aux affaires non-classées du FBI.
- A peine je prononce son nom et… je te perds… me dit-il tristement, désemparé face à mon mur de silence que je lui imposais et derrière lequel je me terrais depuis bien trop longtemps.
Les deux mains posées sur mon ventre, je pris une grande inspiration et me lançai enfin :
- Il…a besoin de temps…
Aussitôt la porte d’entrée s’ouvrit. Une femme et une petite fille blonde comme les blés firent irruption. Charles et moi tournèrent la tête du canapé.
- Dana ! Contente de te voir ! s’exclama Janis. Quelle bonne surprise ! ça fait un bail ! J’ai fait des gâteaux au chocolat ? Mon mari te les a fait goûter j’espère !
- Oui, ils sont excellents. Je te remercie Janis.
- Et c’est maman qui les a faits !
Je n’y avais même pas touché à vrai dire.
Mes yeux se posèrent sur la petite merveille. Puis dans un sourire, je prononçai :
- Coucou Georgia.
Je m’apprêtai à la recevoir dans mes bras quand soudainement elle arrêta sa course.
- T’es qui toi ?
- Voyons puce… c’est Tante Lyly… dit Charles, légèrement hilare.
J’avais instantanément compris ce qui avait bloqué ma nièce tout juste âgée de six ans et au fond, cela m’amusait et il ne fallu que quelques secondes pour confirmer mes doutes.
- C’est que la Tante Lyly que je connais… elle a pas le ventre énorme comme toi !
Une explosion de rire envahit le salon.
- C’est parce que je suis enceinte Georgia.
- Tante Lyly va avoir un bébé ?
Sa voix était innocente et si vive. Tant d’insouciance me faisait un bien fou. Elle me rappelait parfois Missy.
- Oui, voilà… tu as tout compris, répondis-je dans un clin d’œil. Et est-ce que j’ai le droit à mon bisou maintenant ?
Immédiatement, elle s’enfouit dans mes bras.
- Han ! chuchota-t-elle.
- Tu as senti aussi ?
- Il… il a bougé le bébé ! C’est parce qu’il veut sortir de ton ventre ?
- Nan ma puce, le bébé pour être en pleine forme doit encore rester un petit peu à l’intérieur de mon ventre, tu comprends ?
- Mais il sortira quand ? Je suis pressée de le voir moi !
- Normalement, si tout va bien, dans un mois et demi.
- Et tu vas l’appeler comment ?
- Ça je ne sais pas encore…
Je la vis réfléchir. Puis, dans une explosion de révélation, elle nous balança :
- Britney !
- Georgia ! se démoralisa mon frère tout en prenant sa tête dans ses mains.
Je me tournai vers lui.
- Quoi ? J’aime bien Britney.
- Non Dana… tu ne comprends pas…
Il me montra la pochette de l’album de la lolita qui reposait toujours sur la table devant nous.
- Ah oui ! souriai-je. Mais si c’est un garçon ?
Tous me dévisagèrent.
- Je croyais que tu ne voulais pas savoir le sexe avant la naissance ! s’excita Janis.
- Mais c’est peut-être une fille ! me rattrapai-je prestement.
- Mouais mouais mouais… mon petit doigt me dit que tu en sais bien plus que tu ne veux nous le dire ! rétorqua-t-elle suspicieuse.
- Je ne travaille pas au FBI pour rien.
- Joue les malignes, va ! me titilla encore ma belle-sœur.

Je n’en revenais pas. J’avais réussi à oublier ce qui me vidait depuis quelques heures grâce à ces trois-là. « Je suis heureux pour toi… je crois savoir tout ce que ça représente pour toi... » Implicitement, Mulder m’avait fait si mal. Je venais de le retrouver. Et il n’avait eu besoin que de quelques mots pour que je me sente de nouveau arrachée à lui, que cette peur panique de le perdre refasse violemment surface. La solitude était mon choix depuis mon entrée au FBI mais du moment où Mulder avait disparu, jamais je ne m’étais sentie aussi effrayée et perdue. Depuis le début de l’après-midi, je me persuadais qu’il n’avait juste besoin que de temps.

Charles me raccompagna à la porte. A ma plus grande surprise, j’avais accepté de rester dîner avec eux. Je me sentais bien dans cet appartement. A cet instant, je regrettais de ne pas être venue plus souvent. Il m’avait annoncé qu’il venait de finaliser la vente. Tous les trois s’envoleraient bientôt pour la cité des Anges. Et moi ? Qu’allais-je devenir si jamais Mulder… Non ! Engloutir cette pensée. Mulder ne m’abandonnerait pas une deuxième fois. Il me restait encore Maman sur Washington mais, je n’étais plus une petite fille, ce que notre frère aîné, Bill, avait bien du mal encore à concevoir. Et étant une adulte, j’avais moi aussi le droit à ce que possédait Charles. Une famille à lui. Mais en aucun cas, je ne pouvais imposer à Mulder ce qu’il n’avait pas choisi. J’avais voulu un enfant malgré ma stérilité. Il m’avait aidé bien que je lui avais fait entendre que cela n’engagerait que moi. Mais nous n’étions encore que des amis. Cela n’avait pas marché. La science venait de me condamner tout espoir. Mais la nature n’avait pas dit son dernier mot. La nature ou l’amour ?

Charlie m’enlaça de toutes ses forces.
- Tu es sûre que tu ne veux pas que je te ramène jusque chez toi ?
- Un simple taxi suffira.
- Tu sais que je t’aime petite sœur, me chuchota-t-il.
- Oui je sais.
- Ecoute… j’ai confiance en Mulder…
Je desserrai notre étreinte et plongeai mes yeux dans les siens. Délicatement, il glissa sa main sur l’une de mes joues et comme lui seul savait si bien le faire, tout bas il dédramatisa la situation :
- Apprendre qu’on est resté trois mois sous terre, puis se réveiller et voir que sa copine est enceinte jusqu’aux oreilles, ça peut dérouter…
- J’suis pas sa copine !
J’avais réagi au quart de tour. Bien que je n’avais fait que chuchoter, une violence habitait mes dernières paroles.
- Ah oui c’est vrai… t’es quoi alors ? répondit-il avec un sérieux qui me figea sur place.
- … je sais pas.

Si je n’étais plus son amie, alors qu’est-ce que j’étais ? Avions-nous ne serait-ce été qu’une seule fois des amis ? Hors séparation forcées pour cause d’enlèvement, nous n’avions jamais passé plus de quarante-huit heures sans nous voir… « Hors séparation forcées pour cause d’enlèvement »… Je m’arrêtai un instant de m’abrutir les neurones avec mes pensées, me rendant compte que mon existence était vraiment une drôle de vie… avant de reprendre illico ! Pourquoi ressentais-je toujours cet irrémédiable besoin de tout renier en bloc, ce besoin de dissimuler mes liens que je tissais avec Mulder depuis mes vingt-huit ans ? Peut-être pour me protéger. Nous préserver tous les deux du monde extérieur. De ces conspirateurs qui nous avaient mis ensembles pour mieux nous détruire ? Oui, c’était sans doute pour cela. Je soupirai en moi-même, car au fond, je n’arrivais pas à me convaincre. Mais n’est-ce pas être comme à demi en vie d’enfouir ses émotions ? Là, tout de suite, si je n’étais pas enceinte évidemment, je proposerais bien à Mulder de faire dix fois le grand huit à la suite ! Vous savez cette attraction devant laquelle on retourne mille fois cette question : « est-ce que je le fais ? » Les gens au dessus de vous poussent des cris, mais à aucun moment vous vous dites que ces hurlements sont un avertissement ! « Attention ! Risque de se retrouver la tête à l’envers ! » Dès que le harnais se rabat sur nous, on se rend compte qu’il est trop tard pour descendre. Ne nous reste plus que la possibilité d’hurler de toutes nos tripes pour repousser l’angoisse. Voilà ! J’aurais bien besoin de crier pour me réveiller, et exploser ma rage de silence. Mulder avait besoin de remettre de l’ordre dans sa tête. Peut-être que lui retourner, la lui secouer débloquerait ses nœuds au cerveau. Et les miens par la même occasion. Cela nous donnerait cette claque de vie dont tous les deux avons besoin. Pourquoi remettre le bonheur à plus tard et toujours courir après ? Bien souvent, c’est une fois que le bonheur nous quitte qu’on prend conscience qu’il était au creux de nos mains. Pratiquement dix ans qu’on s’épuisait à chercher la vérité. Une course qui m’avait donné le cancer et arraché ma fécondité pour finalement m’offrir un miracle.
Après avoir noté dans un coin de ma tête « Faire un grand 8 avec Mulder »… je me hissai sur la pointe des pieds et déposai un baiser sur le front de Charlie, puis je l’entendis refermer la porte derrière moi. J’étais bien plus qu’une simple copine. J’étais son lien entre la science et la vérité.

***


Vingt minutes plus tard, je me retrouvai déjà en bas de mon immeuble. Je gravis les marches puis m’engouffrai dans l’ascenseur. Pourquoi y mettre des miroirs ? Je n’ai jamais aimé ces machines. Mais je me sens si lourde et énorme comme le dit si bien ma nièce que prendre les escaliers, même pour monter au premier n’est vraiment pas une partie de plaisir. Dans les ascenseurs, j’ai souvent cette impression que le monde se suspend. On ne voit plus l’extérieur. Il ne vous voit plus non plus. Les portes se referment et vous voilà prisonnier à l’intérieur. Mais c’est quand même mieux d’y être piégé à deux. Toute seule, j’ai peur de dégringoler et de me fracasser tête la première dans une chute infinie. Alors qu’à deux, l’état d’apesanteur peut parfois vous surprendre, et la peur de tomber s’évapore. Et croyez-moi… je sais de quoi je parle. Je surpris mes joues se colorer légèrement. Cinq secondes après s’êtres refermées, les portes se rouvrirent dans mon dos. Farfouillant dans mon sac à la recherche de mes clefs, mon regard se sentit attiré. Le couloir était sombre, mais la lumière émanant de l’ascenseur était amplement suffisante pour se rendre compte que le couloir n’était pas vide. Le reflet de ses yeux verts dans la glace me transperçait. Le léger grondement sourd des portes me ramena sur terre. Mais ce fut lui le plus rapide. Avec force, sa main s’empara de la mienne, m’extrayant en moins de deux de la cabine qui s’engouffra de nouveau dans les entrailles de l’immeuble, répondant à un appel en provenance des étages supérieurs. Sous l’effet de ma présence, la lumière nous envahit. Nous restâmes un moment à nous observer, ni l’un ni l’autre n’osant bouger, sa main emprisonnant toujours la mienne, jusqu’à temps que le couloir ne replonge de lui-même dans le noir.
- J’étais chez Charlie, finis-je par murmurer.
Il ne répondit pas tout de suite. A la place, il m’amena doucement contre lui, m’enlaçant comme personne ne l’avait fait depuis sa disparition. Je fermai mes yeux, rendant les armes, détendant mes muscles sous la chaleur de son corps, enveloppant à mon tour son dos de mes mains. Bien que mon corps avait changé en huit mois, cela ne semblait pas le perturber. Je dois avouer qu’il n’en était pas exactement de même pour moi. Je sentais son corps contre mon ventre. Et dès que nous nous remettrions à arpenter le couloir, la lumière se rallumerait. Mon ventre énorme ne pourrait plus rester indéfiniment caché dans le noir. Je savais que je ne supporterais pas l’idée qu’il me laisse continuer toute seule. J’avais besoin de lui. Sa tête enfouie dans le creux de mon épaule, d’une voix encore secouée par tout ce qu’il avait dû mal à encaisser et trier dans son esprit, il s’arracha ces mots :
- Tu ne répondais pas au téléphone Scully… j’ai eu peur…
Je me surpris à resserrer Mulder davantage contre moi.
- C’est parce que j’avais éteint mon portable, croassai-je encore plus bas.
Nos voix étaient coupées par l’émotion.
- Peur de t’avoir perdue encore une fois. M’accrocher à ton nom a été ce qui m’a permis de survivre. Et quand j’ai trouvé ta porte close, j’ai cru qu’ils t’avaient prise à ton tour…
- Je suis là Mulder…
- L’espace d’une seconde, j’ai cru devenir fou…
- Chut… c’est fini. Je ne disparaîtrai pas et toi non plus à partir de maintenant.

Je trouvai enfin mon trousseau et l’enfourna dans la serrure. J’avais volontairement repris le double de mes clefs qu’il gardait toujours attaché aux siennes. Depuis le moment de son enlèvement, j’avais pris soin de retirer de son appartement tout ce qui avait un lien direct avec moi-même. Deux jours plus tard, le FBI retournait les lieux. Seuls quelques cd, le double de mes clefs et un ou deux vêtements oubliés dans la précipitation de rentrer chez moi ou parce que je préférais porter ses chemises plutôt que les miennes avaient tenu dans un simple carton ce jour-là. La porte de mon appartement s’ouvrit enfin. J’avais quitté celui de Mulder en début d’après-midi. Skinner se trouvait encore avec lui. Je les avais plantés au beau milieu de la conversation, prétextant une raison personnelle pour justifier mon départ précipité et anarchique. Mais pour dire la vérité, je devais fuir ce lieu rempli de souvenirs tous liés avec l’appartement 42. Alors, le voir dans ma chambre me déstabilisa encore plus. Comme un piquet, j’étais plantée sur le seuil, incapable de bouger. J’étais littéralement effrayée par la vision qu’il m’offrait. Pétrifiée.

Je l’entendais farfouiller dans la cuisine. Elle m’avait dit de l’attendre dans la chambre. Cette chambre… Une cascade d’émotions s’empara de moi, me donnant le vertige, surtout quand mes yeux se posèrent sur le lit. Je croyais qu’elle avait arrêté. Qu’elle n’écrivait plus. Pourtant son carnet gisait devant moi. L’avait-elle ressorti pour simplement relire quelques passages ? Ou bien, avait-elle encore éprouvé ce besoin incontrôlé de déverser sa rage. Je penchais pour l’option numéro deux, surtout après ce que j’avais osé lui dire. J’avais agi comme un con. Comment avais-je pu lui faire croire qu’il existait une chance pour qu’elle entreprenne cette nouvelle route qui l’attendait toute seule. Parce qu’en réalité, j’étais autant impliqué qu’elle. La vie se créant à deux.
Je savais que je n’avais pas le droit mais, depuis que le cancer s’était infiltré en elle, j’avais compris qu’elle écrivait pour être lu. Qu’elle y enfouissait tout ce qu’elle n’arriverait jamais à me dévoiler. En commençant par ses peurs… Je ne pu m’empêcher de vérifier que l’infusion qu’elle se préparait l’occupait toujours deux trois pièces plus loin. Je pris le journal et l’ouvrit au hasard.

« Il est 22 heures seulement et… j’ai l’impression qu’il est … horriblement tard… je… … je ne comprends rien… … je ne comprends rien … rien … rien… D’habitude j’écris la date … mais … voilà… depuis… depuis qu’il… il n’y a plus de date. Il n’y a plus rien ! Vous m’entendez ! Plus Rien ! Sauf la douleur…
Et je ne sais même pas pourquoi je dis que d’habitude j’écris la date car… j’avais décidé de refermer mon journal… je l’ai refermé il y a longtemps déjà… depuis cette « foutue » maladie ! Depuis le jour où j’ai décidé de devenir forte ! De ne plus me laisser « traîner » par la vie ! De ne plus tomber ! Mais… j’ai échoué… ma promesse est brisée. Il… …
Il faut que je respire, que je respire, que je respire … je ne voudrais pas faire pleurer l’encre… non… je ne voudrais pas que le bleu de mes yeux se noie sur ma terrible feuille de douleur… J’ai besoin d’écrire ce soir. Je … crois que je vais devenir folle. Il faut que j’écrive. Je ne sais pas quoi mais, il le faut. Il est mort. Parce qu’il est mort… … Je … comprends pas. C’est pas possible… je ne comprends rien. J’ai froid. J’ai encore mon manteau sur moi. Maman a voulu rester avec moi. Je lui ai dit de partir. J’ai presque dû crier pour qu’elle parte ! Je m’en veux. J’ai peur qu’elle m’en veuille. Je ne voudrais pas qu’elle croie que je ne l’aime pas. Maman…
Je viens de respirer… j’ai fermé les yeux. Je pense à lui… ce petit être au fond de moi… est-ce qu’il sait que je vais mal ce soir… très mal… est-ce qu’il sait que sa … mère … oui… sa mère ne va pas bien du tout. Qu’elle est triste ? … Est-ce que tu peux le sentir ? … Peut-être pas… Je ne te sens pas très bien encore… ma douleur englobe tout et brouille tout autour… il n’y a plus rien… juste du vide… énorme… horrible… cauchemardesque. Quand la tombe s’est refermée… j’ai cru qu’on m’étouffait… quand j’ai jeté la terre, j’ai voulu sauter et dégringoler… comme pour me réveiller… ou ne plus rien sentir… oublier… disparaître pour mieux le retrouver… Mulder… … oh non… il ne faut pas que je m’arrête d’écrire… et je pleure… ton nom coule … le bleu pleure… je comprends rien. Pourquoi ? Skinner ne veut pas que j’aille travailler demain mais… je lui ai presque crié dessus à lui aussi… je veux aller travailler ! Il le faut !!! Vous m’entendez encore une fois ?! ou bien vous êtes sourds ?!! Vous ne comprenez rien ! Vous ne me connaissez pas ! Et moi non plus je comprends rien ! Je comprends rien à ce « foutu monde » ! Parce qu’il est plus là… et que… tu es… mon lien avec la vie, ce qui me maintient debout, ce qui m’empêche de perdre la raison, ce qui me fait rire, ce qui me fait pleurer ce soir… … mais je t’en veux pas. Non… je ne t’en veux pas. Tu as préféré dormir… pour toujours. Et moi aussi, un jour, j’aimerai dormir pour toujours et… tu seras là, près de moi. Ce sera comme avant. J’espère. En attendant, je vais … continuer. C’est ce que tu aurais voulu que je fasse. Je ne vais pas te décevoir. Mais jure-moi que si je n’y arrive pas, si je tombe, si je craque, si je bascule, si je dégringole, promets-moi de ne pas m’en vouloir ?! Promets-le-moi ! Pourquoi tu réponds pas ?! Je veux t’entendre ! J’ai besoin de toi, ta voix ! J’ai besoin de toi ! mais réponds ! Réponds… s’il te plaît … J’ai besoin de toi… j’en ai marre. Si tu réponds pas… Je t’entends pas… t’es pas là et TU SERAS PLUS JAMAIS LA !
Il vient de s’écouler dix minutes. Je suis allée à la cuisine. J’ai bu un verre d’eau. Je me suis énervée sur ma plume. Elle a l’air toute cabossée. J’ai trop appuyé dessus. C’est ma faute. C’est ma faute… je suis pas arrivée à temps… j’ai pas couru assez vite… ils l’avaient déjà emmené. Jeremiah… y’avait plus rien encore une fois… il n’y a rien. Et je ne comprends toujours rien. Je sais que c’est un garçon. J’ai pas d’idée de prénom… C’est pas grave.
Il n’est que 22h33… Je vais aller travailler demain. Il ne faut pas que je m’arrête. Si… je m’arrête … j’ai peur. Continuer pour pas tomber. C’est ce que tu as toujours fait. Ce que tu m’as appris. Ne pas renoncer. S’accrocher. A sa lumière. A sa foi. Je veux tenir cette promesse. Je ne veux pas renoncer. La tension s’apaise un peu… je le sens. Je respire mieux. L’air semble revenir. J’accepte… non pas encore… mais … je vais y arriver. Il n’y a pas d’autres choix. Il faut que j’accepte. Ta mort. Ton choix de dormir pour toujours et de me laisser veiller encore … toute seule. Mais pas pour longtemps. Notre petit garçon va bientôt veiller avec moi… sur toi. On va veiller pour toi. Je te le promets. Tous les deux. On ne renoncera pas. Jamais. Parce que je… t’aime.
Je vais aller dormir.
Je viens de tourner la tête… il y a des étoiles… la fenêtre me montre des étoiles… Elles sont belles… l’une d’elle te ressemble… j’ai l’impression qu’elle me murmure des choses… comme si elle me suppliait de ne pas m’inquiéter… que tout ira bien. Que tout ira toujours très bien. Que je suis forte. Et que la douleur n’est … rien… car … il n’y a plus rien.
Plus rien.
Je vais aller dormir… je l’ai déjà dit… je crois que je viens de sourire… me répéter me fait sourire apparemment… Je vais donc aller dormir et … pour m’endormir… je vais essayer de trouver et d’attraper ton visage dans les étoiles… je veux m’endormir avec ton visage près de moi.
Je vais m’endormir et demain quand je me réveillerai… je me lèverai, j’irai dans la salle de bain, je ferai couler l’eau et… j’essaierai de ne pas pleurer en même temps que l’eau et… j’irai au travail. Et… quand arrivera le soir… je chercherai encore ton visage dans les étoiles pour pouvoir m’endormir…
Le jour où je ne chercherai plus ton visage dans les étoiles… cela voudra dire que moi aussi… je serai dans les étoiles.
… »


J’étais bouleversé. J’étais mort. Je ne pouvais plus continuer ou tourner les pages. Je n’existais plus. Il m’avait fallu découvrir ses mots pour réaliser l’ampleur des dégâts et des épreuves qu’elle avait encore dû endurer, par ma faute… uniquement par ma faute. Durant les trois derniers mois, j’étais resté inconscient, mais Scully n’avait eu que le choix d’encaisser la douleur. Mon Dieu… De mon enlèvement, je ne gardais que des flashs revenant par secousse et quelques cicatrices s’estompant à une vitesse fulgurante mais Scully garderait en mémoire jusqu’au bout cet instant où elle m’avait redonné à la terre, pour toujours. Elle préférait dire dans les étoiles…
Sauf que maintenant j’étais bien en vie et tenter de voler loin d’elle n’était vraiment pas le meilleur chemin pour lui prouver qu’elle m’avait bien ramené sur terre. Je n’avais pas voulu être égoïste mais, c’était la vérité, je ne savais plus où j’en étais. Tout comme elle, je ne comprenais plus rien. Jusqu’ici, un seul but m’avait animé – la vérité ! Quel imbécile je faisais. Plus d’une fois Scully m’avait apporté la vérité avec sa science, mais je réalisais qu’elle m’avait aussi apporté autre chose… La félicité. Et la science et la vérité n’avaient joué aucun rôle là-dedans. Seuls elle et moi étions impliqués dans cette affaire qui n’avait pas de prix. Et s’il y a bien une chose que l’homme cherche depuis toujours, c’est le bonheur. Il existait et plus d’une fois on se l’était prouvé mutuellement. Je réalisais qu’avec elle, mes démons intérieurs s’apaisaient, Samantha… ne me hantait plus. Et à part elle, personne n’avait réussi à réaliser un tel exploit. Alors pourquoi rejeter celle qui connaissait mes doutes les plus intimes ? Mais ce n’est pas en un clic qu’on peut effacer tout lien tissé avec une personne. Je ne voulais pas effacer Scully, mais au fond, si elle restait encore près de moi, j’avais peur qu’on me l’enlève comme on m’avait arraché ma sœur et surtout, je m’en voulais tellement de tout ce que Scully avait dû supporter à mes côtés. Son cancer avait bien failli la tuer, jamais elle n’avait été aussi prête de passer autour du cou la corde raide. Non ! Rectification… j’avais failli la tuer, « moi », pas le cancer. « Je ne veux pas te voir mourir Scully pour une obsession stupide qui ne concerne que moi ! Retourne à la médecine. » Plus d’une fois, j’étais persuadé qu’elle gâchait son temps en s’enracinant au FBI. Elle n’était jamais partie, me répétant sans relâche, que c’était bien la dernière des choses à faire. « Si j’abandonne aujourd’hui, ils vont gagner ! » Mais elle et moi dans tout ça, qu’avions-nous à gagner en restant ensembles ?... … Je refermai son journal quand quelque chose glissa des pages. Mon cœur s’arrêta. Je ne me souvenais pratiquement plus des derniers mois, mais cette seconde gravée sur la photo qui venait de s’échapper de son journal, je m’en souvenais. « Avril 2000 » lus-je au dos, reconnaissant également mon écriture. Un rapide calcul s’exécuta dans ma tête. Pas de doute, elle était déjà enceinte. Je me souvenais surtout de cette petite fille qui nous matraquait avec son appareil jetable. J’entendais encore le crissement de la molette qu’elle remontait sans cesse pour passer à la photo suivante. La nièce de Scully, aussi petite soit-elle savait déclencher le bonheur autour d’elle.

La dernière fois que je me souvenais m’être retrouvée avec Mulder dans cette pièce, je crois bien que l’impensable s’est produit. « Il faut toujours croire aux miracles » avait-il dit. Il était plongé dans mon journal, tétanisé par les mots qui défilaient. Je n’avais rien écrit depuis l’enterrement. J’avais juste eu besoin de revoir hier soir la photo qui s’écrasa soudainement au sol. Une fois de plus, j’avais encore laissé traîner mes bleus à l’âme. J’étais loin de me douter que ses pas fouleraient si rapidement de nouveau le sol de cette chambre. J’étais chavirée, incapable de faire un geste. Je ne pouvais rien faire d’autre qu’observer. Pendant des nuits, j’avais passé mes heures recroquevillée dans mon lit à pleurer son absence. Ce ne fut que lorsque mon ventre commença à s’arrondir que je pris conscience qu’il ne m’avait pas laissé qu’un vide. Mais je ne m’étais pas attendue à le voir dès maintenant dans cette pièce, debout devant mon lit, là où miraculeusement, une troisième vie avait pris naissance. Je m’étais préparée à tout, sauf à revoir un jour Mulder en vie, à l’endroit même où lui et moi nous nous étions offerts une fois de plus l’un à l’autre. A ce moment là, comment aurions-nous pu savoir que c’était la dernière fois. La tasse me brulât les mains. Je me ressaisi enfin.
- Georgia m’a parlé de toi pendant des semaines après cette après-midi au parc.
Le son de ma voix le surpris. Il releva la tête vers moi. Doucement je lui pris le journal des mains et l’enferma dans la table de nuit, tout en abandonnant mon mug sur le rebord.
- J’espère que tu ne m’en veux pas, me murmura-t-il.
- Non… si tu as bien lu, tu sais que je ne t’en veux pas. Et puis, je n’avais qu’à pas le laisser traîner n’importe où.
- Mais nous ne sommes pas n’importe où…
- Je sais.
Il me prit la main et m’invita doucement à m’allonger près de lui. J’étais réticente, mais j’étais si fatiguée que mes craintes se dissipèrent bien vite.

Elle était crispée. Et je savais que seules mes paroles prononcées un peu plus tôt dans l’après-midi étaient responsables de son état. En l’espace de quelques mots, j’avais bien failli balayer et flinguer toute la confiance scellée entre nous depuis le début. Et je n’avais aucunement besoin d’une séance de triage neuronale pour comprendre que perdre sa confiance serait comme me tirer une balle en pleine tête. Dès que j’avais remarqué la taille anormale de son ventre, j’avais eu peur de deux choses : la première concernait l’identité du père mais, ses lèvres me l’avaient murmuré… « C’est le tien »… et la deuxième est que tout comme elle, j’étais effrayé. Paniqué à l’idée que tout ceci ne soit encore qu’une belle illusion ! Le plus grand des subterfuges établi par toutes ces mains noires grouillantes autour de nous ! La plus belle des conspirations jamais élaborées encore jusqu’ici ! Mais je me trompais. Après tous les dangers auxquels nous avions survécu, je ne voulais pas croire que le bonheur s’invitait dans notre drôle de vie.
- Je ne te laisserai pas toute seule Scully, tu m’entends ?!
Elle hocha la tête. Je la blottis encore plus contre moi. Elle ne répondit rien. Puis peu à peu je la sentis se détendre et sombrer enfin dans le sommeil.
- Je ne vous abandonnerai pas tous les deux, murmurai-je une dernière fois avant de m’endormir à mon tour.

The End I love you

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PtiteCoccie88
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